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Des détenus assistent à un cours au centre pénitentiaire de Perpignan, dans le sud-est de la France, le 27/09/18.

Quelle école pour la prison ? / L'Amazonie à bout de souffle

58 min
À retrouver dans l'émission

Lundi 9 août, l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil, a demandé à la Cour Pénale Internationale d’ouvrir une enquête pour génocide contre Bolsonaro. Mais avant d'aborder ce triste tableau, nous découvrons en première partie les contradictions actuelles de l'enseignement en prison.

Des détenus assistent à un cours au centre pénitentiaire de Perpignan, dans le sud-est de la France, le 27/09/18.
Des détenus assistent à un cours au centre pénitentiaire de Perpignan, dans le sud-est de la France, le 27/09/18. Crédits : RAYMOND ROIG / AFP - AFP

Première partie - Quelle école pour la prison ? 

Le Génépi, association emblématique d’enseignement étudiant bénévole en milieu pénitentiaire, actif depuis 43 ans, a annoncé son auto-dissolution la semaine dernière. Une dissolution prévisible et de nature politique avec pour mot d’ordre “Crame la taule”. Mais au-delà du débat d’idées sur le fait carcéral, plusieurs acteurs de l’éducation en prison tirent la sonnette d’alarme depuis le début de l’année sur leur condition de travail et le manque de reconnaissance de leur profession. Une récente enquête de l’Organisation Internationale des Prisons, l’OIP, alerte quant à elle sur l’accès rendu difficile à la formation et à l’apprentissage depuis le début de la crise sanitaire. Manque de moyens, de place, surpopulation carcéral, l’apprentissage est-il l’oublié des reformes pénitentiaires ?

Alors que dit cette dissolution des conditions de l’enseignement en prison, comment celui-ci s’articule-t-il avec les contraintes pénitentiaires, quelles fragilités ont été révélées par la Covid-19, le droit à l’éducation est-il une réalité derrière les barreaux ?

Avec Fanny Salane, enseignante-chercheure en sciences de l’éducation à l’université Paris-Nanterre, Flavie Rault, secrétaire générale du Syndicat national des directeurs pénitentiaires CFDT et directrice adjointe de la prison de la Santé à Paris et Karim Mokhtari, directeur des programmes et de la formation à l’association « 100 murs » et ancien détenu.

Les conditions d’enseignement ont lieu dans un milieu spécifique dans lequel la logique sécuritaire prime assez souvent. (...) Quand on passe des diplômes, le parcours scolaire est protégé, on doit éviter d’être transféré pour son procès ou pour d’autres raisons. Dans la réalité, le fait d’être scolarisé ne pèse souvent pas pour par rapport à des décisions liées à la sécurité. 

Fanny Salane

Le constat de départ est dire qu’il y a des paramètres qu’on ne maitrise pas, qu’on soit l’Administration Pénitentiaire, l’Education Nationale, la personne détenue ou même le temps passé en détention font partie des paramètres qu’on maitrise de moins en moins. (...) Le système pénal tel qu’il est construit aujourd’hui donne moins en moins de visibilité sur la date de sortie. (...) Je crois qu’il serait intéressant qu’on se pose la question de la création d’un véritable statut du détenu-scolarisé, du détenu-étudiant, qui soit un statut souple, qui s’adapte aux contraintes d’un public empêché.

Flavie Rault

Choix musical : Maria Bethânia - Carcará

Deuxième partie - L'Amazonie à bout de souffle

Sur cette photo d'archive prise le 15 août 2020, de la fumée s'élève d'un feu allumé illégalement dans la réserve de la forêt amazonienne, au sud de Novo Progresso, dans l'État de Para, au Brésil.
Sur cette photo d'archive prise le 15 août 2020, de la fumée s'élève d'un feu allumé illégalement dans la réserve de la forêt amazonienne, au sud de Novo Progresso, dans l'État de Para, au Brésil. Crédits : CARL DE SOUZA / AFP - AFP

Lundi dernier, le 9 août, les Nations Unis célébraient la journée internationale des peuples autochtones et  l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil, l’APIB, a demandé à la Cour Pénale Internationale d’ouvrir une enquête pour génocide contre Jair Bolsonaro, le chef d’Etat du pays. Chose inédite, ce sont des avocats autochtones qui ont porté la plainte devant la juridiction. 

A Brasilia, la capitale, plusieurs manifestations ont lieu depuis deux mois pour lutter contre le projet de loi dit  “L490” qui mettrait en péril l’inviolabilité des territoires indigènes. Mi-juillet, la revue scientifique Nature a publié quant à elle une étude aux conclusions alarmantes : le Sud-Est de l’Amazonie serait aujourd’hui émetteur net de carbone, la forêt tropicale recrache désormais plus de CO2 qu’elle n’en absorbe, le poumon de la planète n’en serait plus vraiment un. Alors que la saison des feux débute et que la déforestation bat de nouveaux records, comment s’articulent les différents éléments de ce triste tableau ? Quels sont les liens de dépendance entre la question climatique, la déforestation et la survie des peuples d’Amazonie. L’Amazonie est-elle à bout de souffle ?

Avec Hervé Théry, géographe spécialiste du Brésil, directeur de recherche émérite au CNRS-Creda et professeur à l’université de São Paulo et Glauber Sezerino, sociologue et co-président de l’association « Autres Brésils ».

J’ai mes doutes s’il y a vraiment un « génocide » en cours mais en tout cas le déboisement de l’Amazonie restreint l’espace dans lequel vivent les Indiens et donc les prive en grande partie de ressources donc les deux choses sont effectivement liées. En diminuant le territoire qui leur est normalement réservé de façon très sûre par la Constitution, on les met en danger. 

Hervé Théry

Oui, la vie des autochtones et la vie de la nature ne font qu’un. C’est une des particularités de la façon dont les indiens pensent et voient la vie : c’est qu’ils ne se voient pas comme des êtres humains séparés de la nature; le côté que nous avons nous : nous, nous sommes la culture et là-bas, il y a la nature. 

Hervé Théry

Il ne manque pas de loi pour protéger l'Amazonie, ce qu'il manque c'est l'envie politique et des ressources budgétaires pour faire avancer les procès qui sont déjà déposés au ministère de la Justice. On a un nombre considérable de territoires autochtones dont les procès sont bloqués donc on ne dépasse pas le stade d'homologation des terres. (...) Le matériel juridique pour garantir le territoire autochtone est déjà existant au Brésil, ce qu'il manque c'est de le respecter, c'est de le faire avancer et de mettre les moyens pour que ces jugements d'homologation puissent se faire. 

Glauber Sezerino

Intervenants
  • Enseignante-chercheure en sciences de l’éducation à l’université Paris-Nanterre
  • Secrétaire générale du Syndicat national des directeurs pénitentiaires CFDT et directrice adjointe de la prison de la Santé à Paris
  • Directeur des programmes et de la formation à l’association « 100 murs » et ancien détenu
  • Géographe, directeur de recherche émérite au CNRS-Creda.
  • Sociologue, doctorant à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales et co-président de l’association « Autres Brésils »
L'équipe
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