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Jean Patou (1887-1936), Une vie sur mesure.

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Jean Patou (1887-1936), Une vie sur mesure. © Radio France

Par Emmanuelle Polle et Christine Robert Il n'existe en France qu'une seule biographie consacrée au couturier et parfumeur Jean Patou. Publiée par les éditions Denoël en 1984, elle est aujourd'hui épuisée et ne se déniche que sur Internet ou chez quelques librairies spécialisées en livres anciens. Ce beau livre, richement illustré est une traduction légèrement augmentée d'une édition américaine. Signé d'une journaliste de mode anglaise, (Meredith ETHERINGTON-SMITH), il retrace dans les grandes lignes la vie et l'époque de Jean Patou, celle d'un homme élégant, séducteur célibataire, esthète accompli, sportif pratiquant, visionnaire de la mode et du parfum, chef d'entreprise à succès perdu dans sa pratique des jeux. « Jean Patou est né en 1887 en Normandie ». Ainsi commence le livre. Sauf que. La vérité oblige à apporter une petite nuance : Jean Patou est né certes en 1887, le 27 septembre, mais à Paris, dans le 10è arrondissement, à 8 heures du soir. C'est en tout cas ce qui figure sur ses papiers officiels retrouvés à l'occasion de ce documentaire. Une nuance qui fait de sa biographie non celle d'un bel homme de province monté à Paris, mais bien celle d'un parisien qui refusera l'avenir tout tracé offert par la tannerie paternelle implantée en Picardie. Prise au jeu des archives, l'envie était forte de revenir sur la vie d'un couturier qui ne savait ni coudre ni dessiner, d'un parfumeur qui le premier proposa un parfum unisexe et qui en pied de nez à la crise de 29, offrit à ses clientes américaines un parfum aujourd'hui encore mythique, JOY. Synonyme de luxe et d'élégance, le nom de Jean Patou est pour autant difficile à dater. Jean Patou ? Il est encore vivant ? C'est une question qui revient souvent alors qu'il est plutôt du genre homme-comète, disparu en 1936, à 49 ans. Soit à peine plus de 15 ans de pratique de la Haute Couture quand des Coco Chanel, sa principale rivale ou des Jeanne Lanvin, ont eu 35 ou 40 ans pour imprimer leur marque et leur nom dans l'histoire. L'histoire de Jean Patou ne s'arrête pas avec sa disparition. La maison de couture qui porte son nom a toujours joué sur l'ambiguïté de la disparition du fondateur, prenant soin de conserver le nom et le prénom pour mieux personnifier le style. Car il y a un style Jean Patou, plus un style de vie qu'une ligne de coupe. Le genre qui mélange avec la même aisance le chic et le décontracté, le matin et le soir, une mode pour tous les âges pourvu que la silhouette soit fine et l'allure sportive. Une modernité intrinsèque à sa personne, à sa manière de vivre sa vie. Premier à recruter des mannequins américains pour défiler en France, premier à lancer une huile solaire, ses ambassadrices de mode s'appellent Suzanne Lenglen pour le versant sport ou Louise Brooks pour le cinématographique. Homme à femmes à l'écoute de son temps, il a le sens de ce qu'aujourd'hui on appellerait le marketing. Le bon produit au bon moment. Un pull en jersey monogrammé ; un maillot de bain coordonné ; une jupe plissée en pleine vogue sportive. A la mort de Jean Patou, en 1936, l'entreprise est au bord de la faillite. Jean Patou réside alors entre sa villa du pays basque et son appartement de l'Hôtel Georges V ou il décède le 8 mars 1936. C'est sa soeur et son beau-frère, Raymond Barbas qui remontent l'affaire peu à peu. Et c'est Christian Lacroix qui sera le dernier styliste de la maison Jean Patou. Après lui, en 1987, fin de la haute-couture mais persistance du département parfum. De Marc Bohan à Karl Lagerfeld, d'Ugo Tarlazzi à Jean-Paul Gaultier, plusieurs stylistes feront leurs classes chez Jean Patou. Car aller chez Jean Patou c'est faire l'école de la modernité.

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