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Des partisans du candidat à la présidence iranienne Ebrahim Raisi assistent à un meeting de campagne électorale dans la capitale Téhéran. Le 1' juin 2021

L'Iran face à ses crises / JO : quels esprits pour un corps sain ?

58 min
À retrouver dans l'émission

Alors que les Jeux Olympiques de Tokyo touchent à leur fin demain soir, nous revenons sur un enjeu fondamental mis en relief lors de cette compétition par Simone Biles : la santé mentale des athlètes. Mais avant, cap sur la République Islamique d'Iran qui fait face à de multiples crises.

Des partisans du candidat à la présidence iranienne Ebrahim Raisi assistent à un meeting de campagne électorale dans la capitale Téhéran. Le 1' juin 2021
Des partisans du candidat à la présidence iranienne Ebrahim Raisi assistent à un meeting de campagne électorale dans la capitale Téhéran. Le 1' juin 2021 Crédits : ATTA KENARE / AFP - AFP

Première partie - L'Iran face à ses crises 

Investi mardi par l’Ayatollah Ali Khamenei, le nouveau président iranien Ebrahim Raissi a prêté serment devant le Parlement ce jeudi 5 août dans un contexte international marqué par une recrudescence des tensions avec les Occidentaux en pleines négociations sur le nucléaire, et alors que le pays étouffe littéralement sous la chaleur,  les sécheresses à répétitions et sous les sanctions américaines qui enrayent son économie. Le tout, sous fond de contestation sociale...

Crise sanitaire, cherté de la vie quotidienne mais aussi pénuries d'eau sur le territoire, comment comprendre ces maux qui agitent le pays ? Quelles sont les attentes de la société civile envers Ebrahim Raissi ? Comment relancer l’économie ? Quelles sont les réponses que donne le régime à ces crises aux contestations qui le traversent ? Pendant une demi-heure, nous allons aborder l’Iran de l’intérieur pour essayer de mieux en comprendre les ressorts.

Avec Azadeh Kian, professeure en sociologie politique à l’université Paris-Diderot et Clément Therme, chercheur à l’Institut universitaire européen de Florence.

M. Raissi, après son investiture et même pendant la campagne électorale a promis beaucoup de choses à la population iranienne. La question est de savoir comment il va pouvoir réaliser ses promesses sans négocier sur le dossier du nucléaire, non pas pour normaliser avec les Etats-Unis car ça ne sera jamais le cas, mais afin de lever les sanctions étasuniennes qui me parait indispensable pour lui.

Azadeh Kian

Il y a bien évidemment la sécheresse qui concerne l’ensemble du Moyen-Orient mais en même temps la pénurie d’eau au Khuzestan est en partie liée à un barrage qui a été construit il y a quelques années au profit des investisseurs appartenant aux Gardiens de la Révolution, il y a un détournement d’eau de Khuzestan vers la ville iranienne au profit des Ayatollah qui y habitent. La question d’eau en Iran, c'est à la fois le changement climatique mais aussi la mauvaise gestion de cette problématique-là. On le constate dans d’autres régions iraniennes. (…) Ces populations sont en partie arabes qui se sentent donc minorisées, et manifestent dans la rue avec des revendications tout à fait justifiées et justifiables. En réponse à ces revendications, ils ont reçu des tirs. 

Azadeh Kian

Le régime se place dans une stratégie de victimisation et d’irresponsabilité. Victimisation, c’est-à-dire accuser les sanctions américaines de tous les maux du pays et notamment la question de l’eau par l’impossibilité d’acquérir les meilleures technologies et l’autre aspect c’est d’accuser le changement climatique. (..) C’est vraiment une stratégie du bouc émissaire en permanence pour ne jamais traiter la question sur le plan structurel.

Clément Therme

Deuxième partie - JO : quels esprits pour un corps sain ?

Simones Biles, la gymnaste américaine exécute un exercice simplifié à la poutre après avoir déclaré forfait au concours général individuel évoquant des "démons" dans sa tête. Le 3 août à Tokyo
Simones Biles, la gymnaste américaine exécute un exercice simplifié à la poutre après avoir déclaré forfait au concours général individuel évoquant des "démons" dans sa tête. Le 3 août à Tokyo Crédits : Marijan Murat - Getty

Le 27 juillet, le forfait de la plus grande gymnaste de l’histoire de l’olympisme, Simone Biles a enfoncé les portes d’un sujet jusque là encore tabou dans la sphère publique : la santé mentale des athlètes. Et pourtant, la quadruple championne olympique incarne à la perfection la maxime du fondateur des jeux olympiques modernes Pierre de Coubertin:  “un esprit ardent dans un corps musclé”. Non, nous dit Simone Biles, nous ne sommes pas infaillibles, oui nous sommes des humains, les athlètes sont parfois confrontés aux “démons de l’intérieur” pour reprendre ses mots. Faut-il beaucoup d’ardeur pour admettre ses limites dans le sport de haut niveau ? Quels sont ses démons ? Quel est le prix du record pour les athlètes ? Comment se développe l’accompagnement mental des sportifs ? Doit-on en parler comme on parle de blessure physique ? Quels sont les liens qui s’articulent entre ces deux univers ?

Avec Meriem Salmi, psychologue, membre de la délégation française aux JO de Tokyo et experte INSEP, Jean-Marc Sène, médecin du sport et ancien médecin de l’Equipe de France de Judo et Philippe Liotard, sociologue-anthropologue, enseignant-chercheur à l’université Claude Bernard Lyon 1 et membre du Laboratoire sur les vulnérabilités et l’innovation dans le sport.

Il y a une prise de conscience des faiblesses que l’on peut sentir en tant que sportives et sportifs de haut niveau, et c’est quelque chose qui me semble nouveau. Cela fait très peu de temps que l’on accepte que les sportives et sportifs de haut niveau aient des failles. (...) Dans ce moment-là auparavant, tout semblait se passer comme s'il fallait absolument que les sportives et sportifs paraissent invincibles. Là j'ai l'impression qu'avec Simone Biles et d'autres, on a la possibilité, prise par les athlètes de s'exprimer sur ce qui ne va pas bien en elles et en eux. 

Philippe Liotard

Je suis toujours marquée par les termes qu’on utilise  : « on achète un joueur », or un être humain ne s’achète pas (..) ou encore « avec l’argent qu’il gagne, il ne peut pas se plaindre». Cette approche globale vis-à-vis du sportif peut entrainer effectivement une vision où on ne comprend pas qu’il puisse se plaindre et où il n’a, en quelque sorte, pas le droit de se plaindre.

Jean-Marc Sène

Je pense qu’il s’agit avant tout d’un manque de formation, de connaissance. Pour avoir longtemps travaillé avec les coachs, à partir du moment où on les informe sur l’impact de leurs mots, de leurs comportements, de leur attitude, ils vont réagir. Le problème est que nous n’avons pas encore aujourd’hui les moyens, on avance lentement. (..) L'accompagnement psychologiquement commence à prendre sa place. C’était compliqué à installer parce que c’était vécu comme une attaque sur ce mythe de l’invincibilité de l’athlète.

Meriem Salmi

Intervenants
  • Professeur de sociologie à l’Université Paris Diderot, directrice du CEDREF (Centre d’Enseignement, de Documentation et de Recherches pour les Etudes Féministes)
  • chercheur associé à l'Institut universitaire européen de Florence
  • Psychologue et membre de la délégation française, experte INSEP
  • Médecin du sport et ancien médecin de l’Equipe de France de Judo
L'équipe
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