LE DIRECT

Faut-il battre les enfants ?

5 min
À retrouver dans l'émission

Il y a peut-être mieux à faire que de s’écharper sur la fessée et les châtiments corporels, mais quand le soi-disant laxisme n’a plus la cote et qu’on promeut une éducation plus musclée, on peut en profiter pour s’interroger sur les résistances à renoncer aux coups.

<source type="image/webp" srcset="/img/_default.png"data-dejavu-srcset="https://cdn.radiofrance.fr/s3/cruiser-production/2015/03/923829f9-c73d-11e4-adec-005056a87c89/838_maxnewsworldthree699071.webp"class="dejavu"><img src="/img/_default.png" alt="Tu veux une fessée ?!" class="dejavu " data-dejavu-src="https://cdn.radiofrance.fr/s3/cruiser-production/2015/03/923829f9-c73d-11e4-adec-005056a87c89/838_maxnewsworldthree699071.jpg" width="838" height="545"/>
Tu veux une fessée ?! Crédits : Franck Fernandes

Le sujet est revenu sur le tapis par la voie du Comité européen des droits sociaux (et non comme il a été dit du Conseil de l’Europe) estimant que je cite « le droit français ne prévoit pas d’interdiction suffisamment claire, contraignante et précise des châtiments corporels ». Avis, lui, non contraignant et qui n’est assorti d’aucune sanction. À quoi la secrétaire d’Etat à la famille, Laurence Rossignol, a répondu en se déclarant favorable à une éducation sans violence mais défavorable à une loi car dit-elle « les évolutions de la société, ses prises de conscience ne se règlent pas à coup de code pénal ». Est-ce le meilleur argument ? Lorsque la Suède a légiféré la première en 1979 pour interdire toute violence physique envers les moins de 18 ans, 70% de la population y était opposée. Ils ne sont plus que 10% aujourd’hui. Il n’empêche que des voix de plus en plus nombreuses surtout à droite défendent la nécessité de la fessée administrée par les parents. Toute proportion gardée, lors de l’abolition de la peine de mort en 1981, 63% des Français étaient favorables à son maintien. En janvier 2014, 45% auraient souhaité son rétablissement. Comme quoi, la loi a bien un impact sur les mentalités mais rien n’est définitif.

En pratique, ils font comment les parents français ?

Entre 1999 et 2009, la proportion de parents qui ne donnent jamais de fessée est passée de 16 à 33%. Ce qui signifie que 67% n’y ont pas renoncé. En ont-ils le droit ? Le code pénal condamne les violences et lorsqu’elles sont commises sur des enfants, c’est une circonstance aggravante. Mais, la fessée est tolérée relevant d’un droit coutumier non écrit que la justice reconnaît aux parents pour autant qu’elle ne soit pas qualifiée de violence habituelle le mettant en danger.

Mais à l'école, c'est bien interdit ?

Détrompez-vous ! Certes, les châtiments corporels sont fortement déconseillés mais seulement par circulaires qui n’ont pas force de loi. Dans la majorité des cas, les enseignants contre qui des parents ont porté plainte sont relaxés par les tribunaux sous réserve de ne pas avoir dépassé ce que le « droit coutumier de correction manuelle des élèves par les maîtres ait été exercé de manière adaptée et nécessaire » (je cite le texte d’un arrêt de la chambre criminelle datant de 1997)

Mais savez-vous qu’au Canada, l’emploi de la force pour corriger un élève ou un enfant est autorisé pourvu que la force employée ne dépasse pas la mesure raisonnable ?

Entre les onze pays qui ont expressément interdit tout châtiment corporel bien qu’ils soient encore pratiqués, ceux qui les tolèrent et ceux les autorisent sous certaines conditions, on trouve des similitudes : les excès ne sont plus tolérés. Ils sont réprimés pour autant qu’ils soient connus. Mais même lorsque la loi interdit expressément les coups, il reste admis qu’une correction « éducative » qui resterait à définir n’est pas sanctionnée et laissée à la libre appréciation des adultes. Autrement dit, les Etats qui ont proscrit les châtiments corporels transmettent un message fort, un idéal, mais ne font pas intrusion dans les foyers pour voir ce qui s’y passe. En Allemagne par exemple, l’interdiction n’est pas assortie de sanctions envers les parents.

Alors est-ce-qu'il faut aller plus loin notamment en France ?

On peut poser la question autrement qu’en créant une infraction spécifique. À ce jour, aucune génération n’a majoritairement été élevée sans violence, pas plus qu’aucune société ne connaît l’égalité parfaite entre hommes et femmes. Les adultes d’aujourd’hui ont pratiquement tous reçus des coups sporadiques ou répétés sans aller jusqu’à la maltraitance. Leur grand argument pour perpétuer ce qu’ils ont connu est de dire qu’ils n’en sont pas morts –et c’est heureux- et que l’Etat n’a pas à se mêler de la façon dont ils élèvent leurs enfants. De plus, les adolescents et les adultes ont tendance à minimiser les coups reçus et à les trouver justifiés parce qu’ils étaient « durs » ou « méchants ». Une petite claque ou une bonne fessée n’a-t-elle pas d’incontestables vertus apaisantes sinon éducatives surtout si l’enfant l’a bien cherché ? Inutile donc de se casser la tête pour faire autrement. Et il est surprenant de constater que devant un enfant violent, on pense a priori que son éducation est « laxiste » alors que c’est exactement le contraire.

Les effets délétères de la violence éducative ont été largement démontrés. Ils sont encore largement sous-estimés. Personne ne dit qu’il y a un continuum entre la fessée exceptionnelle et la maltraitance mais la limite n’est pas toujours claire. La question est de savoir s’il est souhaitable de continuer à tolérer, y compris chez les professionnels, un droit de correction coutumier en lui accordant une valeur éducative tout en prônant une éducation sans violence sans s’en donner les moyens. Nous ignorons superbement les effets bénéfiques d’une éducation sans violence. Il serait peut-être temps de les promouvoir sans ambiguïté.

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......