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Alain Delon au Festival de Cannes

"Ne joue pas, vis !", la devise d'Alain Delon

4 min
À retrouver dans l'émission

Honoré d’une Palme d’or d’honneur, dans une soirée lacrymale et funèbre qui a évacué la polémique lancée des Etats-Unis, Alain Delon avait auparavant livré sa conception de l’acteur et de nombreuses anecdotes lors d’une master class joyeuse, voire badine.

Alain Delon au Festival de Cannes
Alain Delon au Festival de Cannes Crédits : Andreas Rentz - Getty

Comme l’a raconté hier Alain Delon à son public cannois, quand Yves Allégret embauche la future star pour son premier rôle, en 1957, dans « Quand la femme s’emmêle », il lui dit : "Ne joue pas. Regarde comme tu regardes. Parle comme tu parles. Ecoute comme tu écoutes. Fais tout comme tu le fais. Sois toi. Ne joue pas, vis !" Et voilà pourquoi Alain Delon est un acteur, et non un comédien. Cette master class d'acteur, (ou plutôt ce rendez-vous, on ne dit plus "leçon de cinéma" à Cannes, ce qui permettra de recevoir dans ce cadre un Sylvester Stallone à la fin de la semaine), c'était un peu le contrechamp de la soirée funèbre et lacrymale qui a vu hier soir la star retraitée honorée d'une Palme d'or qu'il a décrite, en larmes donc, comme un hommage posthume de son vivant, préparant son public à son inéluctable disparition d'un sépulcral "au revoir".

Contrechamp aussi de la polémique lancée des Etats-Unis sur Internet contre cette distinction, en raison de ses propos un rien discutables tenus dans le passé sur les femmes et les homosexuels. C’est le risque, évidemment, quand il n'y a pas de solution de continuité entre l'homme et le rôle, puisque telle a toujours été la conception du jeu selon Alain Delon. Pendant la cérémonie, le délégué général Thierry Frémaux a réaffirmé que le festival serait toujours du côté des artistes (même s'ils disent des âneries, donc), enrôlant pour sa défense, nolens volens, rien moins que Léo Ferré, et sa phrase fameuse : « n’oubliez jamais que ce qu’il y a d’encombrant dans la morale, c’est que c’est toujours la morale des autres. » C’est donc ni funèbre ni polémique, mais tout à fait joyeux et même badin, qu’Alain Delon, pendant ce « rendez-vous », a raconté moult anecdotes sur ses débuts, son travail avec Visconti, Cavalier, Losey et tant d'autres, et bien sûr Jean-Pierre Melville. Il est ainsi revenu sur ce jour où, dans son hôtel particulier de l'avenue de Messine, le cinéaste aux stetson et lunettes noires, est venu lui présenter le scénario du "Samouraï".

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