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Dorothy Thompson

Dorothy Thompson ou les journalistes mauvais prophètes

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Si ça ne va pas fort aujourd’hui, dites-vous que vous auriez pu être Dorothy Thompson.

Dorothy Thompson
Dorothy Thompson Crédits : Hansel Mieth / Contributeur - Getty

En 1920, Dorothy Thompson n’était pas une journaliste, c’était LA journaliste, la journaliste star, correspondante en Europe du New York Post. 

Le nom de Dorothy Thompson était synonyme de scoop, d’ailleurs elle obtint ainsi en 1920 une interview exclusive du leader du Sinn Fenn, Terence Mac Swinney, ce qui lança sa carrière. 

En 1939 elle fut désignée femme la plus influente des Etats-Unis. Entre ces deux dates, elle interviewa Hitler. Et c’est à ce moment-là que cette incroyable journaliste se distingua par, comment dire, une erreur d’appréciation. Imaginez un peu : à partir de 1923, toute la presse étrangère cherche à interviewer Hitler, mais ce dernier ne voit pas l’intérêt de s’adresser à des médias hors d’Allemagne. 

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Et puis en 1931, alors que l’on murmure à Berlin qu’il pourrait prendre le pouvoir, il se dit qu’il est temps de parler au monde entier. Du coup, il accepte de recevoir Dorothy Thompson. Cela aurait pu être l’apogée de la carrière de cette journaliste, ce fut au contraire un moment d’éclipse de sa lucidité, rare mais marquant. 

Elle le raconte d’ailleurs sans ambages – lorsque je suis entrée dans la chambre d’Hitler raconte-t-elle, j’étais persuadée que j’allais rencontrer le futur dictateur de l’Allemagne. Jusqu’ici tout va bien mais hélas elle poursuit. 

"En moins d’une seconde je fus convaincue du contraire, il ne m’aura pas fallu plus de temps, dit-elle avec une assurance, comment dire, déplacée, il ne m’aura pas fallu plus de temps pour mesurer l’incroyable insignifiance de cet homme". Deux ans plus tard, en 1933, comme on le sait, ce personnage insignifiant devenait chancelier. 

Les nazis expulsèrent Dorothy Thompson pour deux raisons. La première parce qu’elle considérait qu’un tel homme ne pouvait pas diriger un pays. La seconde, parce que la description qu’elle donnait du Führer relevait pour les nazis du blasphème. Jugez vous-même, elle décrivait les yeux du führer comme "brillant de l’éclat particulier qui distingue souvent les génies, les alcooliques et les hystériques".

Rétrospectivement, Dorothy Thompson analysa son erreur et comprit que les dictateurs empruntaient parfois des chemins détournés pour s’emparer du pouvoir. Il leur arrivait à l’instar d’Hitler de prendre la tête d’un peuple le plus légalement du monde, accompagnés, selon ses mots, d’un de ces articles de grands bêlements démocratiques. Il y a donc deux enseignements, au moins, à tirer de ce portrait d’Hitler.    

Le premier, les journalistes sont de bien mauvais prophètes. Même ceux qui voudraient être des girouettes ont du mal à sentir le sens du vent. Second enseignement, la réalité est bien souvent plus offerte qu’on ne le croit, inutile de chercher un complot, le sens caché, ou des interprétations capillotractées, il suffit parfois de lire ou de poser une question pour obtenir une réponse.    

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Il aurait suffi que le monde lise Mein Kampf, ou découvre cette interview d’Hitler pour comprendre que le pire était certain s’il arrivait au pouvoir. Je pourrais en tirer des conclusions pour aujourd’hui mais premièrement, je suis journaliste donc mauvais prophète ; deuxièmement, je me suis promis de ne jamais franchir le point Godwin avant 9 heures. 

Dorothy Thompson a intitulé son papier, J’ai vu Hitler, il aurait été préférable de l’appeler Je n’ai rien vu

Et maintenant bonne journée puisque vous n’êtes pas Dorothy Thompson.

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