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John Carpenter à Las Vegas lors d'un concert 2017

John Carpenter, prince des cinéphiles

3 min
À retrouver dans l'émission

Cinéaste immense et pourtant empêché, Carpenter a créé l’événement en enflammant une salle comble venue assister à sa masterclasse, avant de recevoir de ses pairs français le prestigieux Carrosse d’Or. Le Maître de l’Horreur exerce de fait une influence qui excède de loin son genre de prédilection.

John Carpenter à Las Vegas lors d'un concert 2017
John Carpenter à Las Vegas lors d'un concert 2017 Crédits : Gabe Ginsberg - Getty

C'est un cinéaste en retraite forcée depuis près de 10 ans qui a créé l'événement hier à Cannes. Son dernier film, "The Ward - L'Hôpital de la terreur", n'est sorti en France qu'en DVD, et pourtant, des deux côtés de l'Atlantique, son influence et son aura sont immenses. En témoigne la frénésie qui s'est emparée hier du Palais Croisette, la salle de la Quinzaine des Réalisateurs, une salle comble pour assister à deux heures de master class du "Maître de l'Horreur", animée par deux jeunes cinéastes tout fébriles d'interroger leur idôle : Katel Quillévéré et Yann Gonzalez. Il faut dire que l'inventeur, avec "Halloween", il y a quarante ans, du slasher movie, ce sous-genre horrifique avec tueur psychopathe adeptes des armes blanches, le créateur de chefs d'œuvre qui excèdent l'assignation à leur genre, comme "The Thing", "Prince des ténèbres", "L'Antre de la folie" ou "Vampires", a marqué à jamais plusieurs générations de cinéastes. On en trouve les traces chez David Gordon Green dans "It Follows", toute la série Netflix "Stranger Things" baigne dans son univers, Quentin Tarantino lui a rendu un hommage très direct dans "Les Huit Salopards", en mettant en scène, comme dans "The Thing", un Kurt Russell coincé dans une tempête de neige, d'où sourdent violence et paranoïa. Une influence qu'on retrouve aussi dans ces films d'auteur qui réinventent les genres, comme hier, en compétition à Cannes, dans le passionnant "Bacurau" des Brésiliens Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles, ou chez les Français Nicolas Saada (dans "Taj Mahal"), ou Bertrand Bonello (pour "Nocturama", et d'autres encore). Bertrand Bonello qui lui a remis, hier soir encore, le Carrosse d'Or, ce trophée qui récompense l'ensemble d'une carrière, décerné par la Société des Réalisateurs Français, et remis les années précédentes à des Martin Scorsese, Werner Herzog ou encore Agnès Varda.

Qui permettra à Carpenter de nous terroriser une fois encore ?

Comment expliquer cet engouement ? D'abord sans doute par la pertinence politique de ses films, critiques féroce du capitalisme et de l'autoritarisme, même si Carpenter, en bon héritier d'une tradition qui remonte à John Ford, refuse de commenter cette dimension : si on veut envoyer des messages, on utilise la poste. Et pourtant, il suffit de revoir "They Live - Invasion Los Angeles" pour trouver 25 ans après, dans cette dénonciation du reaganisme et des yuppies des années 80, une parfaite description du trumpisme actuel et de l’arrogance des néo-libéraux. Très novatrice et contemporaine aussi, sa conception du Mal, telle qu'elle se donne à voir dans ses films. Un Mal diffus, sans cause ni explication, qui apparaît comme il disparaît, sur lequel personne n'a prise, et qui incarne parfaitement le sentiment de dépossession dont tout un chacun fait l'expérience quotidienne. Mais c'est sans doute par sa conception même de la mise en scène que Carpenter est à jamais inscrit dans la grande histoire du cinéma. Une conception héritée d'Howard Hawks, dont il avait signé avec "Assaut" le remake urbain de "Rio Bravo", et qu'il transmet à son tour à la jeune génération : une mise en scène directe, sans fioriture, minimaliste comme les musiques qu'il compose et fait désormais retentir sur toutes les scènes de la planète, maintenant qu'il s'est reconverti en musicien itinérant. Un idéal de l'invisibilité du réalisateur, capable pourtant de nous angoisser rien qu'en filmant une pièce vide. John Carpenter, dernier des classiques et cinéaste empêché : on rêve qu'un Saïd Ben Saïd, le producteur qui a sorti de leurs retraites Paul Verhoeven et Brian De Palma, donne sa chance à "Big John" de nous terroriser une fois encore...

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