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Interview d'un androïde de Philip K. Dick

Philip K. Dick ou présence de la conscience

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Si ça ne va pas fort aujourd'hui, dites-vous que vous auriez pu être Philip K. Dick, l'auteur de dystopie le plus lu aujourd'hui.

Interview d'un androïde de Philip K. Dick
Interview d'un androïde de Philip K. Dick Crédits : Scott Olson / Employé - Getty

Philip K. Dick est désormais partout, il obsède Hollywood depuis "Total Recall" jusqu'à "Blade Runner 2049". Si Philip K. Dick nous fascine, c'est parce qu'il touche à la question la plus contemporaine du moment : la conscience. 

Idéalement, pour le comprendre, il suffit de s'installer au volant d'une voiture autonome. Ça existe, vous en conduisez peut-être une en ce moment... 

Toute l'oeuvre de Philip K. Dick repose sur l'expérience que l'on peut faire au volant d'une voiture autonome. Cette voiture conduit mieux que nous parce qu'elle n'a pas d'émotion, elle ne peut être ni fatiguée ni triste. 

Une découverte qui fournit sa matière à nombre de romans de K. Dick, et notamment au plus célèbre d'entre eux : "Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?" qui a inspiré "Blade Runner". Chez Philip K. Dick, les robots sont plus "intelligents" que les humains : sur des tâches spécifiques, ils surpassent de loin les mortels. Les premiers androïdes, rudimentaires, les "T14", avaient échoué au test de Voigt Kampff censé distinguer le mécanique du vivant par l'intermédiaire d'un critère, l'empathie. Mais l'ultime génération de Nexus 6, elle, pourrait fort bien passer ce test. 

Le test de Voigt Kampff est imaginaire, mais il évoque celui imagine par le mathématicien Alain Turing en 1950 pour distinguer l'homme de la machine. Quelques décennies plus tard, Philip K Dick imaginait des robots suffisamment complexes pour passer avec succès un tel test. Leur fabricant les aurait dotés de l'étincelle d'humanité manquante, la conscience. L'intrigue de "Blade Runner" réside dans cette interrogation : comment distinguer les androïdes s'ils ont désormais une conscience, celle d'êtres humains ? 

Le style de Dick ne demeurera pas dans l'histoire de la littérature, ses questions, si. L'histoire de la fiction comprend trois périodes. La première forme de fiction met en scène des héros, Ulysse dans l'Odyssée, Roland dans sa chanson, sont célèbres pour leurs actions. Leur psychologie est secondaire par rapport à leurs réalisations. Quelques siècles plus tard, le héros proustien est victime de sa psychologie ; ses actes sont désormais insignifiants. Ce qui importe chez Swann, c'est son intériorité. 

K. Dick, lui, nous entraîne dans une autre dimension. La question centrale chez lui n'est plus l'intériorité, mais la conscience, en avoir ou pas. Dans son univers, les objets ont une âme, et les âmes ont des objets. 

Les héros de K. Dick ne savent plus si les souvenirs qui les hantent sont les leurs, les émotions leurs viennent par voie chimique, la conscience devient finalement une question de réglage. Avant K. Dick, la littérature s'intéressait aux hommes ; avec lui, elle se penche sur ce qui vient après l'homme. Et après l'homme, il y a nous. 

Et maintenant bonne journée si vous n’êtes pas un androïde.

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