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Adéle Haenel et Noémie Merlant dans "Portrait de la jeune fille en feu" de Céline Sciamma

La critique a-t-elle un sexe ?

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Cannes 2019 |Le collectif « 50/50 pour 2020 », lancé l’an dernier dans la foulée de #MeToo pour promouvoir la parité dans le cinéma, a publié une étude sur les critiques de films en France. La réception des films est-elle genrée ? Etude de cas, avec le film de Céline Sciamma…

Adéle Haenel et Noémie Merlant dans "Portrait de la jeune fille en feu" de Céline Sciamma
Adéle Haenel et Noémie Merlant dans "Portrait de la jeune fille en feu" de Céline Sciamma Crédits : Pyramide Distribution

Le fameux presto de « L'Eté » de Vivaldi,qui clôt le nouveau film de Céline Sciamma, "Portrait de la jeune fille en feu", présenté dimanche en compétition, a terrassé nombre de spectateurs, provoquant en eux d'inextinguibles torrents de larmes. D'autres sont restés totalement froids. On a ainsi entendu un confrère d'un éminent quotidien du matin dénigrer avec force ricanements, à sa sortie de la projection, une, je cite, "gouache de goudous". Pour ne rien arranger certainement aux yeux de notre confrère, Céline Sciamma, comme nombre de son équipe, arborait au col de sa veste de smoking le très élégant badge brodé "50/50 pour 2020", du nom de ce collectif lancé l'an dernier dans la foulée de #MeToo pour promouvoir la parité dans le cinéma, et dont le premier effet cette année a été la publication par le festival de Cannes, comme il s’y était engagé, de statistiques genrées, qui indiquent par exemple que si 26% des longs métrages qui ont été présentés à son comité de sélection ont été réalisés par des femmes, seules 4 d'entre elles sont en compétition cette année, soit 19%, il y a encore une marge de progression. 

Egalité parfaite

Suite à la réaction dudit confrère, qu'on qualifiera de "masculiniste" ou de "beauf", c'est selon, je me suis donc demandé si on pouvait genrer la réception et l'appréciation du film de Céline Sciamma. Pour cette petite étude, je me suis appuyé sur les notes que délivre chaque jour à Cannes, dans les journaux corporatifs de l'industrie du cinéma que sont "Le Film Français" et "Screen", un panel de 25 critiques français et internationaux, dont 20% de femmes. "La jeune fille en feu" obtient une note moyenne de 2,64 sur 4. Elle est mieux notée par les étrangers, 3,10, que par les Français, avec seulement 2,33, nul n'étant évidemment prophète en son pays. En revanche, pour ce qui est du genre des critiques, c'est moins frappant. En moyenne, les femmes apprécient très légèrement plus ce film que les hommes, 2,80 contre 2,60, et en France, c'est l'égalité parfaite. 

Une minorité de femmes, mais qui aime mieux

Vous me direz, un échantillon de 25 personnes, c'est ridicule, et vous avez raison ! Fort heureusement, le même collectif "50/50 pour 2020" vient de publier, à l'occasion du Festival de Cannes, une étude sur les critiques de films en France, fondée elle sur l'analyse des notes de 611 consœurs et confrères de la presse écrite, portant sur 646 films sortis de début mai 2018 à fin avril 2019, et intégrés sur le site AlloCiné. Il en ressort sans surprise, tout d'abord, que les critiques de cinéma sont surtout des hommes. Seulement 37% sont des femmes, alors qu'elles représentent quasiment la moitié des journalistes français. Dans la presse spécialisée cinéma, elles ne représentent même qu'un quart des rédactions. Même s'il y a du progrès depuis les années 50, la cinéphilie reste un bastion masculin. Il n'y a que dans les journaux de télévision et, sans surprise, les journaux féminins, que les critiques sont majoritairement signées par des femmes. Les genres cinématographiques eux-mêmes sont sexuellement genrés : quand il s'agit d'écrire sur les films d'action, les thrillers et même, plus étonnant, sur le documentaire, ce sont des hommes qui écrivent. Aux femmes d'apprécier les comédies, les drames et les romances. Plus généreuse par nature, c'est bien connu, la femme donne une note généralement plus élevée au film qu'elle juge, apprend-on encore. Mais le plus intéressant, sans doute, de cette étude, c'est que le genre du réalisateur, ou de la réalisatrice, n'influe en rien sur la note des critiques, tout sexe confondu. Malgré quelques chafouins, à Cannes comme ailleurs, on ne va pas voir un film de femme, ou d'homme, on va voir un film de cinéaste, un terme fort heureusement tout à fait unisexe.

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