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Des détenus mineurs sont photographiés dans le gymnase du Centre de détention pour mineurs (EPM) de Marseille le 4 mars 2019.

Justice des mineurs : une réforme à marche forcée ?/ Rohingyas : le peuple oublié

1h09
À retrouver dans l'émission

Parmi les grands chantiers engagés par la ministre de la Justice Nicole Belloubet cette année, la réforme de la justice des enfants préoccupe : cette réforme est-elle nécessaire et a-t-on vraiment besoin, comme le réclame le projet, de hâter les procédures judiciaires engageant des mineurs ?

Des détenus mineurs sont photographiés dans le gymnase du Centre de détention pour mineurs (EPM) de Marseille le 4 mars 2019.
Des détenus mineurs sont photographiés dans le gymnase du Centre de détention pour mineurs (EPM) de Marseille le 4 mars 2019. Crédits : Boris Horvat - AFP

Justice des mineurs : une réforme à marche forcée ?

Le 25 février dernier, le ministère de la Justice publiait une note pointant la nécessité d'amender l'ordonnance de 1945 relative à l'enfance délinquante. Ouverture de nouveaux centres de détention, accélération des procédures judiciaires, clarification d'un texte rendu difficilement lisible par des ajouts successifs : cette réforme s'annonce comme un chantier de grande ampleur. La proposition de loi sera présentée en septembre devant le Conseil des ministres puis déposée à l'Assemblée nationale.

Néanmoins, la plupart des spécialistes critiquent le caractère forcé de cette réforme et notamment l'initiative prise par la Garde des Sceaux de légiférer par ordonnance, procédé qui limite les débats et muselle l'opposition au texte.

Jean-Pierre Rosenczveig regrette que le projet de loi accuse une réelle méconnaissance du terrain :

On ouvre de nouveaux centres de détention ? Ces centres accueillent chacun environ 1500 jeunes sur l’année alors qu'il y a en France 65 000 détenus délinquants. La solution du centre fermée est mauvaise, elle n'est que de façade. La réalité c'est le terrain, la prévention le travail des éducateurs.

Sur quoi rebondit Stéven Tréguer :

Et en effet, tout l'argent consacré à l'ouverture de ces centres, c'est autant d'argent qui va manquer aux éducateurs. Les travailleurs sociaux de la protection judiciaire de la jeunesse ont 25 jeunes chacun à gérer, contre 14 au Canada par exemple. Vous voyez donc quelle devrait être la priorité !

Par cette "mauvaise connaissance du terrain", il faut comprendre une mauvaise prise en compte des réalités : où serait la nécessité de changer la loi alors que la délinquance juvénile est en baisse ?

Il faut mieux comprendre le volet sociologique de la délinquance. Un jeune qui commet une infraction ou un délit isolés est certes un délinquant mais il n'a rien à voir avec le récidiviste, qui évolue dans une spirale. Face à des jeunes nihilistes, suicidaires et qui n'ont aucune confiance en eux, seule l'éducatif fonctionne. Il faut mieux permettre à la jeunesse en perte de repères de trouver des interlocuteurs.

Pour en savoir plus : le blog de Jean-Pierre Rosenczveig et la page web de la Fondation Jeunesse Feu Vert

Rohingyas : le peuple oublié

Cette photo prise le 22 septembre 2017 montre des enfants faisant la file dans le camp de réfugiés des Rohingyas à Kutupalong qui ont fui au Bangladesh pour échapper aux violences au Myanmar.
Cette photo prise le 22 septembre 2017 montre des enfants faisant la file dans le camp de réfugiés des Rohingyas à Kutupalong qui ont fui au Bangladesh pour échapper aux violences au Myanmar. Crédits : Dominique Faget - AFP

Ce dimanche, cela fera deux ans que l’armée birmane a lancé des opérations dans l’État d'Arakan qui ont forcé plus de 740 000 Rohingyas à s’enfuir de chez eux. Cette campagne violente a été marquée par d’innombrables atrocités contre cette ethnie à majorité musulmane, et une équipe d’enquêteurs des Nations unies a indiqué que des crimes contre l’humanité ainsi qu’un génocide probable ont été commis.

Malgré la vague d'indignation internationale provoquée par ces terribles violences, et malgré l’adoption d’une résolution du Conseil des droits de l'homme des Nations unies visant à ce que les responsables au Myanmar soient tenus de rendre des comptes, les généraux qui ont supervisé ces attaques contre les Rohingyas sont toujours en fonction. 

Sophie Brondel commence par cet accablant état des lieux :

Les autorités birmanes maintiennent leur déni et les exactions continuent. La situation côté birman continue de s’aggraver, rien ne s’arrange pour les Rohingyas restés en Birmanie. Les conditions de sécurité ne sont pas non plus réunies pour un retour. 

Guillaume Pajot trouve éloquent le fait divers récent qui a conduit en prison des journalistes de l'agence Reuters qui enquêtaient sur place :

Les journalistes de Reuters qui ont enquêté sur les Rohingyas ont effectué plus de détention que les militaires qui avaient commis les exactions. Cela révèle très bien l'état d'esprit de l'opinion : l'éveil de la société birmane sur la question des Rohingyas est encore loin. L’avis général de 80% de la population à leur sujet est : cette population vient du Bangladesh, et doit y retourner.

Et ce dernier de conclure :

La colonne vertébrale de toutes les demandes des Rohingyas c'est un chemin vers la citoyenneté. Une fois qu'ils seront citoyens, on pourra entrevoir une issue pour cette crise. La citoyenneté amènera la justice et la sécurité.

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