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De la pertinence de la prise en charge psychologique d'un traumatisme

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Devant la demande exponentielle de prise en charge psychologique, est-ce que l'on peut déjà s'interroger sur sa pertinence ?
C’est incontestablement un progrès de prendre en compte la souffrance psychique au même titre que la souffrance physique dans de nombreux domaines, sociaux, familiaux autant que lors de catastrophes collectives. C’est d’autant plus important que la simple reconnaissance de la souffrance psychique peut l’atténuer. Cette légitimation est intimement liée à la prise en considération du statut de victime pour laquelle les associations ont joué un rôle considérable et à l’essor d’une discipline de plus en prisée, la victimologie.

Les cellules d’urgence médico-psychologiques rattachées au SAMU ont été créées à la suite de l’attentat terroriste de la station Saint Michel à Paris le 26 juillet 1995 à la demande de Jacques Chirac. Les premières années, ces cellules ont pratiqué une cinquantaine d’interventions lourdes en France et à l’étranger à la demande du Quai d’Orsay. Petit à petit, les actions se sont diversifiées si bien qu’aujourd’hui les médias ne risquent pas de se tromper quand ils annoncent « les psychologues sont sur place » qu’il s’agisse de l’inculpation d’un enseignant pour pédophilie, de violence réitérée dans un établissement scolaire, de l’annonce de plans sociaux, d’incendies ou d’une catastrophe aérienne. On observe aussi que les consultations pour psychotraumatisme concernent de plus en plus des personnes atteintes individuellement par une agression, un accident, un viol ou le suicide d’un proche.

Alors que le « traumatisme » par son caractère d’évidence comme causalité rencontre un succès incontestable auprès des politiques, des médias et de la société civile, ce serait faire un mauvais procès aux professionnels de ne pas reconnaître leurs réflexions et leurs recherches sur la clinique et l’éthique de leurs interventions ainsi que sur le meilleur traitement à mettre en œuvre.

Mais dans le cas des attentats, l'intervention de psys paraît parfaitement légitime ?

Oui, parce que le « traumatisme » concerne ceux qui ont été confrontés directement, brusquement, avec le réel de la mort. Selon Louis Crocq, psychiatre des armées et initiateur des CUMP, certains peuvent souffrir immédiatement de troubles dissociatifs graves assez aisés à repérer qu’il faut prendre en charge dans l’immédiat. Cela concerne les blessés, les rescapés, les témoins. Une fois leur travail accompli, cela concerne aussi les sauveteurs, les policiers et les médecins présents ou arrivés sur place, le personnel hospitalier qui a accueilli les blessés. Et la prise en charge ultérieure doit être proposée à ceux qui ont vécu l’attentat sans présenter de troubles immédiats évidents.

Je crois qu’il faut dire que ceux qui ont suivi les événements à la télévision, qui ont téléphoné fébrilement à leurs proches pour s’assurer qu’ils étaient en vie, ont imaginé que cela aurait pu leur arriver à eux ou à leurs proches, ne sont pas « traumatisés » au sens où il n’y a pas eu effraction de leurs défenses car c’est ainsi qu’on se représente le trauma. Leurs réactions de stress, d’angoisse, de peur, de colère sont des réactions normales qu’il n’y a pas forcément lieu de soigner à moins qu’elles ne soient trop envahissantes ou durent trop longtemps. Loulou, gardienne d’un immeuble du 17ème arrondissement qui a ouvert sa porte à ses voisins ainsi que le rapporte le Parisien de lundi dernier a parfaitement compris que parler, écouter et ne pas rester seul était la meilleure chose à faire.

Il n'empêche que toutes cellules d'écoute et les consultations mises en place sont prises d'assaut...

Toutes les demandes sont recevables. Ce sera aux cliniciens de repérer ceux qui seront rassurés de savoir qu’ils sont « normaux » même s’ils ont du mal à retrouver le sommeil - ceux-là doivent prendre le temps de permettre au refoulement de faire son travail - et ceux qui souffrent parce que cet attentat réactive une blessure ancienne qui peut n’avoir aucun rapport avec les événements actuels. Le piège de la causalité traumatique est de considérer que seul l’événement est à l’origine de la souffrance du sujet.

Dernière question : est-ce efficace ?

Chaque pays ayant sa culture propre et ses critères d’évaluation, les polémiques sur le bien-fondé et l’efficacité de telle ou telle action ne manquent pas. Pour rester simple, disons que les mieux placés pour apprécier l’efficacité des interventions précoces sont ceux qui les ont expérimentées. Le plus souvent, ils en reconnaissent le bénéfice immédiat sur le stress. Sur le long terme, si le but est la prévention du syndrome de stress post-traumatique, les résultats sont controversés. Pour les parents, les enfants et les proches des victimes endeuillées, il n’y a pas de règle ni d’ailleurs d’études. On sait moins que les praticiens ne s’en sortent pas indemnes : individuellement ou en groupe, il est souhaitable sinon indispensable qu’ils puissent bénéficier d’une écoute ce qui est manifestement le cas.

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