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Hillary Clinton, au lendemain de sa défaite contre Donald Trump

Bon & Burnier, ou la fureur de perdre

2 min
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Si ça ne va pas fort aujourd'hui dites vous bien que vous auriez pu être Emmanuel Macron.

Hillary Clinton, au lendemain de sa défaite contre Donald Trump
Hillary Clinton, au lendemain de sa défaite contre Donald Trump Crédits : JannHuizenga - Getty

Cela peut surprendre, parce qu'Emmanuel Macron a atteint son but, il a été élu. Mais qui vous dit que les hommes politiques veulent être élus ? 

Les politiques sont volontiers perdants

Pas le journaliste Michel-Antoine Burnier et le politiste François Bon qui ont publié en 1986, un livre qui conserve toute son actualité : Que le meilleur perde. Cet ouvrage contient une thèse simple : la victoire n'apporte que des désagréments aux politiques, voilà pourquoi certains s'acharnent à perdre. 

C'était particulièrement vrai dans les années 1980 où une formidable illustration de cette règle a été donnée par Jacques Chirac. Improbable président, en 1995, la plupart des observateurs avisés prévoyaient la victoire d'Edouard Balladur – mais hélas Jacques Chirac eut le malheur de l'emporter contre un Lionel Jospin qui démontra à nouveau, un peu plus tard, qu'il n'avait absolument aucune intention de devenir président de la République. 

Jacques Chirac se retrouva donc à l'Elysée avec tous les pouvoirs, situation inconfortable. Aussi pour tenter de se sortir de ce guêpier, il décida bravement de dissoudre l'assemblée nationale le 21 avril 1997. La manœuvre réussit au-delà de toute espérance, puisqu'elle donna une confortable avance à la gauche, et permit à Jacques Chirac de cohabiter, c'est-à-dire de ne pas faire grand-chose en attendant, hélas, sa réélection en 2002, mais cela est une autre histoire. 

Gouverner, c'est faillir

Car contrairement à ce que certains observateurs naïfs pensent, gagner pour un politique c'est la promesse d'ennuis divers et variés. C'est par exemple la déconvenue qui est arrivée à Donald Trump si l'on en croit son biographe et néanmoins ennemi Michael Wolff. A en croire Wolff, Trump était le premier embarrassé par cette victoire, il aurait largement préféré perdre, il n'était d'ailleurs pas le seul, Melania Trump n'avait absolument aucune intention de s'installer à Washington, et de devenir première dame. La stratégie de Trump était juste d'offrir un surplus de notoriété à la marque qui porte son nom, certainement pas d'exercer une charge qui n'est évidemment pas faite pour lui. 

Voilà pourquoi le soir du 8 novembre, Trump ressemblait, selon Wolff à quelqu'un qui avait vu un fantôme – les jours précédents, lorsque Melania s'inquiétait d'une possible victoire il lui répondait "attends encore un peu. Tout sera fini en novembre". Et Wolff d'ajouter : "Il a donné à sa femme une garantie solennelle : il n'y avait simplement aucune chance qu'il gagne". 

Tout sauf gagner

Les illustrations de cette préférence pour la défaite, évoquée par Bon et Burnier, ne manquent pas. La scène ultime jouée par DSK à New-York, dans la suite 2806 du Sofitel, n'est elle pas la preuve qu'il ne voulait surtout pas déménager à l'Elysée ? Sans faire de psychanalyse de bazar, François Fillon aurait-il eu cette stratégie dans le Penelopegate s'il avait vraiment voulu l'emporter ? 

La victoire est superflue, particulièrement en France où les politiques les plus respectés s'appellent Jacques Delors ou Philippe Séguin – gouverner les auraient abîmés – et maintenant bonne journée puisque vous n'êtes pas Emmanuel Macron.

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