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Le BTP, un secteur très touché par les accidents du travail.

Accidents du travail : du fait divers au fait social / Quel destin pour Hong Kong ?

1h09
À retrouver dans l'émission

Mal encadrés juridiquement et difficiles à prévenir, les accidents du travail peinent encore à être reconnus comme un vrai problème de société.

Le BTP, un secteur très touché par les accidents du travail.
Le BTP, un secteur très touché par les accidents du travail. Crédits : Sarote Pruksachat - Getty

Touchant prioritairement certains secteurs comme le transport routier ou les travaux publics, et particulièrement prévalent chez les travailleurs précaires de moins de 30 ans, l’accident au travail résulte bien souvent d’une tâche dissimulée, menée à la hâte par des travailleurs mal formés. Si les causes et les facteurs augmentant les risques des accidents sont bien connus, on peine encore à expliquer pourquoi il est si difficile de les éviter, et pourquoi ils ne s’imposent pas davantage comme un risque réel dans l’esprit des employeurs.  

En effet, le 25 juin 2019, la Dares a publié les chiffres peu engageants de son enquête trisannuelle sur la prévention des risques professionnels. Les résultats attestent d’une augmentation de la proportion d’employeurs n’ayant entrepris aucune action de prévention des risques physiques sur le lieu de travail, signe que le sujet des accidents préoccupe de moins en moins les employeurs.

Dans un contexte d’augmentation des cadences de travail et d’accroissement de la pression concurrentielle sur les entreprises, que faire pour que les accidents du travail soient enfin considérés comme un fait social et non plus comme un banal fait divers ?

L'avocate Rachel Saada insiste sur la prévention pour lutter contre les accidents du travail. Mais Jorge Munoz, maître de conférence en sociologie, indique néanmoins que la prévention peut être une charge lourde pour les petites entreprises.

Mais Rachel Saada précise que 

La première mesure de prévention serait l’organisation du travail, notamment qu’il y ait moins de sous-effectif. La surcharge, la polyvalence et la course contre le temps sont souvent les premières causes d’accident du travail

Matthieu Lépine, professeur d’histoire-géographie, recense de son côté les accidents du travail graves et mortels qui ont lieu chaque jour à travers le compte Twitter « Accidents du travail : silence des ouvriers meurent ». 

Il cherche à personnaliser et à lutter contre l'invisibilisation des victimes. 

Ce qu'on remarque, c'est d'une part que ces accidentés sont dans la rubrique "faits divers", et d'autre part l'absence de la mention de l'expression "absence du travail". Dans tous ces articles, on n'a malheureusement pas de suivi, une invisibilisation totale de la victime, comme s'il y avait un désintérêt ou un fatalisme. J'utilise alors Twitter pour caractériser cette personne.

Jorge Munoz note que dans le rapport parlementaire Lecoq aucun mot n'est dit sur la prévention et pointe, tout comme Rachel Saada, une déresponsabilisation des employeurs. Mais pour lutter efficacement contre les accidents du travail, il remarque :

Il faut connaître l'activité de travail, avec ses dimensions techniques, pour prendre les bonnes mesures. 

Avec Matthieu Lépine, professeur d’histoire ; Jorge Munoz, maître de conférences en sociologie à l’université de Brest, spécialiste en sociologie du travail et santé au travail, et Rachel Saada, avocate à la Cour, spécialiste en droit du travail, droit de la sécurité sociale et de la protection sociale.

Quel destin pour Hong Kong ? 

Les manifestants deviennent des "murs de Lennon humains" alors qu'ils se mobilisent  contre le projet de loi sur l'extradition.  (aéroport international de Hong Kong le 26 /07/2019)
Les manifestants deviennent des "murs de Lennon humains" alors qu'ils se mobilisent contre le projet de loi sur l'extradition. (aéroport international de Hong Kong le 26 /07/2019) Crédits : Anthony Wallace - AFP

Le bras de fer entre Hong Kong et la Chine se poursuit, et malgré la menace d’une intervention militaire que fait peser Pékin, une grande manifestation est toujours prévue le 18 août. En réaction au blocage de l’aéroport international, en début de semaine, des photos et des vidéos de convois chinois, massés à Shenzen, la ville de Chine continentale qui fait face à Hong Kong, se multiplient. 

Va-t-on alors vers un destin à la Tian’Anmen ?

Depuis juin dernier, la « zone administrative spéciale » se mobilise contre le projet d’extradition vers la Chine. Mais il s’agit désormais de défendre plus largement, pour une grande partie des manifestants, l’identité politique de Hong Kong. En effet, depuis sa rétrocession par la Grande-Bretagne en 1997, la Chine s’est engagée à respecter le principe « un pays, deux systèmes », selon lequel Hong Kong conserverait un haut degré d’autonomie aux niveaux politique et juridique. Mais ce principe a été ces dernières années de plus en plus mis à mal. Hong Kong est-elle victime de la soif de puissance de Pékin ? Et que se passera-t-il en 2047, date qui marquera la fin de l’application de la déclaration « un pays, deux systèmes » ?

Jean-Pierre Cabestan souligne que le mouvement n’est pas nouveau. Ce qui est remarquable, c’est l’ampleur du soutien populaire, et notamment de la classe moyenne, dans une cité habituellement très pacifiée. 

Cela signifie-t-il pour autant une revendication pour l’indépendance ? 

Une part infime de la population souhaite l’indépendance. Les Hongkongais veulent juste que Pékin respecte ses promesses, et notamment la démocratisation des institutions de Hong Kong. Hong kong est extrêmement dépendant de la Chine. Il n’y a pas de risque de séparatisme. 

Pour Nicholas Bequelin, les manifestations se tiennent dans un contexte où la Chine se durcit politiquement pour protéger les Chinois des éléments subversifs de Hong Kong. 

Devant l’intransigeance du gouvernement, certains manifestants ont recours à la violence, notamment contre des symboles. Le gouvernement compte là-dessus pour retourner l’opinion publique. 

D’après Jean-Pierre Cabestan, Pékin ne va pas prendre le risque d’une intervention militaire. 

De toute manière, les Chinois ne sont pas pressés. Ils n’ont qu’à attendre 2047, date à laquelle Hong Kong reviendra de droit à la Chine. Mais je pense qu’à ce moment-là, un régime spécial pourra être tout de même perpétué.

Nicholas Bequelin déclare que les Chinois vont s’en tenir à des actions qui restent dans le cadre du droit. 

Il utilise l’image suivante pour expliquer la situation :

Imaginons un grand escalator : à l’étage supérieur, c’est l’état de droit, à l’étage inférieur c’est le régime du parti unique. La population de Hong Kong est sur cet escalier roulant qui descend de l’état de droit au régime de parti unique, avec une date déjà fixée, 2047, qui acte la fin de « un pays, deux systèmes ». Nous avons tous joué, enfants, à rester sur place, contre la marche de l’escalator. C’est ce que la population de Hong Kong a essayé de faire, pendant que Pékin essaye au contraire d’accélérer l’escalator. Pour Pékin, c’est très clair : en 2047, Hong Kong tombera dans tous les cas dans ses bras. Donc il n’y a pas un sentiment d’urgence.

Avec Jean Pierre Cabestan, directeur de recherche au CNRS, enseignant en science politique à l’Université baptiste de Hong-Kong,  Nicholas Bequelin, directeur régional pour l'Asie de l'Est et du Sud-Ouest à Amnesty International.

  • Pour en savoir plus

Amnesty international en Asie

Intervenants
  • Professeur d’histoire, il recense les accidents du travail chaque jour, sur son compte Twitter : « Accidents du travail : silence des ouvriers meurent »
  • Maître de conférences en sociologie à l’université de Brest
  • Directeur de recherche au CNRS, professeur de sciences politiques à l’Université baptiste de Hong Kong.
  • Directeur régional pour l'Asie de l'Est et du Sud-Ouest à Amnesty International
  • Avocate à la Cour, spécialiste en droit du travail, droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
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