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John Dos Passos (1896 - 1970)

1h

par Simone Douek Réalisation : Nathalie Triandafyllidès Nous étions réunis au bistrot de Moskowitz, à New-York. Un jeune homme à cheveux noirs, pâle, l'expression tendue, s'approche, s'installe en face de nous. « Je vous ai observé toute la soirée. Ce que je voudrais savoir, c'est pourquoi vous ne vous comportez pas comme un écrivain. Permettez - moi de vous dire une chose, balbutia-t-il tout haletant. J'suis rudement déçu maintenant que j'vous connais. Voici le prologue qu'écrit Dos Passos , en guise de préface à La belle vie, ce que nous pouvons appeler une autobiographie, que lui-même nomme en sous titre An informal memoir . L'écrivain « qui ne se comporte pas comme un écrivain » est cependant, on le sait, l'auteur d'une oeuvre considérable composée de romans, de pièces de théâtre, de récits de voyage, d'écrits journalistiques, essais, biographies, sans oublier quelques poèmes. L'oeuvre arpente son siècle et, tout en explorant ses manières de vivre et de penser, explore aussi les outils de l'écriture romanesque. Son Manhattan Transfer (1925) qui met en scène quelques 150 personnages, « dilate la durée et élargit l'espace», écrit Jean-Pierre Morel ; il met en place une technique de montage parallèle (Dziga Vertov n'est pas loin) entre plusieurs séquences, qu'il amplifie dans sa Trilogie U.S.A (42e parallèle, 1919, La grosse galette ), écrite dans les années 30. Il y insère nombre d'éléments de la narration aussi différents que des coupures de presse ou des récits subjectifs par exemple. C'est aussi avec cette grande fresque de l'Amérique qu'il rejoint l'Histoire, l'analyse politique d'un pays où se désespère la « génération perdue » ; c'est ainsi qu'il faut aussi suivre John Dos Passos dans son siècle, dans sa traversée étrange, depuis son engagement dans la guerre de 14-18, son militantisme et sa proximité du communisme, sa défense de Sacco et Vanzetti, jusqu'à la lutte anti communiste « par lucidité », qui le mène au mac-carthisme dans les années 50, puis à la droite du parti républicain dans les années 60. Parcours d'un homme timide et modeste, ainsi que le décrivent tous ceux qui l'ont connu, de sa fille à ses amis. Parcours d'un écrivain pour qui, note François Weyergans, « il ne s'agit pas de trouver un sens à la vie, rose ou noir », pour qui « il ne s'agit pas de la décrire, mais de la tourner dans tous les sens pour voir comment elle est faite. »

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