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Le lit de mort de Madame Bovary

Madame Bovary, ou les malheurs du romantisme

3 min
À retrouver dans l'émission

Si ça ne va pas fort aujourd'hui, dites-vous que vous auriez pu être Madame Bovary.

Le lit de mort de Madame Bovary
Le lit de mort de Madame Bovary Crédits : DEA PICTURE LIBRARY / Contributeur - Getty

C'est que Madame Bovary incarne la fin de tout espoir dans le domaine amoureux. Madame Bovary, c'est l'impossibilité de l'amour dans la société bourgeoise. Elle peut trouver un mari, bien sûr, un amant, évidemment, mais un amoureux inutile d'y compter.
Le malheur d'Emma se résume simplement, elle vaut mille fois mieux que les hommes, que dis-je, que la société qui l'entoure. Sa vie est l'histoire d'une défaite... Comme l'a souligné Alan Bloom, dans Madame Bovary, les deux sentiments qui prédominent sont l'ennui et l'érotisme. 

La seule ambition d'Emma, sa raison de vivre, c'est de rencontrer le grand amour, un amour oblatif, un amour qui pourrait enfin lui permettre de s'oublier soi-même. Emma est une Don Quichotte de la passion, perdue dans et par la littérature romantique, "elle cherchait à savoir, nous dit Flaubert, ce que l'on entendait au juste dans la vie par les mots de félicité, de passion, et d'ivresse qui lui avaient paru si beaux dans les livres". 

Analphabète, elle aurait été heureuse...

Flaubert considère à la suite de Cervantès que ce sont les romans qui intoxiquent. Analphabète, elle aurait été heureuse... Oui mais voilà, Madame Bovary a trop lu Bernardin de Saint Pierre, son Paul et Virginie, cette histoire d'amour pure, fraîche et introuvable dans la vie réelle. La vie, ça n'est pas du roman, et l’héroïne de Flaubert l'apprend à ses dépens. 

Madame Bovary est le symptôme de l'éducation des filles, au XIXe siècle, comme l'ont dit Montesquieu et Rousseau, les femmes ne sont pas préparées à la vie moderne. Voilà pourquoi ce qui menace les femmes, dans cette société-là, c'est de devenir malheureuses ou dépravées, ou bien malheureuses et dépravées. 

En fait, Emma Bovary rêve d'amour chevaleresque, son dulciné du toboso, c'est un vieillard rencontré dans une soirée donnée par l'aristocratie locale, une soirée où elle côtoie les vestiges de l'ancien régime, "sans cesse les yeux d’Emma revenaient d'eux-mêmes sur ce vieil hommes à lèvres pendantes… Il avait vécu à la cour et couché dans le lit des reines". 

L'homme moderne est un idiot

Car en fait, c'est le projet démocratique et moderne qui est impossible pour Flaubert, et c'est pourquoi dans Madame Bovary plus un homme est idiot, plus il est moderne. Aucun homme ne mérite Madame Bovary, son mari met un soin infini à ne pas la mériter, quant à ses amants ils sont pratiquement pires encore, en particulier Rodolphe qui remplit ses discours de grands idéaux dans le but unique de remplir son lit, se croit infiniment supérieur aux provinciaux qui l'entourent et reste, de par ce fait, incapable de saisir la pureté de Madame Bovary.

"Pourquoi déclamer contre les passions ! Explique Rodolphe. Ne sont elles pas la seule chose qu'il y ait sur la terre, la source de l’héroïsme, de l'enthousiasme, de la poésie, de la musique, des arts, de tout enfin !". Et Rodolphe l'anti-bourgeois ne vaut pas mieux que le bourgeois Charles Bovary. 

Et maintenant bonne journée puisque vous ne pouvez pas dire comme Flaubert, "Madame Bovary, c'est moi". 

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