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Egalité homme-femme : Il y a encore du chemin...

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En allant acheter l’Atlas mondial des femmes, publié par l’Institut National d’études démographiques et la revue Autrement, je m’attendais à emporter un lourd volume en souvenir des atlas géographiques de mon enfance. Agréablement surprise de me retrouver avec un opuscule de 96 pages, annexes comprises, au format habituel de la revue Autrement, j’ai cherché la définition du mot atlas : « recueil ordonné de cartes conçu pour représenter un espace donné et exposer un ou plusieurs thèmes ». Oui, j’avais bien entre les mains un atlas mondial et j’ai même réussi à comprendre presque tous les graphiques! il faut donc saluer le remarquable travail d’Isabelle Attané, Carole Brugeilles et Wilfried Rault pour sa clarté, sa concision, sa masse de données objectives mettant en perspective la diversité des situations des femmes et des formes d’inégalité qu’elles subissent. Je salue aussi l’objectivité des commentaires et le choix des thématiques inédites permettant de comprendre, au-delà des données chiffrées, les fortes résistances aux avancées qui restent inabouties voire paradoxales engendrant de nouvelles formes d’inégalités.

Quelques exemples ?

Première constatation : vingt ans après la dernière conférence mondiale sur les femmes organisée par les Nations Unies en 1995, pas un seul pays ne rassemble les conditions d’une égalité parfaite entre hommes et femmes. Le seul avantage sur les hommes que les femmes ont en commun dans le monde est de vivre plus longtemps. Et ça s’arrête là. Il n’empêche que la progression vers l ‘égalité est réelle mais lente, très lente : la conquête du droit de vote par exemple s’est étalée sur plus d’un siècle. En Arabie Saoudite, ce n’est qu’en 2015 que les femmes pourront se présenter et voter aux élections municipales.

Au sein de chapitres incontournables que sont la disposition du corps, la sphère privée, les stéréotypes, l’économie ou la lutte contre les inégalités auxquels je vous renvoie, les auteurs traitent de thématiques inédites ou que nous connaissons mal.

Prenons les mutilations sexuelles féminines historiquement localisées sur le continent africain. La plupart des états africains ont adopté une législation spécifique qui a fait reculer cette pratique mais très inégalement. Selon l’Unicef, il y a 126 millions de femmes excisées dans le monde. Savez-vous qu’en Egypte, plus de 80% des femmes entre 15 et 49 ans sont excisées ? J’ai vu que l’Espagne venait d’adopter un protocole d’action pour les personnes originaires de pays pratiquant l’excision : avant de repartir vers leur pays d’origine, elles devront s’engager par écrit à ne pas faire subir de mutilation à leur fille.

Prenons la dépendance, à double titre une « affaire de femme » écrit la démographe Joëlle Gaymu. Elles vivent plus longtemps, sont moins souvent en couple passé un certain âge et donc les principales bénéficiaires d’aides. Mais elles en sont également les principales pourvoyeuses. Les projections démographiques prévoyant un gain d’espérance de vie plus important pour les hommes et les rôles sociaux évoluant, l’auteur se demande si les femmes demain seront aussi « aidantes » et si les hommes, maris, fils et beaux-fils ne s’impliqueront pas davantage. Comme vous voyez, on peut rêver !

Dans le chapitre « socialisation et stéréotypes », les auteurs se sont intéressés sans surprise à la scolarisation des filles dont la progression laisse à désirer tandis que les inégalités d’orientation restent un phénomène universel. Mais, les femmes sont plus présentes que les hommes dans les activités et pratiques culturelles et surtout elles sont de puissants agents de transmission pour leurs enfants.

Dans les domaines qui nous croyons connaître comme l’information, le cinéma ou le sport, il va sans dire mais encore mieux en la chiffrant que la parité est encore loin !

La sphère économique est la plus explorée car c’est celle où les inégalités entre les sexes sont les plus évidentes mais aussi les inégalités entre les femmes, selon qu’elles ont ou non les moyens de combiner vie professionnelle et vie privée. Certes, l’emploi des femmes progresse mais surtout pour les postes les moins valorisés dans tous les pays du monde, les femmes ont des revenus inférieurs à ceux des hommes y compris à la retraite et même quand la pauvreté recule, les femmes en sont plus souvent victimes que les hommes.

La démographe Isabelle Attané s’est intéressée au droit à l’héritage et à la propriété. Il indique comment la richesse et le pouvoir économique sont partagés au sein de la population et entre les sexes. Les discriminations sont particulièrement marquées dans les sociétés agraires, même en l’absence de lois explicitement discriminatoires. Dans les pays industrialisés où l’égalité des sexes en matière d’héritage et de propriété est effective, les femmes accèdent encore moins souvent que les hommes à la propriété immobilière.

Si les auteurs se gardent de prendre parti, l’impression qui ressort est l’incroyable dynamisme des femmes et l’incroyable résistance des sociétés à leur accorder des droits égaux, droit humain reconnu par les Nations Unies. Oui, la route est longue, semée d’embûches mais elle doit être à sens unique : vers l’égalité.

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