LE DIRECT
Claude Simon en 1985

Claude Simon ou le refus post-mortem

2 min
À retrouver dans l'émission

Si ça ne va pas fort aujourd’hui, dites-vous bien que vous auriez pu être Claude Simon et avoir le prix Nobel de littérature.

Claude Simon en 1985
Claude Simon en 1985 Crédits : Jean-Pierre Muller - AFP

Claude Simon a eu le prix Nobel de littérature, c’était en 1985 et c’était le premier français depuis Sartre. 

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

Non dépourvu d’humour, Claude Simon expliqua que l’annonce de son prix ressemblait à “une catastrophe nationale pour la France”, puisqu’elle allait obliger les journalistes à courir fébrilement à la recherche de renseignements sur cet auteur.

Et quand les journalistes découvrirent ses romans, certains furent perplexes, la plume de Claude Simon n’étant pas des plus faciles. En voici un extrait :

Et à un moment, dans un brusque froissement d’air aussitôt figé, de sorte qu’il fut là, les ailes aussitôt repliées, parfaitement immobile, sans qu’il l’ait vu arriver comme s’il n’avait pas volé jusqu’au balcon mais était subitement apparu.

J’arrête là la lecture du premier chapitre de Palace, j’arrête là puisque la première phrase fait 22 lignes. D’où cette idée, assez cruelle, tenter d’éditer Claude Simon en 2017 en envoyant 50 pages du roman dont je viens de vous lire un extrait, Palace.

Eh bien autant le dire, Claude Simon n’aurait pas été publié en 2017 puisque sur les 19 éditeurs qui ont reçu ce roman, 7 n’ont pas répondu, 12 ont refusé. Aucun n’a découvert le canular. 

Un éditeur se donna tout de même la peine de motiver ce refus expliquant : “les phrases sont sans fin, le récit ne permet pas l’élaboration d’une véritable intrigue avec des personnages bien dessinés.”

Ce n’est pas la première fois que ce genre d’expériences était tenté avant Claude Simon, une poignée de grands noms de la littérature, morts ou vivants, avait essuyé des refus de la part de nombreuses maisons d’édition. C’est le cas par exemple de Ronsard, ou bien de Lautréamont. L’annonce de ces refus successifs a toujours été diversement commentée : soustraire un écrivain à son contexte, n’est-ce pas la meilleure manière de le rendre littéralement illisible ? Faut-il au contraire y voir le signe de l’inculture crasse de ceux qui président à l’avenir de la littérature ?

Du coup, la question reste ouverte, le refus de publier Claude Simon est-il cruel pour Claude Simon ou bien pour les maisons d’édition qui refusèrent ce prix Nobel de littérature ? Quoi qu’il en soit, cet écrivain mort en 2005 n’était plus là en 2017 pour recevoir tous ces refus.

Et maintenant bonne journée puisque vous n’êtes pas Claude Simon !

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......