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Edouard Baer, maître de cérémonie de la soirée d'ouverture du Festival de Cannes, le 14 mais 2019.

Cérémonie d'ouverture : sans toi, sans qui ?

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Cannes 2019 |Spectacle télévisuel, la cérémonie d’ouverture du festival de Cannes est souvent l’occasion d’en déceler les impensés. Celle de la 72e édition, particulièrement funèbre, n’a pas dérogé à la règle…

Edouard Baer, maître de cérémonie de la soirée d'ouverture du Festival de Cannes, le 14 mais 2019.
Edouard Baer, maître de cérémonie de la soirée d'ouverture du Festival de Cannes, le 14 mais 2019. Crédits : Antonin THUILLIER - AFP

C'est moi, ou il y avait quelque chose de funestement funèbre, dans cette cérémonie d'ouverture, censée lancer dans la joie la décade de festivités cannoises ? Tout a commencé avec un double hommage à Agnès Varda, disparue fin mars. Dans un fondu enchaîné qui coulait la télévision dans le cinéma la jeune Angèle, succédant à Michel Legrand et Karine Marchand, a repris la magnifique chanson "Sans toi" de "Cléo de 5 à 7". Beau et émouvant moment télévisuel, si ce n'était cette caméra obscène qui cherchait par de gros plans obstinés à capter l'émotion sur le visage des enfants de la cinéaste, Rosalie Varda et Mathieu Demy : "alors, elle vient, cette larme ?"

"Le cinéma, c’est la salle de cinéma, pas manger des pizzas chez soir devant Netflix"

Sans toi, donc. Sans qui ? Sans spectateur, pourrait-on commencer. "Le cauchemar du cinéaste, c'est qu'il n'y ait personne dans la salle", a dit au début de la cérémonie Agnès Varda, dans un extrait de son dernier film, "Varda par Agnès". Et le maître de cérémonie, Edouard Baer, se demandant à partir de combien de billets vendus un film est un échec, ou un succès, d'égrener le compte à rebours de la disparition du spectateur des salles. "Le cinéma, c'est la salle de cinéma, être ensemble, sortir de chez soi, proclamait-il ensuite. Le collectif, le groupe, la chaleur humaine. Ce n'est pas manger des pizzas chez soi devant Netflix.

Je ne sais pas ce qu'Edouard Baer a contre les pizzas, mais c'était assez cocasse venant d'une cérémonie produite par un groupe audiovisuel, Canal   , qui avant sa zombification récente, a construit en grande partie sa fortune sur la diffusion exclusive, sur petit écran, de films de cinéma. Mais sans douter que les abonnés de Canal ne mangent pas de pizzas, eux. Pas de Netflix cette année encore à Cannes, donc. Après avoir laissé passer le "Roma" d'Alfonso Cuaron, qui fit ensuite les belles heures du festival de Venise et le succès que l'on sait aux Oscars, on fera donc sans Martin Scorsese et le très attendu "The Irishman", on dira qu'il n'était pas prêt.

"Il n’y a qu’une seul juge : le temps"

Le président du jury, Alejandro Gonzalez Iñarritu, en a rajouté sur le sentiment funèbre. Le montage de tous ses films censé le célébrer commençait par les fameux "21 grammes" qu'on perd en mourant. "En voyant tous mes films, j'ai l'impression qu'il y a une fatigue de vivre", réagissait-il ensuite, définissant le cinéma comme, certes, ce qui peut changer nos vies, mais aussi nous consoler quand nous sommes tristes et déprimés. Il ne manquait plus que le retour d'Edouard Baer se demandant, en référence au titre "The Dead Don't Die", soit "les morts ne meurent pas", de Jim Jarmusch, dont il venait de prononcer un embarrassant éloge décousu au piano, s'il "ne vaut pas mieux être mort que vivant, comme ça on ne peut pas mourir", pour jeter une ultime pelletée de terre sur cette 72e édition naissante, lui donnant l'image d'un festival mort-vivant, se mettant en scène comme une forteresse des morts assiégée. "Il n'y a qu'un seul juge : le temps", concluait Iñarritu, relativisant l’importance de son jury. On se donne rendez-vous dans 10 jours, pour voir si l'éros des films présentés aura su contrebalancer le thanatos de la soirée d'hier soir 

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