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Détruire, disent-ils

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Ironie de l’histoire : ce que les défenseurs inconditionnels du port du voile ne sont arrivés à obtenir, ce sont des républicains de droite comme de gauche qui s’y emploient : je veux parler une fois encore de la fermeture de la crèche Baby-Loup.

En juin dernier, quand la Cour de cassation avait mis un terme à une procédure entamée en 2008, on pouvait penser qu’on n’entendrait plus parler de Baby-Loup dans les médias. Je rappelle que la Cour a validé le fait que les restrictions imposées aux salariés de manifester leurs convictions religieuses ou politiques étaient justifiées par la nature des tâches et proportionnées au but recherché, tant pour respecter le droit des parents d’éduquer leurs enfants selon leurs convictions personnelles que pour protéger les jeunes enfants de toute influence religieuse.

Entre-temps, Baby-Loup a quitté Chanteloup-les-Vignes et a rouvert ses portes à Conflans-Sainte-Honorine à l’invitation du sénateur-maire de l’époque, Philippe Esnol.

Tout aurait dû aller pour le mieux. Si ce n’est que la directrice de la crèche depuis 1991, Natalia Baleato, fait partie de ces professionnels qui, parce qu’ils sont novateurs, sont extrêmement exigeants envers eux-mêmes, envers leur équipe et surtout envers leurs partenaires; à ce titre, elle a toujours dérangé. Tout ce qui fait de Baby-Loup une crèche pas comme les autres a été obtenu de haute lutte : l’accueil de nuit, l’accueil en urgence, l’amplitude des horaires d’ouverture, 7 jours sur 7 et 24h sur 24, l’accueil des fratries en urgence jusqu’à 12 ans, sans parler de son action pour l’émancipation des femmes. Tout ceci impliquait des moyens financiers mais surtout une remise en cause des normes institutionnelles, des exigences administratives pour l’accueil d’urgence, de la durée du travail de nuit. Dérangeant vous dis-je sans parler de la résistance hors du commun de toute l’équipe quand il s’est agi de défendre ses convictions sur la laïcité.

Pendant les péripéties judiciaires de la crèche, les institutions étaient restées étrangement silencieuses hormis pour mettre en cause la gestion de la direction contrôlée à de multiples reprises. Sans résultat d’ailleurs.

À la faveur de l’élection de M. Laurent Brosse, UMP, lors des dernières élections municipales, mais aussi des résistances du Conseil Général, tout va dans le sens de mettre en échec Natalia Baleato. Comment ? d’une part en réduisant drastiquement le budget que le précédent maire avait prévu d’allouer à la crèche ce qui pourrait entraîner à terme son dépôt de bilan. D’autre part, et ceci est du ressort du Conseil général, en bloquant l’agrément pour une augmentation des places d’accueil alors que les locaux et le personnel sont prêts, ce qui réduit d’autant ses recettes. Le prétexte est absurde : dans le code de santé publique modifié en 2010, une sage-femme diplômée d’Etat, c’est le diplôme que possède Natalia Baleato, est habilitée diriger un établissement de 20 places ou de plus de 40 places mais pas lorsque la capacité est comprise entre 21 et 40 places cette incohérence relève probablement d’un oubli. Pourtant, en 2012, soit après la modification de la loi, Natalia Baleato avait reçu l’agrément pour diriger Baby-Loup dont la capacité était alors de 38 places. C’est la reconduction de cet agrément qui lui est aujourd’hui refusé, même à titre dérogatoire.

Quel est l’intérêt limiter le nombre de places dans une crèche, projet d’intérêt général s’il en est ? Je fais l’hypothèse car rien n’est dit clairement que le but est de « normaliser » Baby-Loup avec une direction plus accommodante. Pourquoi la normaliser ? parce que l’accueil de nuit, l’accueil en urgence, l’accueil à la carte ne coïncide pas avec l’idée qu’on se fait d’une bonne famille et surtout d’une bonne mère qui, avant l’âge de l’école devrait être entièrement au service de ses enfants, qu’elle travaille ou pas. La crèche est le mode de garde préféré des parents mais pas question d’être trop arrangeant au prétexte que cela nuirait aux enfants. D’où des règles strictes censées protéger les enfants : pas question de trop aider les parents, ça risquerait de les déresponsabiliser. Pas question non plus de les décharger momentanément juste pour les décharger sans qu’ils aient à se justifier. Un exemple : les crèches du 9ème arrondissement vont s’ouvrir aux accueils temporaires payants pour quelques heures ou quelques jours mais il faudra fournir des pièces permettant de vérifier que la famille est bien confrontée à un imprévu ou à une situation urgente exceptionnelle. Quel scandale s’ils profitaient indûment de cette possibilité !

Baby-Loup remet en cause cette idéologie totalement inadaptée aux conditions de vie des couples d’aujourd’hui et surtout des femmes seules, notamment en ne demandant pas aux parents de justifier en permanence leur besoin de garde et en menant une réflexion sur les meilleures conditions d’accueil des enfants quelles que soient les circonstances, sans juger les familles.

La sanction vient de tomber : en refusant de voter les crédits prévus par la municipalité précédente, l’inflexible Laurent Brosse pourra s’enorgueillir d’être le maire UMP qui a le projet de détruire Baby-Loup. Les familles, les électeurs, la France entière apprécieront.

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