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Karl Popper chez lui en Grande-Bretagne en 1992

Karl Popper ou la fin de la certitude scientifique

2 min
À retrouver dans l'émission

Si ça ne va pas fort aujourd'hui, dites-vous que vous auriez pu être Karl Popper, l'un des philosophes des sciences les plus importants du XXe siècle.

Karl Popper chez lui en Grande-Bretagne en 1992
Karl Popper chez lui en Grande-Bretagne en 1992 Crédits : David Levenson / Contributeur - Getty

La vie de Karl Popper n'était pas drôle, enfin sa vie privée, je ne sais pas, mais sa pensée en tout cas débouchait sur une certitude : l'incertitude. 

C'est compliqué de n'être sûr de rien, de n'avoir aucun fondement solide sur lequel s'appuyer ? Eh bien c'est à peu près ce à quoi Popper nous conduit en matière d'épistémologie. L'épistémologie, c'est ce champ de la philosophie qui s'intéresse à la vérité en science. 

Avant Popper, on pensait qu'une théorie scientifique était vraie quand elle était toujours vérifiée. Par exemple, on peut voir une quantité de cygnes blancs sans être certain qu'un jour on ne tombera pas sur un cygne noir, l'exemple n'est pas choisi au hasard, puisque effectivement on a longtemps cru que les cygnes étaient blancs jusqu'à ce que l'on en croise un noir. 

Cette idée est profondément révolutionnaire en philosophie des sciences. Popper s'inscrivait en faux par rapport à une longue tradition, qui depuis David Hume par exemple, autrement dit depuis le XVIIIe siècle, considérait qu'une science vraie était une science vérifiée. C'est cette vision des choses qui conduisit les physiciens à parler pendant des années de l'éther, cette substance censée remplir l'espace et donc le vide. De nombreuses hypothèses furent formulées sur l'éther, toutes vérifiées, puisque la notion de vide était impensable – mais précisément vérification ne vaut pas raison et il fallut bien s'y résoudre plus tard, l'éther n'existait pas. 

Popper a donc remplacé cette vision rassurante de la science – ça se vérifie à tous les coups, donc c'est vrai - par une conception infiniment plus inquiétante que l'on peut résumer comme suit : ça n'est pas infirmé, donc c'est non-faux, ou bien encore provisoirement vrai. C'est cela le critère de réfutabilité de Popper, autrement dit la possibilité de réfuter ou non un énoncé scientifique, pour tester sa validité.  

Une interview de Karl Popper (en Anglais)

Eh oui, parce qu'il faut avoir la possibilité de réfuter un énoncé scientifique pour que ce soit vraiment de la science selon Karl Popper. Un exemple : la psychanalyse freudienne, selon lui, était irréfutable, autrement dit il était a priori impossible de tester l'une de ses hypothèses. C'est ainsi que l'interprétation des rêves s'élaborait à partir d'une conception de la psyché humaine, de l'inconscient, qui était absolument inaccessible à toute forme de test. Si l'on était d'accord avec la psychanalyse, tout allait bien, si l'on était en désaccord, c'est que l'on faisait preuve de résistances. Or pour Popper ce type de démarche n'était pas testable, donc pas scientifique. 

A contrario, Popper tenait Albert Einstein et sa théorie de la relativité, comme l'incarnation même du scientifique. Car Einstein avait appelé tous ses pairs à tenter d'infirmer ses propos. Il considérait que ses conclusions pourraient être tenues pour vraies si et si seulement si personne n'avait réussi à les démentir. Le physicien était donc capable de vivre sans le secours de vérité définitive. 

Et maintenant bonne journée puisque vous n'êtes pas Karl Popper. 

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