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Madame de La Fayette (1634-1693)

1h

Par Simone Douek et Céline Ters

« Vous êtes en Provence, ma belle ; vos heures sont libres, et votre tête encore plus. Le goût d'écrire vous dure encore pour tout le monde : il m'est passé pour tout le monde et, si j'avais un amant qui voulût de mes lettres tous les matins, je romprais avec lui. Ne mesurez donc point notre amitié sur l'écriture. Je vous aimerai autant en ne vous écrivant qu'une page en un mois, que vous en m'en écrivant dix en huit jours. » Ce n'est pas sur ce qu'elle écrit en 1673 à son amie Madame de Sévigné que nous devons nous fonder pour mesurer la romancière à l'aune de l'épistolière. Sa correspondance, précieuse pour connaître certains aspects de sa vie, n'a pas la grâce de ses écrits romanesques ; et cette femme, qui se dit lasse d'écrire, publiera quelques années plus tard, en 1678, le chef-d'oeuvre littéraire que l'on sait, accueilli en son temps avec remous et controverses : La Princesse de Clèves. A un détail près : le roman ne sera pas signé, elle n'en avouera être l'auteur qu'en 1691. Lorsqu'on est proche de la cour de Louis XIV comme le fut pendant plusieurs années Madame de La Fayette, amie intime d'Henriette d'Angleterre, belle-soeur du roi, on ne peut déchoir en s'affirmant écrivain. Elle avait cependant entrepris avec cette dernière l'écriture de l'* Histoire de Madame* . Femme de tête, voire femme d'affaire, Madame de La Fayette a aussi écrit deux courts récits, * La Princesse de Montpensier * et* La Comtesse de Tende* , ainsi qu'un long roman, Zayde, contenant tous les ingrédients et les rebondissements hérités du roman baroque, et de Mme de Scudéry. Cette précieuse (précieuse « de la plus haute volée », affirment deux voyageurs hollandais) ne nous a laissé de sa vie, de ses secrets, de ses amours, que peu de témoignages et de manifestations ; mais peu nous importe, car nous n'en finissons pas de revenir toujours à son ultime roman, moderne en son temps et pour nous symbole du classicisme, subtil théâtre de l'analyse intérieure. Et qui douterait de la puissance et de la beauté de* La Princesse de Clèves* , tout récemment lue à plusieurs voix, comme un manifeste, de la première à la dernière ligne, sur des places publiques ? Et qui soutiendrait qu'elle ne peut plus parler à notre siècle, quand un jeune cinéaste tourne avec des lycéens* La belle personne* , une adaptation du roman transposée de la cour d'Henri II à la cour d'un lycée parisien ?

Textes lus par Anne-Vanessa Prévost et Léa Seydoux.

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