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Arthur Schopenhauer

Arthur Schopenhauer ou l'antinomie d'une vie heureuse

2 min
À retrouver dans l'émission

Si ça ne va pas fort aujourd'hui dites-vous bien que vous auriez pu être Arthur Schopenhauer.

Arthur Schopenhauer
Arthur Schopenhauer Crédits : LEEMAGE - AFP

Le philosophe Arthur Schopenhauer a été au pessimisme ce que Karl Marx a été pour le communisme.
Et si la philosophie de Schopenhauer est particulièrement convaincante, c'est qu'il ne s'est pas contenté de penser la face noire de l'existence, il l'a aussi très largement expérimentée. 

La première partie de sa vie ressemble à une longue désillusion. Sa reconnaissance est plus que tardive ; ses premières parutions sont accueillies dans une remarquable indifférence. Lui qui voulait éclipser Hegel, son grand adversaire contemporain, écoule à peine quelques dizaines d'exemplaires de ses ouvrages, dont De la volonté dans la nature, publié en 1836. 

Trente ans de solitude, avec un chien pour tout ami... A cet insuccès s'ajoute une ruine financière, ses poches sont vides, ses salles de cours aussi : les étudiants préfèrent aller écouter Hegel, autrement plus à la mode. Du coup, Schopenhauer s'enfonce dans une profonde dépression. 

Il se console en développant une franche misanthropie, expliquant à ses très rares amis qu'il vise la postérité et non l'attention d'une "foule de singes" ; d'ailleurs, s'il s'est senti parfois malheureux, écrit-il avec un sens très sûr de la litote, c'est parce qu'il s'est pris pour "un chargé de cours qui n'est pas promu titulaire de chaire et qui n'a pas d'auditeurs", alors qu'il est, ajoute-t-il, "celui qui a écrit le monde comme volonté et comme représentation et qui a apporté une solution au grand problème de l'existence". 

Pas sûr qu'il ait lui même cru à ses déclarations mégalomaniaques. En tout cas elles lui ont permis de tenir puisqu'il connut une reconnaissance tardive, dans les années 1850, il a alors plus de 50 ans. 

Pourtant cet insuccès n'est en rien mystérieux : au début du XIXe siècle, l'oeuvre de Schopenhauer est la plus intempestive qui soit. Alors que l'époque est de bruit et de fureur, lui explique posément sur des centaines de pages que l'histoire et ses cahots sont tout juste de l'écume que l'on aurait singulièrement tort de prendre au sérieux. 

Tandis que des philosophes à la mode comme Hegel, des imposteurs pardon, imaginent trouver une raison dans l'Histoire, lui, Schopenhauer, sait que l'Histoire est une poussière d’événements négligeables si on la compare à la permanence de la condition humaine. Au fond les choses sont simples, "la race humaine" écrit le philosophe "est une fois pour toutes et par nature vouée à la souffrance et à la ruine". Tout ce que l'on pourrait faire, ou que l'on voudrait faire, pour contrarier la volonté du monde, serait condamné à échouer, voilà pourquoi le mieux est de se répéter certaines des conclusions qu'il assène à ses lecteurs souffrant d'un trop plein d'optimisme, forme d'anti-méthode Coué, avec des propos comme "aujourd'hui est mauvais, et chaque jour sera plus mauvais, jusqu'à ce que le pire arrive".

Dans ces conditions, on comprend que Schopenhauer soit devenu un auteur incontournable pour tout penseur et écrivain du pire, de Proust à Kafka, en passant par Nietzsche. Sa vie s'acheva par une défaite, défaite de sa pensée, puisqu'il connut le succès auprès de cette foule de singes, lui qui écrivait, "une vie heureuse est une contradiction dans les termes". 

Et maintenant bonne journée puisque vous n'êtes pas Schopenhauer.

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