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Les manifestants soudanais agitent des pancartes et des drapeaux alors qu'ils continuent de manifester devant le complexe militaire de Khartoum, la capitale. (17 avril 2019)

Faut-il mieux protéger les journalistes ? / Soudan : la transition politique aura-t-elle lieu ?

1h09
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Après l’officialisation de l’accord sur la transition politique au Soudan hier, un conseil souverain sera aujourd’hui nommé, ouvrant peut-être un nouveau chapitre dans un pays meurtri.

Les manifestants soudanais agitent des pancartes et des drapeaux alors qu'ils continuent de manifester devant le complexe militaire de Khartoum, la capitale. (17 avril 2019)
Les manifestants soudanais agitent des pancartes et des drapeaux alors qu'ils continuent de manifester devant le complexe militaire de Khartoum, la capitale. (17 avril 2019) Crédits : Ashraf Shazly - AFP

Le 11 avril dernier, les Soudanais poussaient le président Omar Al-Bachir à rendre le pouvoir, après trente années d’exercice, qui ont conduit le pays au bord de la faillite. C’est une habitude dans l’histoire soudanaise où à plusieurs reprises, comme en 1964 ou en 1983, on a vu le peuple se soulever pour destituer leur dictateur. Mais cela s’est toujours soldé par un retour des militaires. Alors qu’a été officialisé l’accord sur la transition politique hier, et qu’aujourd’hui un conseil souverain sera nommé, le Soudan prend-il le chemin démocratique ? Il serait bien optimiste d’affirmer cela, alors que le Soudan est situé à un carrefour stratégie en Afrique de l’Est, notamment pour l’Arabie Saoudite, qui surveille de près les tractations, et que les militaires vont tenir une place prépondérante dans les futures institutions. 

L'accord sur la transition politique pourra-t-il fonctionner ? Anna-Laure Mahé évite toute forme de futurologie :

Je n'ai pas de boule de cristal. Les termes de cet accord sont élastiques donc on ne sait pas vraiment où cela pourrait mener le pays. Les règles sont établies, fixées, mais mouvantes.  Est-ce que les garde-fous mis en oeuvre vont pouvoir fonctionner ?

Se pose également la question des soutiens extérieurs au Soudan, qui auront forcément une influence sur la suite des opérations : l'Egypte, l'Arabie Saoudite au sein de l'Union Africaine vont-ils se positionner du côté des civils ou des militaires ?

Gérard Prunier présente ainsi les forces en présence :

La société civile est une contre-société dans une telle situation qui est une situation révolutionnaire. On ne sait rien de l'avenir. De son côté, l'armée dont on parle n'est pas tout à fait l'armée soudanaise, c'est une armée de mercenaires. C'est parce qu'il y a autant d'ambiguïtés que la situation est si compliquée. Que comprendre par exemple du slogan "nous sommes tous des Darfouriens ?". Il y a des gens des deux côtés qui utilisent cette phrase : des massacreurs comme des victimes !

Et Gérard Prunier de conclure :

La nouvelle institution directrice, le conseil des souverainetés, marque un tournant : elle est un pouvoir exécutif qui n'est plus le résultat du coup d'état de 1989. On ne peut pourtant pas dire pour le moment ce que ce conseil va représenter comme pouvoir réel. Il va lui falloir néanmoins beaucoup de moyens pour chasser de toutes les institutions les anciens membres de la dictature. C'est un travail herculéen.

Avec Gérard Prunier, chercheur émérite au CNRS et consultant indépendant, et  Anne-Laure Mahé, chercheuse spécialiste de l'Afrique de l’Est à l’IRSEM.

Faut-il mieux protéger les journalistes ?

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. Crédits : Bubaone - Getty

Convocations de journalistes à la DGSI, perquisitions dans des locaux de presse, procédures judiciaires… Les menaces qui pèsent sur le journalisme d’investigation sont nombreuses, et ont été renouvelées après que la loi sur le secret des affaires, qui transpose dans le droit français une directive européenne sur la protection des savoir-faire et des informations commerciales, a été validée le jeudi 26 juillet 2018 par le Conseil constitutionnel. Cette loi fait notamment craindre pour l’avenir du journalisme d’investigations.

Alors faut-il mieux protéger les journalistes d’enquêtes, qui aujourd’hui ne peuvent opposer aux attaques en justice que leur fonction démocratique et leur mission de service de l’intérêt général ? 

Alexis Lévrier commence par revenir sur le caractère particulièrement inédit de la situation :

Il y a toujours eu, de la part du pouvoir, une méfiance à l'égard des journalistes et une volonté très française d'encadrer leur rôle. Néanmoins, neuf convocations de journalistes par des services de renseignements en deux semaines, c'est incroyable

L'historien prolonge sa réflexion en rappelant que le président Macron, soucieux de la verticalité de son pouvoir, reprend à son compte les attitudes de De Gaulle et de François Mitterrand à l'égard des médias. Pour Fabrice Arfi, la judiciarisation croissante du travail du journaliste d'investigation, qui pousse de plus en plus de reporters devant les tribunaux, est indéniablement un moyen d'intimidation.

Il y a en ce moment une frénésie judiciaire qui s'attaque à l’essence même de notre travail : les journalistes sont traités comme suspects alors qu'ils font leur travail et poursuivent une mission d'intérêt général.

Et de poursuivre par une référence historique :

On devrait pourtant se rappeler que la révolution de 1830 fait suite aux ordonnances de Charles X qui suspendent la liberté de la presse ! Attaquer le journalisme, c'est attaquer un socle de droits fondamentaux

Leila Miñano défend de son côté bec et ongles la structuration des journalistes et des reporters autour de groupes ou de collectifs puissants. Pour elle, l'union fait la force :

Dans un contexte où nous sommes de plus en plus amenés vers des tribunaux, il nous faut être épaulés par les rédactions, et par nos partenaires internationaux. C'est tout le sens d'une initiative comme " Investigate Europe"

Avec Fabrice Arfi, journaliste à Médiapart,  Leila Miñano, journaliste indépendante, et au téléphone Alexis Lévrier, maître de conférences à l’Université de Reims et chercheur associé au Celsa, spécialiste de l’histoire du journalisme. 

Musique : Kamal Tarbas "Min ozzalna Seebak Seeb (forget those that divide us)"

Intervenants
  • journaliste d'investigation à Mediapart
  • journaliste indépendante
  • maître de conférences à l'Université de Reims, et chercheur associé au Celsa, spécialiste de l’histoire du journalisme.
  • Chercheuse Afrique de l’Est à l’IRSEM
  • ancien chercheur au CNRS, aujourd'hui consultant indépendant et spécialiste de la Corne de l'Afrique et son interface avec le monde arabe
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