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Alerte vaccinale

5 min
À retrouver dans l'émission

Parmi les médecins, il y a plusieurs sortes de lanceurs d’alerte : ceux qui comme Irène Frachon, pneumologue à Brest alerte - études à l’appui- sur les risques cardiaques liés au Médiator avec les suites que l’on sait et ceux - comme le professeur Henri Joyeux, cancérologue et chirurgien- qui lance depuis 2014 des pétitions anti-vaccin sur internet bien que n’ayant jamais vacciné personne. Le Pr Joyeux n’a certes pas créé la défiance qui se propage vis-à-vis des vaccins mais il l’alimente d’une façon que l’ordre des médecins a jugé suffisamment irresponsable pour engager une procédure disciplinaire à son encontre.

EST-CE QU’ON PEUT RÉFUTER QUE LES VACCINS SOIENT UN IMMENSE PROGRÈS ?

Non, on ne peut pas ! Le premier vaccin contre la variole date de 1796. Aujourd’hui la variole est éradiquée dans le monde entier. Le vaccin contre la poliomyélite date de 1952. Véritable fléau de l’enfance, son incidence a diminué de plus de 99% depuis 1988. Les signes de la diphtérie et du tétanos s’apprennent dans les livres car on n’en voit plus en France. Ce n’est pas le cas de la rougeole, la coqueluche, la rubéole et l’hépatite B toutes maladies pour lesquelles il y a des vaccins. Pour la tuberculose qui ré-apparaît dans certains milieux et sous des formes résistantes aux traitements, le BCG n’est plus obligatoire depuis 2007. Bien que la couverture soit insuffisante et surtout en baisse depuis 2009, le vaccin contre la grippe a fait considérablement diminuer la mortalité liée à cette maladie sauf l’année dernière où le virus a eu la mauvaise idée de muter alors que les vaccins étaient déjà prêts. Le vaccin contre le paludisme date de 2015 cette maladie a tué plus de 600.000 personnes dans le monde en 2013.

MAIS ALORS QUE LEUR REPROCHE-T-ON ?

Les contestations et les résistances existent depuis que les vaccins existent. Elles portent à la fois sur l’innocuité et l’efficacité de la vaccination. Sans remonter trop loin, en voici un exemple :en 1998, un anglais, Andrew Wakefield avait montré le lien entre le thiomersal contenu dans un vaccin contre la rougeole, la rubéole et les oreillons et l’autisme, entrainant un vent de panique, des procès et l’interdiction de cet agent conservateur. En 2011, on a découvert que ce chercheur avait manipulé ses résultats et reçu des fonds des lobbys anti-vaccins. On se souvient aussi du débat autour du vaccin contre l’hépatite B, momentanément retiré, puis contre le papillomavirus humain, aucune étude n’ayant prouvée scientifiquement les reproches qui leur avaient été faits.

Les militants anti-vaccins font feu de tout bois sur internet et les réseaux sociaux en invoquant la « liberté vaccinale », en dénigrant des études de sécurité réalisées, en lançant des campagnes d’inspiration « naturiste »prônant le caractère bénin des maladies infantiles, en dénonçant l’influence corruptrice des laboratoires. On ne peut nier que certains vaccins peuvent avoir des effets secondaires mais jusqu’à preuve du contraire, tout symptôme apparaissant après une vaccination n’en est pas forcément la conséquence. En revanche, il est prouvé qu’une diminution de la couverture vaccinale entraîne une recrudescence des maladies qui sont loin d’être toujours bénignes. C’est dire que quand des parents se plaignent de ne pas trouver le vaccin qui ne couvre que l’obligation vaccinale (diphtérie, tétanos, poliomyélite, retiré du marché pour cause d’allergies) et se voient « obligés » de recourir à un vaccin couvrant six ou sept maladies, j’ai personnellement du mal à les plaindre! Il n’empêche que la défiance est là.

QUI DOIT AGIR ?

C’est une question de santé publique car pour protéger la population de la plupart des infections, il faut un taux de couverture vaccinale supérieur à 90%. L’exigence de démocratie touchant tous les domaines de la santé publique, Marisol Touraine, ministre de la Santé vient d’annoncer une concertation citoyenne sur ce sujet.

Nous avons un système confus qui distingue les vaccins obligatoires et les vaccins recommandés ce qui ne veut pas dire facultatif car les maladies ciblées sont plus fréquentes que celles visées par la vaccination obligatoire. On parle tellement des effets indésirables par exemple ceux qui seraient liés à la présence d’aluminium qu’on a tendance à oublier les risques évités.

VACCINE-T-ON DE LA MÊME FAÇON DANS TOUS LES PAYS ?

J’ignorais que les obligations vaccinales varient d’un pays à l’autre en Europe et que plusieurs pays n’imposent aucune obligation. Par ailleurs, quand vous voyagez, certains vaccins sont spécifiques à certaines régions du monde. L’obligation vaccinale est un sujet sensible qui ne manquera pas d’être soulevé : si la levée de l’obligation vaccinale devait donner des arguments aux anti-vaccins et accentuer la baisse des vaccinations, ce serait assez désastreux. Pour convaincre, informer le public et former les professionnels, une grande part des ressources publiques devrait y être consacrée. Nul doute que le débat sera chaud !

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