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Downtown Phoenix et les abords du centre de sans abri où squattent de nombreux américains sans logement

De la crise des subprimes à la crise des sans-abri

56 min

Près de 9 millions de logements ont été vendus aux enchères à des prix cassés après la chute de Lehman Brothers. Qui a profité de cette grande braderie ? Et qui en pâtit aujourd'hui ? Reportage à Phoenix, l'une des villes des États-Unis les plus touchées par la bulle immobilière et son explosion.

Downtown Phoenix et les abords du centre de sans abri où squattent de nombreux américains sans logement
Downtown Phoenix et les abords du centre de sans abri où squattent de nombreux américains sans logement Crédits : Marie Viennot

Vous vous souvenez peut être des villages de tentes qui avaient éclos après la crise financière aux États-Unis... 

Que sont devenus les gens qui, expulsés de leur maison, avaient dû trouver ces habitations précaires ? C'est cette question qui m'a poussé à enquêter du côté de l'immobilier, et en Arizona. 

Pourquoi l'Arizona ? Parce que ce fût l'un des Etats les plus affecté par la crise immobilière qui a précédé et suivi la faillite de Lehman Brothers, avec la Floride, la Californie, et le Nevada. Ces quatre Etats (regroupés autour de l'appellation Sand States, comme sable) ont compté à eux quatre plus de 40% des saisies immobilières post crise. Ici une étude en anglais à ce sujet. 

Pourquoi Phoenix ? Parce que c'est la ville qui a le plus attiré les fonds financiers venus de Wall Street (Hedge funds, et private equity). Profitant de la baisse vertigineuse des prix de l'immobilier, ces fonds ont acheté aux enchères des milliers de maisons au plus fort de la crise, qu'ils louent aujourd'hui. Ils sont devenus, au niveau fédéral des acteurs majeurs de la location, et des bailleurs peu fréquentables à  lire de très nombreux articles. Ici, et ici

Ces acquisitions ont été facilité par la politique très accommodante de la Réserve Fédérale américaine, qui pour sortir de la crise a inondé le marché de liquidité, et ainsi exacerbé les inégalités, dénonce Danielle Di Martino Booth, ancienne conseillère réserve fédérale, que l'on entend dans le reportage. 

Cette razzia sur les maisons vendues aux enchères a été si spectaculaire, que la télé en a fait un reality show, tourné à Phoenix, et dont j'ai rencontré deux protagonistes, Lou et John. 

Aujourd'hui, Phoenix est la deuxième ville américaine où il y a le plus d'expulsion locative, et où les prix de l'immobilier sont le plus remontés. Ils ont même retrouvé le niveau qu'ils avaient avant l'explosion de la bulle.  La ville fait aussi face à une augmentation continue des sans abris

Quel lien entre la crise des subprimes, les saisies qui ont suivi, les difficultés des plus modestes à se loger et la crise des sans abri qui sévit sans bruit sur la côte Ouest des États-Unis ?  

C'est ce que raconte ce reportage de Marie Viennot, réalisé par François-Charles Domergue. 

Invité : Norbert Gaillard, docteur en économie, spécialisé dans les agences de notation, la régulation financière. 

A Los Angeles, la ville a déclaré l'état d'urgence pour cette crise des sans abri. Ici un très beau reportage photo, et ci-dessous une vidéo édifiante. 

Pour aller plus loin....

- The State of the Nation housing, 2018,  étude d'Harvard. 

- Out Of Reach 2018: infographie qui vous permet de voir États par États combien d'heures vous devez travailler (au salaire minimum) pour louer un deux-pièces

- Arizona Central, le journal local de Phoenix, lire les articles de Catherine Reagor

- Le site de Matthew Desmond, Pullitzer Prize pour son livre: Evicted: poverty and profit in the american city, livre qui m'a accompagné tout au long de mon enquête. Une plongée dans la vie de ceux et celles qui luttent pour avoir un toit, et de ceux qui les expulsent (jamais de gaieté de cœur..)

Intervenants
  • économiste et consultant indépendant, spécialiste des agences de notation.
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