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Francis Fukuyama, membre de la délégation d'historiens américains débattant contre la délégation russe sur la responsabilité du déclenchement de la guerre froide

Francis Fukuyama ou l'ironie de l'histoire

2 min
À retrouver dans l'émission

Si ça ne va pas bien aujourd'hui, dites-vous que vous auriez pu être Francis Fukuyama.

Francis Fukuyama, membre de la délégation d'historiens américains débattant contre la délégation russe sur la responsabilité du déclenchement de la guerre froide
Francis Fukuyama, membre de la délégation d'historiens américains débattant contre la délégation russe sur la responsabilité du déclenchement de la guerre froide Crédits : Dirck Halstead / Contributeu - Getty

Philosophe et politologue américain, Francis Fukuyama, publia, quelques mois avant la chute du mur de Berlin, à l'été 1989, un article intitulé "La fin de l'histoire ?".
L'article perdit son point en route pour se transformer en un livre, "La fin de l'histoire", cette fois-ci donc une affirmation, en 1992. La thèse du livre était aussi solide qu'un pavé dans le mur : la démocratie libérale avait triomphé, ce régime représentait en quelque sorte le point d'aboutissement, indépassable, de la politique humaine, l'universalisation, comme il l'écrivait, de la démocratie occidentale comme forme finale de gouvernement humain. 

La chute de Fukuyama

Est-il utile d'expliquer pourquoi et comment cette prévision angélique fut démentie ? Disons que 9 ans après la fin de l'histoire une autre histoire recommençait après la chute de tous les murs des tours jumelles, un certain 11 septembre 2001. La suite ce fut la guerre en Irak, puis en Syrie, pas exactement la fin de l'histoire, d'ailleurs Fukuyama en personne suggéra d'en finir avec Saddam Hussein, autre jugement, comment dire, contestable, qui donna même lieu à un opéra, oui oui, créé à la maison de la radio d'ailleurs, la Chute de Fukuyama... 

Le moteur de l'histoire

Pourtant, il serait injuste de résumer l'oeuvre de Fukuyama à un échec complet. D'abord parce qu'il a eu l’honnêteté de reconnaître que son compagnonnage avec les néo-conservateurs avait été une erreur. Mais aussi et surtout parce que la fin de l'histoire est un livre infiniment plus fin que son titre. Derrière cet ouvrage, on trouve une lecture de Hegel, une lecture du futur, comme si le futur était régi par une loi unique d'évolution. Si cette philosophie de l'histoire n'a plus guère de défenseurs, Fukuyama a le mérite d'exhumer un moteur du devenir dont la puissance n'a pas été démentie : le Thymos, le mot grec censé désigner la glande de l'amour-propre. Et pour Fukuyama, c'est cette glande, le thymos, autrement dit l'amour-propre qui a incité les hommes au XXe siècle aux révolutions, qu'ils n'ont pas faites pour améliorer leurs conditions matérielles en un premier lieu. Ce n'est pas uniquement parce qu'ils n'étaient pas capables d'assurer un niveau de vie correct à leurs sujets que les régimes communistes ont été renversés. C'est parce qu'ils maintenaient les êtres humains dans un état de sujétion, d'humiliation, incompatible avec la pulsion du thymos, cette pulsion qui incite les personnes à se penser libres et responsables de leur destin. 

Triste ironie de l'histoire

Or c'est précisément ce qui s'est produit avec le Printemps Arabe. Les manifestants qui ont renversé Ben Ali en Tunisie, Moubarak en Egypte, ou bien ceux qui tentèrent en Syrie d'en finir avec Bachar Al Assad, ne le faisaient pas pour leur niveau de vie. Ils revendiquaient d'abord la liberté politique, autrement dit la démocratie. L'histoire, dans sa triste ironie, a donc donné raison et tort à Fukuyama. Elle a montré que l'un des ressorts de l'être humain est effectivement celui qui le conduit à se penser comme un animal politique, autrement dit un être libre de son destin individuel et collectif. Mais en provoquant la guerre de Syrie, ces révolutions ont montré que nous n'étions pas prêts de voir la fin de l'histoire. Et maintenant bonne journée puisque vous n’êtes pas Francis Fukuyama.

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