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"Le Magicien d'Oz" de Victor Fleming

Cannes 1939, cet automne à Orléans

4 min
À retrouver dans l'émission

S’il n’y avait eu la guerre, le Festival de Cannes fêterait cette année ses 80 ans. Imaginée par Jean Zay, la vitrine culturelle du monde libre qu’il devait être se tiendra enfin, du 12 au 17 novembre, dans sa ville, Orléans.

"Le Magicien d'Oz" de Victor Fleming
"Le Magicien d'Oz" de Victor Fleming Crédits : Domaine public via Wikipedia

Si on était dans un film de Quentin Tarantino, genre "Inglourious Basterds", la sorcière, pour ne pas dire la Bête, serait morte avant de nuire : Hitler aurait été éliminé par de gentils salopards, la deuxième guerre mondiale n'aurait pas eu lieu, et on fêterait cette année les 80 ans du festival de Cannes, et non sa 72e édition. C'est ce que fait en ce moment même, sur la plage du Centre National de la Cinématographie, une conférence de presse, qui annonce la recréation, cet automne à Orléans, d'un événement mort-né. Petit retour en arrière, en septembre 1938 : à la Mostra de Venise, le film de Leni Riefenstahl à la gloire des Jeux Olympiques de Berlin de 1936, fleuron de l'esthétique nazie, "Olympia, les Dieux du Stade" remporte la coupe Mussolini. Face à cette manifestation devenue le fer de lance du "softpower" fasciste, un Français a une idée. Il est ministre de l'Education nationale et des Beaux-Arts, et chapeaute à ce titre le cinéma, il s'appelle Jean Zay. Et si le monde libre créait sa propre vitrine, histoire, face aux dictatures et à leurs agressions, d'utiliser les films pour faire de la diplomatie culturelle ? 

Diplomatie culturelle

Il est soutenu en cela par les producteurs américains, réunis dans la Motion Picture Association, désireux de trouver une porte d'entrée en Europe. Un accord industriel est ainsi signé avec la France en août 1939, prototype des fameux accords Blum-Byrnes qui permettront aux films américains de déferler sur les écrans français après-guerre. Décision est donc prise de créer un festival dont l'Allemagne et l'Italie seraient exclues, mais où seraient invités les Etats-Unis, donc, la France, bien sûr, mais aussi la Grande-Bretagne, l'URSS, les Pays-Bas, la Belgique, la Suède, la Pologne et la Tchécoslovaquie. Chaque pays choisit les films qu'il veut envoyer, il n'y a à l’époque pas encore de sélectionneur à la Thierry Frémaux. Diplomatie culturelle, on vous dit. L'Amérique, qui se taille la part du lion avec 8 films sur les 30 qui doivent être présentés, envoie le meilleur de la production hollywoodienne du moment : comédie musicale en couleurs, film d'action ou d'aventures historiques, fable politique et comédies de mœurs, ou encore mélodrame. Et la liste fait rêver, de ce que les festivaliers cannois de 1939 auraient dû découvrir sur la Croisette : Seuls les anges ont des ailes d'Howard Hawks, Mr Smith au Sénat, de Frank Capra, Le Magicien d'Oz de Victor Fleming (dont on vient d'entendre un extrait), Elle et lui, de Leo McCarey, et j'en passe. Les Anglais ont prévu, entre autres, La Taverne de la Jamaïque d'Alfred Hitchcock, les Pays-Bas Petit Gamin, d'un certain Detlef Sierck, en route pour Hollywood où il deviendra Douglas Sirk, et côté français, les nouveaux films de Christian-Jaque, Jacques Feyder, Julien Duvivier ou Jacques de Baroncelli. L'URSS a son contingent, mais retire au dernier moment l'Alexandre Nevski d'Eisenstein, la déconfiture des Chevaliers Teutoniques face aux armées impériales faisant mauvais genre après la signature du pacte germano-soviétique. On doit même voir un film antihitlérien, La Peste blanche, venu d'un pays qui a cessé d'exister cinq mois plus tôt : la Tchécoslovaquie. 

De l’autre côté de l’arc-en-ciel

Bref tout va bien, les stars Norma Shearer et Cary Grant, Michèle Morgan et Pierre Fresnay sont en route, le président d'honneur Louis Lumière s'apprête à ouvrir les festivités et... le jour de l'inauguration, le 1er septembre 1939, comme on sait, l'Allemagne envahit la Pologne. Et tout est annulé. C'est donc à Orléans, la ville de Jean Zay, que du 12 au 17 novembre, on va enfin vivre cette première édition tuée dans l'œuf, avec tapis rouge, montée des marches, cérémonie d'ouverture, un palmarès, délivré par un jury présidé par Amos Gitaï, mais aussi des critiques, un bal et des vedettes. On y verra, sauf surprise de dernière minute, 25 des 30 films prévus (la recherche dans les cinémathèques et les vieux greniers a été assez ardue).

En attendant, on vous recommande un livre passionnant, qui raconte toute cette histoire : "Cannes 1939, le Festival qui n'a pas eu lieu", de l'historien Olivier Loubes chez Armand Colin, histoire, avec Judy Garland, de repasser de l'autre côté de l'arc-en-ciel...

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