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Michel Houellebecq à la réception de son prix Goncourt en 2010

Michel Houellebecq ou le capitalisme des relations humaines

3 min
À retrouver dans l'émission

Si ça ne va pas fort aujourd'hui, dites-vous que vous auriez pu être Michel Houellebecq, et avoir la même vision des relations humaines.

Michel Houellebecq à la réception de son prix Goncourt en 2010
Michel Houellebecq à la réception de son prix Goncourt en 2010 Crédits : Dominique Charriau / Contributeur - Getty

Le romancier a souvent été accusé d'être misogyne, de rabaisser les femmes. Pourtant on ne peut pas l'accuser d'avoir rehaussé les hommes. 

En fait, Houellebecq a exploré un territoire de l'échec, vierge avant lui : celui de la sexualité masculine. C'est un peu comme s'il avait écrit Les Misérables, version vie sexuelle masculine. Jadis, le thème avait été effleuré, par Stendhal bien sûr, avec Le Fiasco, ou bien par Flaubert, dans L'Education sentimentale. Mais dans ces deux cas, tout se passe comme si c'était le romantisme qui rendait le sexe impossible. 

Dans les romans de Houellebecq, toute pulsion romantique meurt dans les terrains vagues du capitalisme, comme si le libéralisme s'était étendu au domaine sexuel. Dès lors, dans ces livres, les hommes sont devenus des prolétaires du sexe, l'amour ne désigne plus qu'un rapport sexuel, conséquence de calculs rationnels, comme si le marché économique avec ses inégalités et ses injustices régissait désormais aussi les chambres à coucher. C'est un peu comme si tous les hommes étaient devenus des Jean-Claude Dus, vous vous souvenez, ce personnage des Bronzés qui espérait chaque soir séduire une femme sur un malentendu.

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Sauf que Les Bronzés, c'est une comédie, et Houellebecq écrit des tragédies, des tragédies ironiques, mais des tragédies tout de même. 

Quelques personnages en vrac. Dans Les Particules élémentaires, Bruno a enfin réussi à séduire une femme. Oui mais celle-ci finit paralysée après un accident survenu dans une soirée échangiste. Michel, personnage de Plateforme, parvient lui aussi à rencontrer une femme, Valérie. Mais elle meurt dans un attentat. On peut aussi songer à Daniel, dans La Possibilité d'une île. La frustration sexuelle de Daniel s'épanouit  sur la plage, où il fantasme sur de jeunes corps inaccessibles. Certes, il rencontre une jeune actrice espagnole, Esther, qui veut bien de lui, mais cela ne dure pas et Esther finit par s'enfuir vivre à New York. 

En somme, il n'est question que d'orgies glauques, de rencontres sur minitel, avec de grosses factures, d'amours tarifés, avec des factures plus importantes encore, la seule solution étant évidemment la masturbation. Aucun homme ou presque n'est heureux en amour dans les romans de Houellebecq, et l'amour chez lui est réduit à l'amour physique.

La modernité s'accompagne de la faculté de nouer des liens, mais cette utopie première accouche en réalité d'une pathologie des liens : l'amour physique est sans issue, il est impossible de s'en abstraire, et impossible de le satisfaire. Inutile dans ces conditions de chercher le bonheur, le capitalisme peut bien prétendre le mettre en vente, on réalise la plupart du temps trop tard, qu'il est impossible de l'acheter.

"De nos jours, écrit Houellebecq, tout le monde a forcément, à un moment ou à un autre de sa vie, l'impression d'être un raté". Doux euphémisme, car en réalité dans ces romans, cette impression est la bonne. 

Et maintenant bonne journée puisque vous n'êtes pas Michel Houellebecq. 

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