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Discours radiophonique de Philippe Pétain

Emmanuel Berl ou les erreurs de l'absolutisme

3 min
À retrouver dans l'émission

Si ça ne va pas fort aujourd'hui, dites vous que vous auriez pu être Emmanuel Berl.

Discours radiophonique de Philippe Pétain
Discours radiophonique de Philippe Pétain Crédits : Keystone-France / Contributeur - Getty

Inutile de lire Emmanuel Berl, sa littérature n'a pas grand intérêt. Ses récits se déroulent dans des villes d'eau, ce sont des histoires d'amour qui finissent mal en général. Sa pensée aussi a pris l'eau : difficile de lire aujourd'hui sa détestation pour la bourgeoisie qui était bien entendue une forme aiguë de haine de soi. S'il faut intéresser à Berl, c'est parce que son histoire d'amour a mal fini en maréchal, en maréchal Pétain pour être exact. Oui, c'est Berl, juif comme une Synagogue, qui a écrit le plus célèbre des discours du Maréchal Pétain.

S'il y avait un prix Nobel de l'erreur, celui-ci aurait été décerné à Berl pour l'ensemble de son existence. Certes, à première vue le XXe siècle regorgeait de concurrents sérieux pour cette distinction. Mais la plupart jouissaient d'une prédisposition à l'erreur : extrémistes aux yeux crevés, idéologues jusqu'aux lobes pariétaux, amoureux de l'abstrait capable de s'abstraire de tout, y compris du réel. Sans oublier les salauds. Mais justement, il ne faudrait pas confondre Berl avec un vulgaire Maurice Sachs, autre littérateur médiocre, juif et pétainiste et plus si affinités, lequel était prêt à vendre tous ses prochains pour une nouvelle paire de pompes. S'il s'était contenté d'être banal, Berl aurait facilement pu voir juste. Ce n'était tout de même pas très compliqué pour un dreyfusard, juif de surcroît, de se méfier du régime de Vichy. Son intelligence historique aurait aisément pu lui permettre de prendre parti contre l'Espagne franquiste. Oui mais voilà : Berl s'acharna sa vie durant à indiquer le sud moral et politique. 

Comment peut-on être munichois jusqu'à sa mort, surtout lorsque l'on meurt en 1976 ? En fétichisant la paix. Toutes les bévues de Berl découlent de cet absolutisme qui lui a fait haïr la guerre quelle qu'en soit le coût. Cette détestation ne venait pas de nulle part mais des tranchées. Comme il l'écrit, "la génération de 1914, son caractère essentiel est d'avoir été tuée". 

La vie de Berl suggère deux conclusions. La première : toute position absolue, en politique, conduit à l'erreur. S'il avait été un peu moins pacifiste, Berl aurait compris que Pétain loin de protéger la France, la livrait. Ce n'est qu'en 1943 que son épiphanie advint. Seconde conclusion : même les hommes de bonne volonté ont du mal à être lucides sur leur époque.

Et maintenant bonne journée puisque vous n’êtes pas Emmanuel Berl.

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