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Manifestation de l'opposition le 8 juin 2018 à Bamako au Mali

Mali : des élections sous tension / Le modèle d’intervention militaire occidental est-il dépassé ?

1h09

Mali : le défi d’organiser des élections crédibles dans un pays éclaté et en deuxième partie, alors que les puissances européennes et américaine peinent à s’investir dans le conflit syrien, est-ce la fin du modèle d’intervention militaire occidental ?

Manifestation de l'opposition le 8 juin 2018 à Bamako au Mali
Manifestation de l'opposition le 8 juin 2018 à Bamako au Mali Crédits : MICHELE CATTANI / AFP - AFP

Mali : des élections sous tension

Cinq ans après Serval, l’opération militaire française qui avait barré la route aux forces djihadistes qui fonçaient sur la capitale Bamako, une nouvelle élection présidentielle est organisée demain. Une élection à haut risque, qui devrait se jouer entre l’actuel président IBK, Ibrahim Boubakar Keita et l’opposant Soumaïla Cissé et sur laquelle planent déjà, avant même l’ouverture des bureaux de vote, des soupçons de fraude, des craintes de contestation du résultat et la menace terroriste. Car le Mali va mal. L’optimisme de 2013 a été balayé par les vents brûlants du désert. Malgré des centaines de millions d’euros d’aide et de perfusion financière, le pays est toujours au bord de l’implosion. Le nord échappe au contrôle de l’Etat. Le centre sombre dans le chaos. Au sud, la capitale Bamako vit dans un cocon. La paix entre le nord sécessionniste et le sud se fait toujours attendre. Quant à la menace djihadiste, elle n’a pas été éradiquée. Les groupes armés islamistes se sont reconstitués. Ils se sont adaptés à la présence des soldats français et des casques bleus de l’ONU. Ils prolifèrent désormais aussi dans le centre du pays, remplissant le vide laissé par le pouvoir central. L’opération française Barkhane doit surveiller une région grande comme l’Europe, au nord du Mali et au-delà du fleuve Niger. A moyen terme, Paris mise sur le G5 Sahel, force militaire conjointe entre les pays de la région pour prendre le relais mais dont le financement n’est pas encore bouclé. Quant à l’armée malienne, corrompue, sous-équipée, marquée par les conflits interethniques et la déconnexion entre la hiérarchie et les soldats, elle rechigne toujours à investir les zones infestées de djihadistes. 

Le destin du Mali sera-t-il le même que celui de l’Afghanistan ? Un succès militaire, une reconstruction toujours reportée et le retour d’une insurrection plus aguerrie qu’avant ? Ou bien l’élection présidentielle peut-elle inverser la tendance ? 

Avec Antoine Glaser, journaliste, spécialiste de l’Afrique, Fondateur de La lettre du continent et Didier François, journaliste et grand reporter à Europe 1.

Le modèle d’intervention militaire occidental est-il dépassé ?

Des soldats de l'opération Barkhane le 19 février 2016  à Gao au Mali
Des soldats de l'opération Barkhane le 19 février 2016 à Gao au Mali Crédits : MIGUEL MEDINA / AFP - AFP

La guerre en Afghanistan en 2001, l’invasion de l’Irak en 2003, l’opération libyenne en 2011. Si l’on excepte les missions militaires en Bosnie et au Kosovo dans les années 90, le bilan des interventions occidentales de ces dernières années n’est guère positif. 2017 fut l’année la plus meurtrière en Afghanistan depuis le début de la guerre. Les talibans menacent aujourd’hui directement Kaboul et Daech progresse dans le pays. Depuis la chute de Saddam Hussein en 2003, l’Irak connait une période de déstabilisation permanente. Quant à la Libye, elle a sombré dans le chaos depuis la mort du colonel Kadhafi. Malgré le succès de l’intervention militaire Serval, le Mali, nous venons de le voir, est toujours en proie à la menace djihadiste et aux violences confessionnelles. 

La fin de la guerre froide avait libéré la force de l’Occident, le propulsant au-delà de ses frontières pour défendre des principes, sa sécurité ou ses intérêts économiques, pour protéger les populations civiles, punir des régimes dictatoriaux ou imposer la démocratie. Si la France reste toujours aussi engagée à l’extérieur de ses frontières, Barack Obama et Donald Trump ont été élus sur des programmes électoraux promettant un recentrage sur l’Amérique et un désengagement du Moyen-Orient. Le changement des rapports de puissance dans le monde a favorisé un nouveau type d’interventionnisme militaire.

La nature ayant horreur du vide, c’est la Russie et l’Iran qui mènent les opérations militaires sur le terrain en Syrie. Réussissent-ils mieux que les forces occidentales ? L’interventionnisme militaire a-t-il changé de camp ? Le modèle occidental est-il dépassé ? Et enfin, le coût de la non intervention n’est-il pas encore plus élevé que celui de l’intervention ?

Avec Thorniké Gordadzé, chercheur à Sciences Po Paris et ex-ministre géorgien de l'intégration européenne, Nicolas Tenzer, chargé d'enseignement à Sciences Po Paris et à l'ENA, conférencier international sur les questions géopolitiques et stratégiques, auteur de deux rapports au gouvernement sur les questions internationales et Didier François, journaliste et grand reporter à Europe 1.

Intervenants
  • Journaliste, spécialiste de l'Afrique
  • chercheur à Sciences Po Paris et ex-ministre géorgien de l'intégration européenne.
  • journaliste, grand reporter à Europe 1
  • spécialiste de philosophie politique, président du Centre d’étude et de réflexion pour l’action politique (CERAP), directeur de la revue Le Banquet

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