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Inversion de courbe

5 min
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Alors qu’on guette impatiemment l’inversion de certaines courbes, d’autres se sont inversées silencieusement. Celle de l’hypergamie féminine en est une. Mais au fait, savez-vous, cher Guillaume ce qu’est l’hypergamie féminine ?

Il s’agit de la propension à former des couples où la femme se trouve en infériorité selon plusieurs critères : âge, taille, diplôme et profession.

L’étude issues des statistiques de l’INED de Milan Bouchet-Valat porte sur l’hypergamie de diplôme lors de la première mise en couple.

Avant-guerre, pour les femmes nées en 1920, 50% des couples avaient la même catégorie de diplômes. Dans 30% des couples, l’homme était plus diplômé que la femme tandis que la femme était plus diplômée que l’homme dans 20% des couples. Ce qui avait pour effet que les femmes les plus diplômées et les hommes les moins diplômés étaient exclus du marché conjugal.

JE SUPPOSE QUE L’AUGMENTATION DU NIVEAU D’ÉDUCATION DES FEMMES, LEUR ENTRÉE MASSIVE SUR LE MARCHÉ DU TRAVAIL, LA CONTRACEPTION, LA FIN DE LA TUTELLE DU MARI SUR LA FEMME ONT EU DES EFFETS SUR L’HYPERGAMIE FÉMININE

La transformation commence dès les années 40 : non seulement le niveau d’éducation des femmes s’élève mais les femmes deviennent globalement plus diplômées que les hommes. Du coup, les positions relatives des hommes et des femmes se sont radicalement transformées pour les femmes nées à partir de 1960. La bascule se fait pour celles qui sont nées dans les années 70 : les couples où la femme possède un diplôme supérieur à celui de l’homme deviennent aussi fréquents que les couples à niveau égal (40% chacun) et les couples où la femme a un niveau inférieur ne sont plus que 20%. La tendance va encore s’accentuer aux générations suivantes au point que l’hypogamie féminine est devenue la situation la plus fréquente.

L’hypergamie comme norme n’a donc pas résisté à l’évolution des diplômes chez les femmes mais les démographes ont été surpris par le fait que le comportement des individus a amplifié les contraintes que la structure sociale faisait peser sur eux.

COMMENT ÇA ?

Le nombre de femmes diplômées augmentant, le développement des couples où la femme est plus diplômée était démographiquement inévitable, mais il n’était pas prévu qu’elle entraîne une évolution de la préférence des individus et un changement des normes sociales. Est-ce à dire que les normes évoluent en fonction de la réalité des faits plus facilement qu’on ne l’aurait cru et que la domination masculine sans appui sur une situation concrète ne peut conserver son sens et sa prégnance ? En tout cas, dans tous les pays où les femmes ont accès aux diplômes, l’hypergamie a perdu du terrain.

LES FEMMES DIPLÔMÉES NE SONT DONC PLUS VOUÉES AU CÉLIBAT ?

Dès 2007, Maria Winkler-Dworak et Laurent Toulemon avaient mis en évidence l’augmentation des chances de mise en couple des femmes diplômées : de plus en plus nombreuses, elles font de moins en moins peur ! un diplôme élevé ne signifie plus un désintérêt supposé pour la vie familiale, un manque de féminité et l’indépendance financière est moins une menace qu’un avantage quand la carrière des hommes se fragilise du fait du chômage. Surtout en France où les carrières féminines sont meilleures que dans nombre de pays occidentaux même si elles n’égalent pas celles des hommes. Seuls les non-diplômés, hommes et femmes confondus se distinguent par un taux de vie en couple faible. Autre fait marquant : pour les hommes, on note l’apparition et le développement d’une hiérarchie entre diplômes : les chances de vivre en couple s’élèvent désormais avec le niveau d’éducation ce qui est l’exact inverse de ce qui prévalait chez les femmes nées avant-guerre. Ceci paraît témoigner de la persistance du modèle selon lequel le statut social de l’homme reste plus important que celui de la femme et non d’une inversion de position entre les hommes et les femmes

COMMENT SE FAIT-IL QU’UNE TRANSFORMATION SI RADICALE DES NORMES QUE LES DÉMOGRAPHES RÉVÈLENT PASSE RELATIVEMENT INAPERÇUE ?

C’est probablement parce que cette transformation n’est pas achevée qu’elle doit être actuellement relativisée. Certes les femmes sont globalement plus diplômées que les hommes y compris dans leur couple, mais à niveau d’étude égal, elles gagnent en moyenne toujours nettement moins que leur conjoint. Et il est encore difficile pour certains couples d’accepter que la femme gagne davantage d’argent que l’homme. La répartition du travail domestique, elle, n’a pas encore beaucoup évolué : seule l’activité professionnelle semble produire de l’effet lorsque les revenus de la femme sont assez élevés. Mais les études les plus récentes montrent la probabilité que la femme devienne la principale contributrice aux revenus du couple ce qui produira peut-être des effets plus visibles sur la répartition des rôles au sein des couples.

Je ne sais pas s’il est souhaitable d’en arriver là mais ce sont des hommes non diplômés et de leur insertion professionnelle et conjugale dont il faudrait s’occuper.

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