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Bernadette Dimet comparait devant la cours d'assises de l'Isère

Deux procès ne font pas qu'un

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Deux femmes, Jacqueline Sauvage et Bernadette Dimet ont tué leurs maris respectifs à coup de fusil. Des années durant, ils les avaient maltraitées, elles et leur entourage familial. Ces deux procès se sont succédés à un bref intervalle.

Bernadette Dimet comparait devant la cours d'assises de l'Isère
Bernadette Dimet comparait devant la cours d'assises de l'Isère Crédits : Radio France

Deux femmes, Jacqueline Sauvage et Bernadette Dimet ont tué leurs maris respectifs à coup de fusil. Des années durant, ils les avaient maltraitées, elles et leur entourage familial. Ces deux procès se sont succédés à un bref intervalle et celui de la première, ayant largement dépassé le cadre de la chronique judiciaire, il ne pouvait manquer de planer sur la seconde.

Bref rappel des faits : Jacqueline Sauvage a été condamnée par deux cours d’Assises à dix ans de réclusion criminelle. Une pétition sollicitant la grâce présidentielle recueille 400.000 signatures et le soutien d’Anne Hidalgo, Daniel Cohn-Bendit, Jean-Luc Mélenchon, Valérie Pécresse, Nathalie Kosciusko-Morizet et j’en oublie. L’argumentation consiste à dire que « Jacqueline Sauvage a été injustement condamnée à cause d’un vide juridique rétrograde considérant que la légitime défense puisse s’appliquer sur une vie entière. »

VOUS, CAROLINE, VOUS AVEZ SIGNÉ ?

Non je n’ai pas signé. Pas parce que je souhaite que Jacqueline Sauvage purge sa peine, ce qui me paraîtrait tout à fait déplacé. Mais comme d’autres, je me suis demandée pourquoi il y avait une telle discordance entre les décisions de justice et l’histoire que j’entendais. L’avocat Regis de Castelnau, sur Causeur.fr le 1er février, démonte la description faite par les médias sur les seuls arguments de la défense au mépris des éléments du dossier. Ceux-ci font apparaître Madame Sauvage sous un autre jour que celui de la victime se protégeant d’un monstre qui la martyrisait depuis 47 ans.

Des procès emblématiques grâce à une avocate non moins emblématique, Gisèle Halimi, ont fait avancer la cause des femmes. Le procès de Bobigny pour avortement en 1972 a contribué à la dépénalisation de l’IVG et celui d’Aix-en-Provence en 1978 pour viol a entraîné la requalification du viol en crime. Les avocates de Jacqueline Sauvage y ont sans doute pensé en soutenant l’acquittement de leur cliente au nom de la légitime défense, difficile à justifier quand on tire dans le dos de quelqu’un. Elles ont subi un échec cinglant en faisant de ce cas une cause qu’elles tentent de faire passer pour une victoire. Victoire qui ne résiste pas à l’analyse de la journaliste Pascale Robert-Diard sur son blog de l’habile compromis de la grâce présidentielle. La grâce partielle porte uniquement sur la partie de la peine qui restait à accomplir par Jacqueline Sauvage sans que cela change quoi que ce soit sur le fond.

MAIS EST-CE QUE LES FEMMES BATTUES NE MÉRITENT PAS D’ETRE MIEUX PROTÉGÉES ?

À la faveur de ce procès, on a reparlé d’une proposition de loi sur « la légitime défense différée » dissociant dans le temps l’agression de la riposte, au motif que « les femmes battues sont en danger de mort permanent ». Je ne sais pas si j’ai tort en comprenant cette proposition comme un permis de tuer. Il y a certainement des progrès à accomplir pour que les femmes battues n’en arrivent à trouver comme seule solution de tuer leur conjoint.

APPAREMMENT BERNADETTE DIMET N’A PAS TROUVÉ D’AUTRE SOLUTION…

En effet, mais d’après Pascale Robert-Diard qui a couvert ce procès pour Le Monde, le verdict modéré, cinq ans de prison avec sursis n’est en rien une sorte de réparation ou de réponse au verdict contesté dans l’affaire Sauvage. La cour et les jurés n’ont pas seulement examiné les faits, la mort du mari d’une balle en plein cœur tirée par Bernadette Dimet, mais un contexte : celui d’un secret de famille vieux de quarante ans : les viols dont ont été victimes les sœurs de l’accusée et la naissance consécutive d’un enfant dont il fallait taire le nom du père. L’avocate générale avait manifestement en tête l’affaire Sauvage en remettant quelques pendules à l’heure concernant la protection que la justice peut accorder aux femmes battues mais a conclu sans surprise qu’on ne pouvait pas accorder un permis de tuer. L’avocat de la défense a sagement plaidé pour « une peine juste susceptible de répondre à l’exigence d’une société au regard des faits tout en accordant la liberté à Bernadette Dimet ». Quant à la présidente, elle a décomposé en quatre les questions sur lesquelles la cour et les jurés devaient se prononcer : « l’accusée est-elle coupable d’avoir volontairement exercé des violences sur la personne de Bernard Bert » à laquelle les jurés ont répondu oui. « les dites violences ont-elles entraîné la mort ? » oui. « L’accusée avait-elle l’intention de donner la mort ? » réponse négative ainsi qu’à la quatrième question : « le meurtre ci-dessus spécifié a-t-il été commis avec préméditation ? »

Voici la conclusion de Pascale Robert Diard dont j’admire depuis longtemps le talent de chroniqueuse judiciaire : « Et voilà comment face à la singularité d’une femme, loin des banderoles, des pétitions et des propositions de réformes de la loi, six jurés citoyens –quatre hommes et deux femmes – et trois magistrats professionnels –deux femmes, un homme – ont rendu un verdict de compassion, dans le secret de leur intime conviction ».

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