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Camp de migrants sous un pont Porte de la Chapelle à Paris, photo d'avril 2017

La nouvelle politique migratoire française / Venezuela : le silence de la gauche française

1h18

La politique migratoire, véritable casse tête à l'échelle de l'Europe, divise les français. Assiste-t-on a un changement de politique sous Macron? Depuis que le Venezuela est plongé dans le chaos, la gauche française considère-elle toujours le chavisme comme un modèle?

Camp de migrants sous un pont Porte de la Chapelle à Paris, photo d'avril 2017
Camp de migrants sous un pont Porte de la Chapelle à Paris, photo d'avril 2017 Crédits : GEOFFROY VAN DER HASSELT - AFP

La nouvelle politique migratoire française

C’est un programme qui se veut ambitieux et novateur. Très attendue, la politique migratoire d’Emmanuel Macron, rendue publique le 27 juillet, s’inscrit dans un cadre limité par deux barrières. A droite, le repli sur soi et la fermeture des frontières. A gauche, l’illusion qu’un pays comme la France peut accueillir, comme le disait Michel Rocard, toute la misère du monde. Et c’est pour ne pas avoir à franchir ces deux limites que le président français insiste, davantage que ses prédécesseurs, sur la nécessité d’instaurer une solide différence entre les réfugiés et les migrants économiques. Concrètement, Emmanuel Macron promet d’améliorer l’accueil d’urgence en créant de nouveaux centres, d’accélérer le traitement administratifs des demandes d’asile, de mettre en place une vraie politique de renvoi aux frontières pour les déboutés de ce droit à l’asile et de créer des « hot spots » sur le sol africain, dans des pays sûrs, pour juguler les flux migratoires en amont. Jusque-là, tous les prédécesseurs d’Emmanuel Macron se sont cassé les dents sur ce sujet aussi sensible que complexe. La démarche nouvelle d’Emmanuel Macron, qui se veut libérée des tabous français sur l’immigration, sera-t-elle plus efficace ? Mettra-t-elle fin au dialogue de sourds qui oppose les tenants d’une immigration heureuse à ceux qui la voient comme un danger majeur pour le pays ? Sera-t-elle assez soutenue et dynamique pour convaincre les partenaires européens de la France : l’Italie qui assume bien seule, aux portes de la Méditerranée, le poids des arrivées massives de migrants. Mais aussi les pays d’Europe Centrale et Orientale, qui de la Pologne à la Hongrie refusent les quotas de migrants que veut leur imposer l’UE et rejettent, au-delà de la question des réfugiés, un modèle multiethnique dont ils estiment qu’il n’appartient pas à leur culture.

Avec Paolo Levi, correspondant à Paris pour l'Ansa et La Stampa ; Pierre Henry, directeur général de l’association France Terre d’Asile et par téléphone, Jean-Thomas Lesueur, délégué général de l'Institut Thomas Moore.

Venezuela : le silence de la gauche française

120 morts déjà dans des affrontements, de nombreux opposants arrêtés dont le maire de Caracas, des magistrats menacés ou limogés, une Assemblée élue renvoyée. Pourtant, le chaos qui s’est emparé du Venezuela n’émeut pas grand monde dans la classe politique française. Les pays du Mercosur, le marché commun du sud, ont exclu le Venezuela pour- je cite – « rupture de l’ordre démocratique » mais à la menace de guerre civile, les autorités françaises opposent pour l’instant un prudent silence. Quant à la gauche de la gauche, elle refuse de condamner les excès de Nicolas Maduro, désireuse de préserver le modèle vénézuélien, dont la révolution bolivarienne fut pour elle un modèle d’inspiration politique. La France Insoumise renvoie dos à dos l’opposition et le pouvoir et dénonce la « désinformation » à laquelle se livrent selon elle les médias français. Il est vrai que Jean Luc Mélenchon avait inscrit dans son programme – au point 62 – la volonté de rejoindre l’Alliance bolivarienne, anti atlantiste, créée en 2004 par l’ancien président vénézuélien Hugo Chavez et le leader cubain Fidel Castro. Pour Jean-Luc Mélenchon, le Venezuela est une « source d’inspiration » et Chavez, même mort, représente « l’idéal inépuisable de l’espérance humaniste, de la révolution », la résistance à « l’infecte social-démocratie ». Mais le modèle vénézuélien n’est pas le seul en Amérique Latine à fasciner certaines gauches françaises. En son temps Fidel Castro a exercé le même attrait qu’Hugo Chavez. Chez Danielle Mitterrand qui avait salué l’émancipation humaine promise par le modèle cubain. Chez Ségolène Royal, qui avait regretté, quand elle était ministre de l’Environnement, la disparition d’un « monument de l’histoire ». Après la désillusion soviétique, les pays socialistes d’Amérique latine ont longtemps représenté le nouvel espoir révolutionnaire dont rêvait la gauche française. La révolution sur la plage et sous les cocotiers : une bascule d’autant plus facile à faire que ces pays se trouvent dans l’arrière-cour de la puissance américaine…Mais avec l’effondrement économique et social du Venezuela, le modèle du socialisme sud-américain a lui rendu l’âme.

Avec Gaspard Estrada, directeur exécutif de l'OPALC, l’Observatoire politique de l'Amérique latine et des Caraïbes - Sciences Po et Jacobo Machover, écrivain et journaliste.

Intervenants
  • Journaliste, correspondant à Paris du journal italien La Stampa et de l'agence Ansa
  • directeur général de l’association France Terre d’Asile
  • délégué général de l'Institut Thomas Moore
  • directeur exécutif de l'OPALC, l’Observatoire politique de l'Amérique latine et des Caraïbes - Sciences Po.
  • écrivain, journaliste
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