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Au nom du père

5 min
À retrouver dans l'émission

Depuis que les parents peuvent choisir le patronyme de leurs enfants, la règle selon laquelle l’enfant porte le nom de son père et le transmet a-t-elle changé? C’est à cette question que répond l’étude de l’INSEE publiée le 1er septembre dernier.

En 2005, la nouvelle loi était supposée répondre à une pression sociale allant dans le sens de l’égalité entre les sexes en permettant à un enfant de porter le nom de son père, de sa mère ou leurs deux noms accolés dans l’ordre choisi par les parents. D’une loi commune, extérieure à la famille, imposée par la société, on passait à un choix relevant de la volonté individuelle des parents. La pression sociale ne devait pas être si forte puisque 10 ans plus tard, les enfants nés en 2014 ne sont que 10% à porter le nom de leurs deux parents. 83% des enfants portent toujours le nom de leur père et seulement 6,5% le nom de leur mère. Mais là, il ne s’agit pas d’un choix car dans 9 cas sur dix, le père n’a pas reconnu l’enfant. Ces chiffres varient selon le statut des parents, les couples mariés choisissant à 95% le nom du seul père. Les concubins accolent plus souvent que les couples mariés leurs deux noms (14% contre 5%) mais 75% d’entre eux continuent de choisir le nom du père. Les chiffres varient aussi selon le pays de naissance des parents ce qui semble traduire une diffusion des traditions portugaises et espagnoles de transmission des deux noms.

Que signifie cette transmission inégalitaire du patronyme qui reste très majoritairement masculine ?

Je crois qu’elle n’a plus le même sens qu’au temps pas si lointain où la filiation était ordonnée par le mariage. Je m’explique : le père légitime était le mari de la mère et la transmission du nom du père évoquait le poids de la tradition, de la légitimité et de la soumission à l’antique domination masculine. Seuls les enfants illégitimes, les bâtards, portaient le nom de leur mère, elle-même stigmatisée comme « fille-mère ».

Mais aujourd’hui, en France, tous les enfants sont légitimes et plus de 50% des enfants naissent hors mariage. La mère « solo » a le pouvoir de décider si le géniteur sera ou non le père au sens social et juridique du terme car si la filiation n’est pas établie simultanément, l’enfant porte le nom de la mère. La paternité s’en trouve bien plus fragilisée que la maternité. Paradoxalement si l’on se réfère au passé, c’est en adhérant à la préséance du nom du père que les couples de concubins affirment une valeur d’égalité entre le père et la mère. Ce choix indique que l’enfant a bien un père que la mère a accepté de reconnaître ce qui, en quelque sorte compense son pouvoir d’en décider autrement. Ces couples ne sont que 14% à préférer accoler leurs deux noms comme s’ils avaient intuitivement pris conscience que le sens de l’institution avait changé de signification.

Si votre hypothèse est exacte, les chiffres ne devraient pas beaucoup évoluer...

En effet, mais les choses peuvent encore changer. Il est trop tôt pour savoir comment se comporteront les couples de même sexe. Le mariage les mettra à égalité de droits vis-à-vis de leurs enfants qu’ils n’auront pas conçus ensemble. Il est possible qu’ils affirment cette égalité en choisissant d’accoler leurs patronymes et j’ignore lequel ils mettront en premier.

Est-il envisageable d'aller plus loin pour favoriser l'égalité homme/femme en ce qui concerne la transmission ?

Olivier Mazerolles sur RTL le 3 septembre demande à la ministre du travail Myriam El Khomri (je cite) : « vous avez décidé de faire carrière sous votre nom de jeune fille alors que vous auriez pu vous présenter avec votre nom de femme mariée. Votre mari est un bordelais pur sucre. Pourquoi ? parce que c’est important de montrer qu’en France quand on s’appelle El Khomri, on peut réussir aussi bien que Marceline Dupont ?» À quoi Madame El Khomri répond : « Il m’a semblé important de conserver mon nom. Beaucoup de femmes mariées conservent leur nom de jeune fille qu’on s’appelle El Khomry ou non. Pour moi c’est important de pouvoir conserver mon nom surtout que j’avais commencé ma carrière politique avant ». Si la question du journaliste était pour le moins déplacée, la réponse de la ministre pose le problème de la stabilité du nom des femmes au long de leur vie auquel elles sont de plus en plus sensibles, travail et divorce aidant. En Espagne, le problème ne se pose pas car le nom de jeune fille n’existe pas : la femme ne change pas de nom en se mariant et les enfants du couple portent les patronymes de leur père et mère dans un ordre qu’ils peuvent choisir. En Allemagne, les conjoints décident si le nom de famille du couple sera celui du mari ou de la femme. Y-a-t-il une autre solution pour conjuguer stabilité du nom et élection conjugale ? Eh bien il faudrait que les hommes s’impliquent pour adopter en se mariant un nom commun composé de leurs patronymes respectifs qui serait aussi celui de leurs enfants.

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