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Inégalités entre enfants

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À retrouver dans l'émission

A l'aune de chiffres publiés par l'Unicef, regard sur l’équité entre les enfants dans les pays riches, ceux de l’Union Européenne et de l’OCDE.

Les droits de l’enfant, c’est l’affaire de l’Unicef. Chaque année cette organisation publie un état des lieux sur l’équité entre les enfants dans les pays riches, ceux de l’Union Européenne et de l’OCDE(organisation de coopération et de développement économique regroupant des pays démocratiques ayant une économie de marché). Comment ? en classant les écarts d’inégalités entre enfants du bas et ceux du milieu de la distribution dans chaque pays puis en comparant les pays entre eux.

QUELS SONT LES CRITÈRES D’INÉGALITÉ ?

L’UNICEF se réfère à la théorie de la justice et de l’équité de Rawls pour qui l’existence d’inégalités est admissible pour autant que tous puissent en tirer des bénéfices et que soient garanties à tous les mêmes chances de réussite. Adaptés au point de vue de l’enfant, quatre critères ont été retenus: les revenus, l’éducation, la santé et la satisfaction de vie, ces deux derniers critères étant évalués par les enfants eux-mêmes. Le but est d’apprécier jusqu’où la société laisse se creuser le fossé entre les enfants.

NOUS BRÛLONS DE SAVOIR OÙ SE TROUVE LA FRANCE !

Globalement la France est plutôt mal classée puisqu’elle est 28ème sur 35. Ce n’est jamais agréable d’apprendre que nous étions au milieu du tableau en 2010 et que nous figurons maintenant parmi les pays les plus inégalitaires. Mais j’ai été plutôt surprise de constater que la Grèce est 14ème, devançant l’Allemagne, 17ème. Dans l’ordre, les premiers sont le Danemark, la Suisse suivis par la Finlande et la Norvège. La Suède, en 23ème position décroche des autres pays nordiques ce qui semble dû à une modification des mesures depuis le rapport précédent - sans plus de précision - tandis que la Turquie et Israël arrivent en dernière position.

MAIS EST-CE QUE NOUS SOMMES MAL CLASSÉS POUR CHACUN DES CRITÈRES ?

Justement non ! les résultats de la France sont assez paradoxaux. En matière d’écart relatif de revenus entre les enfants les plus pauvres et les enfants moyens, la France occupe le 13ème rang sur 41 pays, ce qui la situe dans le premier tiers. Les transferts sociaux expliquent en grande partie ces résultats honorables.

Ce sont les inégalités en matière d’éducation qui sont les plus marquées. Elles ont même augmenté : la France se situe à la 35ème place sur 37 dans les écarts de performance scolaire en fonction du milieu social. Il s’agit des chiffres de l’évaluation PISA de 2012 ce qui a fait réagir Najat Vallaud-Belkacem qui espère une inversion de cette fâcheuse courbe ce qui restera à prouver. La République Tchèque a réduit ces inégalités de 36% et occupe la première place dans ce domaine. Autre constatation : dans pratiquement tous les pays sauf l’Autriche, le Luxembourg, les Pays-Bas et le Royaume Uni, les garçons sont deux fois plus handicapés que les filles et plus surprenant, en Finlande et en Suède, cette disparité garçon/fille a augmenté.

ET QU’EN DISENT LES ENFANTS ?

Je vois que vous avez compris que les autres critères ont été évalués par les enfants eux-mêmes. En matière de santé, à 11, 13 et 15 ans, ils doivent signaler par questionnaire s’ils sont touchés et à quelle fréquence par des maux de tête, des vertiges, un sentiment de dépression, d’irritabilité ou par des troubles du sommeil. La France est classée au 27ème rang. Les pays où l’écart est le plus faible sont l’Autriche, l’Allemagne et la Suisse tandis que la Turquie et Israël sont là encore en queue de peloton.

Quant à la satisfaction de vie, elle s’évalue sur une échelle de 0 - la pire vie possible - à 10, la meilleure vie possible. La France arrive au 28ème rang sur 35, ce qui n’est pas réjouissant. Il y a aussi une nette différence entre garçons et filles de 15 ans, les filles étant nettement moins satisfaites de leur vie que les garçons surtout en France et en Pologne.

EST-CE QUE LES POLITIQUES TIENNENT COMPTE DE CES MESURES SUBJECTIVES ?

L’UNICEF défend vigoureusement ce type de statistiques dont les résultats sont parfois surprenants : le taux de satisfaction des enfants ne paraît pas lié au revenu des parents, la Grèce se place par exemple en 4ème position tandis que le Portugal est mieux placé que les Etats-Unis. Or, les enfants peu satisfaits sont les plus susceptibles d’être exposés à des comportements à risque, ce qui peut influer sur les politiques de santé et d’éducation.

FINALEMENT LE BUT D’APPRÉCIER JUSQU’OÙ CHAQUE SOCIÉTÉ LAISSE SE CREUSER LES INÉGALITÉS EST-IL ATTEINT ?

L’auteur du rapport admet qu’il est difficile de déterminer à quel moment l’ampleur des inégalités deviennent inéquitables. J’ai retenu que puisque certains pays arrivent à les réduire, elles ne sont pas une fatalité. Encore qu’elles soient durables et les avancées limitées. Dans l’éducation, réduire les écarts de réussite n’entraîne pas nécessairement la baisse générale du niveau scolaire. Les statistiques montrent aussi que l’amélioration du bien-être global passe par la prise en considération des plus défavorisés car ce sont les pays les plus égalitaires qui ont le meilleur niveau de bien-être de tous les enfants.

Eh bien, il n’y a plus qu’à…

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