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Emile Durkheim

Emile Durkheim ou le réalisme désenchanté

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Si ça ne va pas fort aujourd'hui, dites-vous que vous auriez pu être Emile Durkheim.

Emile Durkheim
Emile Durkheim Crédits : Bettmann / Contributeur - Getty

Emile Durkheim, ce pionnier de la sociologie, né en 1858 et mort en 1917, lutta sa vie durant avec la dépression et développa un regard pessimiste sur ses semblables – écrivant notamment "L’homme moyen est d’une très médiocre moralité". Durkheim poursuit : "Seules les maximes les plus essentielles de l’éthique sont gravées en lui avec quelque force, et encore sont-elles loin d’y avoir la précision et l’autorité qu’elles ont (...) dans l’ensemble de la société".
Mais là où le cas de Durkheim devient très étrange, c'est qu'il a tout simplement construit une discipline sur ce pessimisme. 

Plus exactement la sociologie selon Durkheim repose sur ce postulat : l'homme moyen est d'une moralité médiocre...
Je m'explique. Durkheim a une ambition : montrer que la sociologie permet de mieux comprendre l'homme que la philosophie. Aux yeux de Durkheim, les philosophes traitent la morale comme une question abstraite. 

Un exemple : Emmanuel Kant. C'est très bien l'impératif catégorique kantien, cette règle selon laquelle il faut agir comme si tous les êtres humains agissaient comme nous agissons. "Agis uniquement d'après la maxime qui fait que tu peux aussi vouloir que cette maxime devienne une loi universelle". Pour Durkheim, cette maxime convient merveilleusement à un troupeau d'angelots. 

Mais voilà, les êtres humains ne sont pas des angelots, ils sont d'une moralité médiocre. Autrement dit, ils agissent en fonction de leurs intérêts, de leurs égoïsmes, mais aussi en vertu des passions tristes qui les animent, parmi lesquels on peut trouver l'envie, le ressentiment. 

En somme, il ne faut pas imaginer la société comme une réunion de gens parfaits, sinon on aboutit à une erreur parfaite. D'ailleurs, ajoute Durkheim, la société sait parfaitement que ceux qui la composent ne sont pas des saints, du coup, elle est construite en conséquence. 

Un exemple, le crime. Dans un monde kantien, le crime n'existerait pas, les voleurs réaliseraient par exemple qu'ils ne tiennent pas à se faire voler, ils cesseraient par conséquent de perpétrer ce genre de mauvaises actions. 

Mais dans une société durkheimienne, le crime est quelque chose de normal, comprenez normal sur le plan statistique : on ne peut pas imaginer une société où le crime n'existerait pas, ce qui importe aux yeux de Durkheim, c'est le couple formé par le crime et la peine, autrement dit cet équilibre que chaque société instaure entre les règles et la réponse en cas de non-respect de ces règles. 

C'est cet équilibre que la sociologie de Durkheim se propose d'étudier, au lieu de fixer aux personnes des maximes auxquelles ils ne se soumettront pas. Vous imaginez à quel point ce réalisme désenchanté a fait scandale au début... Considérer que les êtres ont une moralité médiocre... Que le crime est normal et qu'une société qui en serait dénuée est inenvisageable. Oui mais voilà, pour Durkheim c'est parce que l'on sait que la situation n'est pas idéale qu'on peut se rapprocher de cet idéal. 

Et maintenant bonne journée puisque vous n’êtes pas Emile Durkheim.

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