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Une femme brandit une pancarte "Le féminicide : le machisme qui tue", lors d'une manifestation sur la Place de la République, à Paris, le 25 novembre 2017.

Féminicides : que peut la loi ? / Algérie : du stade à la rue

1h09
À retrouver dans l'émission

Avant le "Grenelle des violences conjugales" prévu pour la rentrée, les familles de victimes de féminicides demandent du "concret", dans une tribune parue vendredi. En deuxième partie d'émission : l'Algérie. Au lendemain de la finale de la CAN, quel rôle ont eu les supporters dans la contestation ?

Une femme brandit une pancarte "Le féminicide : le machisme qui tue", lors d'une manifestation sur la Place de la République, à Paris, le 25 novembre 2017.
Une femme brandit une pancarte "Le féminicide : le machisme qui tue", lors d'une manifestation sur la Place de la République, à Paris, le 25 novembre 2017. Crédits : François Guillot - AFP

Une victime tous les trois jours. En 2018, 121 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-compagnon. "La République n'a pas su (les) protéger", avait écrit Emmanuel Macron dans un post Facebook. Comment lutter efficacement contre ces violences meurtrières ? Dans un entretien accordé au Journal du Dimanche, la secrétaire d'Etat chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, a annoncé la tenue en septembre d'un "Grenelle des violences conjugales". Il sera conduit par Edouard Philippe avec les ministres concernés, et réunira les "acteurs de terrain, services publics, associations, familles de victimes". 

Mylène Jacquet, présidente de l'association Savannah et mère de Savannah Torrenti, tuée le 1er mai 2016 à l'âge de 23 ans, espère que cet événement prévu à la rentrée débouchera sur des actes forts et un meilleur accompagnement des victimes.

Je veux que des mesures soient prises dans le milieu éducatif, sur le terrain et surtout, des structures d'accueil pour les femmes en situation d'urgence.

De nombreuses familles ont décidé de ne pas attendre ce Grenelle. Dans une tribune publiée vendredi 19 juillet sur Franceinfo, 35 d'entre elles expliquent être "totalement oubliées des pouvoirs publics et souvent isolées". "Nous nous sentons méprisées", ajoutent-elles. Elles proposent une série de mesures concrètes pour lutter contre ce fléau, avec la question centrale d'inscrire le féminicide dans le code pénal. D'ici là, Zoé Royaux, porte-parole de la Fondation des femmes et avocate souhaite des avancées rapides. 

Si les mesures concrètent prendront du temps, des dispositions immédiates peuvent être mises en place. Par exemple, il faut faire comprendre aux policiers qu’ils n’ont pas de pouvoir d’appréciation sur l’enregistrement des plaintes. Le code de procédure pénale impose de les enregistrer.

Parmi plusieurs propositions, celle d'une formation des policiers et des gendarmes, avec la création "d'au moins une unité médico-judiciaire dans tous les départements afin d'accompagner les victimes", ou encore d'un "foyer" pour les hommes coupables de violence. 

"C'est la société toute entière qu'il faut mobiliser sur ce sujet", avancent les familles de victimes. Alors, que peut la loi ? Pour Caroline de Haas, militante féministe et membre de Nous Toutes, la prise de conscience doit être sociétale, mais aussi initiée par des actes politiques forts. 

Une avancée législative n'arrêtera pas les féminicides, malheureusement. On a besoin d'une politique beaucoup plus globale. Le Président doit s'engager davantage.

Avec Zoé Royaux, avocate et porte-parole de la Fondation des femmes, au téléphone, Caroline de Haas, militante féministe, et au téléphone Mylène Jacquet, Présidente de l’association Savannah, mère de Savannah Torrenti tuée le 1er Mai 2016 à l’âge de 23 ans.

Un Algérien fait le signe de la victoire devant un homme qui brandit une pancarte où est dessiné le trophée de la CAN, lors d'une manifestation à Alger, le 12 juillet 2019.
Un Algérien fait le signe de la victoire devant un homme qui brandit une pancarte où est dessiné le trophée de la CAN, lors d'une manifestation à Alger, le 12 juillet 2019. Crédits : AFP - AFP

La finale de la Coupe d'Afrique des Nations n'est pas qu'un match de football pour les supporters algériens. Face aux Sénégalais, les "Fennecs" ont été scrutés par toute une nation qui connaît, depuis plusieurs mois, des instants décisifs pour son avenir. La fête a été belle puisque les Algériens ont gagné 1 à 0, inscrivant une deuxième étoile sur leur maillot blanc et vert. 

Initiée le 22 février dernier, la contestation en Algérie a eu comme conséquence la démission d'Abdelaziz Bouteflika, annoncée deux mois plus tard, le 2 avril. Depuis cette date, la situation reste instable et les manifestations continuent tous les vendredis pour protester contre le régime. Dans ce large mouvement populaire, les supporters ont joué un rôle très important, les stades étant des espaces politiques où des chants protestataires sont entonnés avec une plus grande liberté, comme le souligne Mickaël Correïa, journaliste et auteur d'une "Histoire populaire du football" (La Découverte). 

Les stades ont toujours été délaissés par le pouvoir et sont devenus de véritables défouloirs politiques. Dans les années 50, les supporters conspuaient les Européens dans les tribunes. Plus tard les Amazighs poursuivent cette tradition et scandaient des revendications berbères. Depuis quelques années, c'est la culture "ultra", venue d'Italie, qui s'est diffusée dans les stades. Elle se caractérise par une volonté d’indépendance à l'égard des politiques et une grande solidarité entre membres. 

Après la démission du président d'honneur octogénaire du FLN, c'est Abdelkader Bensalah, président du Conseil de la Nation - la Chambre haute du Parlement, qui est devenu président par intérim. Elu par les deux Assemblées, son mandat de 90 jours devait aboutir à la préparation d'élections présidentielles anticipées, prévues pour le 4 juillet. Faute de candidats déclarés, cette échéance n'a pas eu lieu. « Vide constitutionnel, félicitations ! », scandaient ainsi les étudiants lors d'une manifestation à Alger le 12 juillet dernier, confirmant une nouvelle fois le rôle essentiel de la jeunesse dans cette révolte inédite. 

Le "Hirak" - "mouvement social" en arabe -, n'a pourtant pas de "leader" autoproclamé, et c'est même une de ses caractéristiques. Cela tient aussi du fait qu'après la démission de Bouteflika, c'est une figure de chef de l'Etat à réinventer, du côté du peuple comme des autorités, selon Karim Amellal, écrivain et auteure de "Dernières heures avant l'aurore" (L'Aube, 2019).

Il y a une vraie défiance au sein du mouvement et des Algériens en général à faire émerger des porte-paroles. Les représentants, aussi putatifs soient-ils, sont aussi gênés de se mettre en avant.

Cette question de représentation est certes discutée dans le mouvement de contestation, mais elle n'est pourtant pas centrale. La structuration des manifestants n'a pas forcément pour ambition de désigner un nouveau président. C'est ce que précise Amel Boubekeur, sociologue à l'EHESS. 

Le mouvement a remis en cause la question du leadership. Mais il serait hors-propos de demander au "hirak" un représentant identifié. Cette mission doit être celle de futures institutions transparentes. 

Avec Karim Amellal, écrivain, Mickaël Correïa, journaliste, et au téléphone, Amel Boubekeur, chercheuse en sociologie à l’EHESS, spécialiste du Maghreb et des relations franco-arabes.

Musique : "Bad Guy", Billy Eilish (extrait de l'album When We Fall Asleep, Where Do We Go, 2019)

Bibliographie

Dernières heures avant l'aurore

Dernières heures avant l'auroreKarim AmellalLes éditions de l'aube , 2019

Intervenants
  • Militante féministe
  • Ecrivain et enseignant à Sciences-po depuis 2005
  • Journaliste indépendant. Il contribue au mensuel de critique sociale CQFD, au Monde Diplomatique et à la revue Jef Klak.
  • Sociologue et chercheuse invitée au programme Moyen-Orient et Afrique du Nord à l'ECFR
  • avocate pénaliste et porte-parole de la Fondation des Femmes
L'équipe
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