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Les oubliés de Potenza : l'Italie du Sud ne s'en sort pas

44 min

On savait que l'arrivée au pouvoir de Mario Monti – l'austère Professeur, si peu charismatique, mais si reposant après l'ouragan Berlusconi – ne serait qu'une parenthèse.

Il n'est pas certain d'ailleurs qu'elle se referme tout de suite, puisque cet ancien Commissaire européen a osé franchir le Rubicon et entrer dans l'arène politique conscient qu'il n'a pas terminé son travail de restauration d'une Italie bien abîmée.

Car les scandales ébranlent à nouveau la Péninsule et touchent chacune ou presque des formations politiques.

A commencer par le Cavaliere lui-même. Berlusconi vient d'être condamné pour fraude fiscale, ce qui l'a incité visiblement à reprendre le collier et en deux mois son bagout incroyable a fait gagner presque 10 points dans les sondages à son Parti de la Liberté.

Mais l'allié du PDL, la très à droite Ligue du Nord, est bien mal en point. Elle vient de perdre l'un de ses barons les plus emblématiques : Roberto Formigoni, patron de la Lombardie et poursuivi pour avoir détourné des millions d'euros, et profité de vacances ultra-luxueuses.

En face, le camp de la gauche, donné favori, est pourtant à la peine. Pier Luigi Bersani, ancien communiste qui prône rigueur et crédibilité, a vu son avance se réduire. Le parti démocrate se trouve lui aussi éclaboussé par le scandale de la banque Monte dei Paschi di Sienna, historiquement lié à la gauche. L'établissement aurait falsifié ses comptes pour dissimuler 700 millions d'euros de pertes.

Italie : les derniers sondages
Italie : les derniers sondages

Bersani pourrait dit-on s'allier à Monti. Mais la formation centriste du sortant est crédité au mieux de 12%. Et Monti, qui a su regagner la confiance des marchés financiers, n'a pas conquis le coeur des Italiens effrayés par l'austérité, qui grignotte inexorablement leur pouvoir d'achat.

Beaucoup dépendra donc du sort des outsiders. A commencer par l'humoriste Beppe Grillo, tribun hors pair qui méprise les plateaux télés mais réunit des foules très denses pour villipender justement ces politiques - « tous corrompus ». Comment lui donner tort quand à Rome, par exemple, la région du Latium a multiplié par 4 les frais alloués sans justificatif à chaque conseiller régional. Pour un montant total de 15 millions d'euros. C'était en 2012, en pleine crise financière.

A Grillo, s'ajoutent d'autres trublions souvent anti-mafieux, comme le juge Ingroia qui rêve de faire tomber les parrains siciliens.

En attendant, la société civile se débat avec une récession bien réelle, et un taux de chômage galopant. Sans parler de la coupure entre le Nord et le Mezzogiorno.

« Les oubliés de Potenza – l'Italie du Sud ne s'en sort pas », c'est un reportage signé Anaïs Feuga .

Intervenants
  • professeur de géographie politique à l'université de Rome Tor Vergata

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