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Montage des photos libres de droits fournies par le Festival de Cannes presse

Les hantises du festival de Cannes

3 min
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Alors que tombent les premiers prix dans les sections parallèles du festival de Cannes, premier bilan de cette 72e compétition, qui a vu émerger une figure majeure : celle du revenant. 2019, année de toutes les hantises.

Montage des photos libres de droits fournies par le Festival de Cannes presse
Montage des photos libres de droits fournies par le Festival de Cannes presse Crédits : DR - Radio France

A la veille du palmarès, dans la course à la Palme d'or, c'est déjà l'heure des premières récompenses, à Cannes. A la Quinzaine des Réalisateurs, ce sont deux filles, une qui couche, et une qui pense, qui ont été honorées. La première, c'est "Une fille facile", de Rebecca Zlotowski, qui a remporté le prix de la SACD. C'est l'histoire de deux cousines, un été à Cannes, dont l'une couche avec des hommes riches et se fait offrir des cadeaux. Celle qui l'interprète s'était fait connaître il y a 9 ans, dans un scandale impliquant de fameux footballeurs de l'équipe de France. L'ex-escort-girl, Zahia Dehar, alors mineure, s'est fait saluer cette année sur la Croisette comme une nouvelle Brigitte Bardot, dans un film qui a pu surprendre ceux qui connaissent sa réalisatrice comme figure de proue du collectif "50/50 pour 2020", qui l'an dernier à Cannes, dans la foulée du mouvement #MeToo, avait organisé la spectaculaire montée des marches 100% féminine. "J'ai plutôt de la sympathie pour les femmes victimes de la curée publique, explique Rebecca Zlotowski. Pour être féministe, on n'a plus besoin de montrer des femmes spationautes ou neuro-chirurgiennes, poursuit-elle. J'ai du plaisir à montrer des femmes dans le cliché de la sur-féminité." Un propos que pourrait reprendre à son compte Abdellatif Kechiche, dont l'obsession pour le corps des femmes, et en particulier leur centre de gravité, se double dans "Mektoub, my love", d'une affirmation de la suprémacie du désir féminin sur le masculin. 

Prendre au sérieux le politique

La fille qui pense, également récompensée à la Quinzaine des Réalisateurs, avec le prix du meilleur film européen du label Europa Cinéma, c'est Alice, "Alice et le maire", l'excellent film de Nicolas Pariser, où Anaïs Demoustier, en jeune philosophe, est appelé à la rescousse par un maire de Lyon en manque d'idées, incarné avec une retenue et une sensibilité qu'on ne lui connaissait plus depuis longtemps par Fabrice Luchini. Le film a l'immense mérite, tout en en constatant la crise de la pensée, de prendre très au sérieux le politique et sa représentation. Pas inutile, à deux jours des élections européennes. 

On n’est pas à l’abri d’un mauvais palmarès

La Semaine de la Critique a elle remis son Grand Prix à "J'ai perdu mon corps", un film d'animation, du Français Jérémy Clapin. L'histoire fantastique d'une main amputée, qui s'échappe d'un hôpital et traverse Paris et ses dangers à la recherche de son propriétaire. Du fantastique, des corps désirants et du genre pour penser et représenter le monde d'aujourd'hui, c'est un bon résumé de ce qu'a aussi été la compétition cannoise officielle cette année, et on n'aimerait pas être à la place du jury, qui se réunira demain pour tâcher de donner sa vision de cette 72e édition. Il y a beaucoup moins de récompenses à décerner que de très bons films cette année, si on met à part les seulement 4-5 films lamentables ou tout à fait dispensables, dont on n'est pas à l'abri, consensus oblige, qu'ils se retrouvent tout de même au palmarès. Si on en croit les critiques français et internationaux, la Palme devrait se jouer entre le génial "Parasite", du Coréen Bong Joon-ho, "Portrait de la jeune fille en feu", de Céline Sciamma, on en serait personnellement ravi, et "Douleur et gloire" de Pedro Almodovar, qui, depuis 20 ans qu'il espère le prestigieux trophée, mériterait tout à fait de l'emporter avec cet excellent film.

Impérium des genres

Au plan stylistique, ce qui a frappé, au-delà des évidences comme la pochade zombiesque de Jim Jarmusch en ouverture, c'est l'impérium des genres cinématographiques, certain des plus anciens, comme si le retour aux archétypes formels, et le jeu avec eux, étaient seuls à même de revivifier un cinéma qui, dans la profusion des images actuelles et de leurs moyens de diffusion, s'interroge sur sa pertinence. Thriller, film noir et policier, néo-westerns et portraits de femmes, film social, les films en compétition se sont répondu entre eux dans un dialogue de longue haleine dont a émergé une figure majeure : celle du revenant. Tous ces films sont hantés, possédés, aussi bien par des fantômes que par des images, fantasmatiques, oniriques, mais aussi purement cinématographiques, provenant de films qui remontent parfois à l'invention même du 7e art. C'est sans doute en se regardant que le cinéma nous regarde le mieux...

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