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Au travail !

4 min
À retrouver dans l'émission

Vous nous avez déjà parlé de la difficulté pour les jeunes chômeurs à quitter le domicile familial et aujourd'hui c'est une autre conséquence du chômage qui a attiré votre attention
Le taux de chômage chez les moins de 25 ans ayant fortement augmenté depuis 2008 et la droite comme la gauche se révélant impuissantes à le réduire, il est probable que cela pousse les jeunes à voter pour le Front National. Mais ce n’est pas la seule conséquence. Curieusement, la crise économique n’a pas entraîné une baisse de la fécondité significative ces dernières années. Pourtant, les chercheurs de l’INED, qui ont l’avantage de travailler sur la durée, se sont demandé en quoi les projets de fécondité et leur réalisation se trouvaient affectés par le chômage. L’enquête d’Ariane Pailhé et Arnaud Régnier-Loilier conduite entre 2005 et 2011 auprès de 10.000 hommes et femmes apporte des réponses parues dans la revue Population et sociétés de décembre 2015.

Au delà des chiffres dont je ne vais pas vous accabler, j’ai été frappée par le fait que la moitié des personnes qui déclarent vouloir un enfant dans les trois ans y parviennent pour l’autre moitié, on ne sait pas si leur projet a changé ou s’il n’a pas pu se réaliser. Celles et ceux dont le projet est moins bien défini dans le temps sont encore 30% à le réaliser et celles et ceux qui déclarent vouloir un enfant plus tard ou pas du tout en ont quand même mais très peu. Alors qu’on parle énormément des problèmes d’infécondité et des moyens techniques d’y pallier, on peut je crois en conclure que globalement les hommes et les femmes ont des enfants quand ils le veulent. Mais quand le veulent-ils ? majoritairement quand ils ont déjà un enfant, preuve que le modèle de la famille à deux enfants reste dominant. C’est chez ceux qui n’en ont pas encore que le chômage intervient.

ET DE QUELLE FAÇON INTERVIENT-IL ?

Être au chômage bloque le projet d’avoir un premier enfant: les chômeurs sont moitié moins nombreux que les actifs à souhaiter un enfant dans les trois ans mais ils sont également moins nombreux à vivre en couple et souvent, ils n’ont jamais travaillé. Lorsqu’ils sont en couple, l’accès à l’emploi stable pour l’un des deux apparaît comme une condition minimale avant d’envisager de fonder une famille. La mise en couple est plus facile pour une femme que pour un homme au chômage, ce qui paraît conforter le modèle de l’homme pourvoyeur de ressource.

En revanche, pour le second enfant, le chômage n’a pas d’incidence. Les couples déjà formés sont plus âgés, ont eu généralement une expérience professionnelle ouvrant des droits aux allocations chômage, l’un des deux peut avoir un emploi et j’ajoute bien que ce ne soit pas dans l’étude que les pères au foyer ne sont plus des exceptions, preuve des capacités d’adaptation des couples aux conditions extérieures.

FINALEMENT, L’INCIDENCE DU CHÔMAGE RESTE LIMITÉE…

Oui, sur la descendance finale, l’effet du chômage reste limité mais il ne faut pas trop s’en réjouir quand on sait que le nombre d’enfants pauvres est de un à deux millions en France et que le chômage n’y est pas pour rien.

Pour terminer, je voudrais dire un mot de Valeria Solesin : cette jeune doctorante est une victime des attentats du 13 novembre. Pour lui rendre hommage, la revue que j’ai citée republie son premier article paru en 2013 au titre impertinent « Allez les filles, au travail ! ». Il n’est pas sans rapport avec l’étude précédente puisque sa recherche portait sur le passage du premier au deuxième enfant en France et en Italie. Ces deux pays ont beaucoup de points communs mais ils sont radicalement différents en termes de fécondité et de participation féminine au marché du travail. Pourquoi ? les Italiens ont une vision négative du travail des femmes ayant des enfants en âge pré-scolaire ce qui n’est pas le cas des Français. Les conséquences de l’arrivée des enfants sur l’activité féminine s’en ressent mais de façon contrastée. En Italie, 76% des femmes sans enfant travaillent. Elles ne sont plus que 55% quand elles ont des enfants et 42% si elles en ont trois. En France, on fait mieux : sans enfant, elles sont 81% à travailler et encore 60% à partir de trois enfants.

Mais curieusement alors que les Italiens ont une image négative sur le travail des femmes ayant de jeunes enfants, le taux d’activité de ces femmes est proche de celles qui n’ont pas d’enfant de moins de six ans. En France, où l’on a une opinion positive sur le travail féminin tout au long de la vie, le taux d’activité est beaucoup plus bas quand il y a de jeunes enfants, conséquence du congé parental. Pour la carrière des femmes, le congé parental est un cadeau empoisonné tant qu’il ne sera pas partagé à égalité avec les hommes.

On aurait tant aimé que Valeria Solesin soit encore en vie et nous explique en quoi l’influence des mentalités impactent le taux de natalité, dangereusement bas dans les pays où les femmes sont empêchées de travailler qu’il s’agisse du chômage ou du manque de volonté des hommes pour partager les charges familiales.

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