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Vladimir Nabokov (1899-1977)

1h

Vladimir Nabokov dans l'émission "Apostrophes" en mai  1975
Vladimir Nabokov dans l'émission "Apostrophes" en mai 1975
Vladimir Nabokov dans l'émission "Apostrophes" en mai 1975 © Bernard pivot/ Gallimard Par Virginie Bloch-Lainé et Clotilde Pivin Dans * Autres rivages * , ses Mémoires, Vladimir Nabokov remet les pendules à l'heure avec les Russes blancs, sur un ton lapidaire : "Le paragraphe suivant n'est pas pour le lecteur en général, mais très précisément pour l'imbécile qui, parce qu'il a perdu une fortune dans quelque krach, s'imagine me comprendre. Si, depuis 1917, j'en ai après la dictature soviétique, c'est sans rapport avec une quelconque affaire de propriété. Mon mépris pour l'émigré qui "hait les Rouges" parce qu'ils lui ont volé son argent et sa terre est absolu ; la nostalgie que j'ai nourrie toutes ces dernières années est le sentiment hypertrophié d'avoir perdu mon enfance, non le chagrin d'avoir perdu des billets de banque". C'est une enfance parfaite que l'auteur de * Lolita * laisse derrière lui lorsqu'il quitte la Russie pour l'Angleterre en 1919, pour fuir les « Rouges ». Ce n'était là que le premier exil d'une longue série : après Cambridge, ce sera Berlin en 1923, Paris en 1937, les Etats-Unis en 1940 et la Suisse en 1960, jusqu'à sa mort. N'est-ce pas cet exil initial qui explique que le monde n'entre pas dans les romans de Nabokov, que la politique, l'ancrage dans une communauté nationale, les objets et les idées du moment n'y aient pas droit de cité ? Tout se passe comme si, une fois coupé de ses racines, il avait fermé le ban - aux idées, aux engagements, aux confessions, aux douceurs aussi, restés en Russie. Nabokov dit et répète que, de toute façon, le réel n'existe pas, que seuls comptent l'illusion, l'enchantement, la magie, l'invention. Amusons-nous, tout n'est que mirage. La pirouette est la marque de fabrique de Vladimir Nabokov, insaisissable, déjouant par avance les stratégies des critiques pour savoir qui il est et ce qu'il pense de ses personnages. Le romancier rie et défie les curieux de s'y retrouver à travers ce qu'il appelle ses "moi de feuilleton" ; pour la même raison, il renvoie dans leurs buts les partisans du charlatan viennois, ou - il varie les formules - les délégations viennoises. Nabokov s'échappe. Pourtant dans ses romans, l'érotisme, la sensualité, la minutie des descriptions, les couleurs - pailletées, irisées, voletantes - ne sont pas là pour rien. Ils résonnent avec l'harmonie et la beauté sans arrière-pensée et sans sarcasme du monde d'avant l'exil, que restituent ses Mémoires.
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