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L'intestin ça craint

5 min
À retrouver dans l'émission

Peut-on mettre en valeur les acteurs de la recherche de demain, et rendre accessible au grand public des sujets scientifiques pointus ?

La doctorante Noémie Mermet, gagnante de l’édition 2014 du concours « ma thèse en 180 secondes » a expliqué - « l’implication des récepteurs 5-HT2A dans la modulation des interneurones PKCgamma dans un contexte d’allodynie ». Cette gageure montre qu’il existe un langage scientifique hermétique auquel tout un chacun peut avoir accès sous réserve de manier le sérieux, l’humour et des talents de comédien pour traduire à coup de métaphores ce dont il est question. Cette année, les prestations des trois finalistes nationaux de ce concours lancé par le CNRS et la Conférence des Présidents d’Université ont presque autant de succès sur internet que celles des humoristes.

Mais la star, c’est Giulia Enders, premier prix de la Nuit des sciences de Berlin en 2012 où les jeunes chercheurs exposent leurs travaux. À l’époque, Giulia Enders terminait sa thèse de médecine à l’université de Francfort. Il faut voir sur youtube le clip de sa prestation : cette ravissante jeune femme débordante de naturel et d’énergie séduit son auditoire en leur exposant avec décontraction les charmes de l’intestin grêle. L’agent littéraire Petra Eggers ne s’y est pas trompée et lui a proposé d’écrire un livre, best-seller en Allemagne, récemment traduit en français sous le titre « Le Charme discret de l’intestin » chez Actes Sud. Dès octobre 2014, nous en connaissions l’existence grâce à la revue Books qui a publié l’interview de Giulia Enders parue dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung.

Vous avez une explication à ce succès ?

Le succès phénoménal de ce livre est en phase avec la relève des idées et des savoirs dont France culture se fait l’écho et aussi avec les concours dont j’ai parlé : pas par le format, le livre fait 350 pages mais par son ambition d’expliquer clairement et si possible avec humour des travaux de recherche pointus qui ne sont pas encore publics. Il faut un sujet, un ton, des connaissances et de l’imagination ce dont l’auteur dispose.

Le sujet, l’intestin, même les médecins non-spécialistes en savent peu de choses s’ils ont terminé leurs études avant les années 2000. Comme le dit l’auteur, à côté du coeur et du cerveau, l’intestin ça craint. Et son but est de montrer que l’intestin c’est le fin du fin. Et bien que vous soyez peut-être en train de prendre votre petit déjeuner, je ne peux vous laisser ignorer que le premier chapitre a pour titre « L’art du bien chier en quelques leçons et pourquoi le sujet a son importance ». Certains y prendront la mesure de leur ignorance mais même ceux qui ont quelques connaissances ne pourront s’empêcher de réaliser à quel point ce sujet est tabou tant on est surpris par cette lecture. Les chercheurs, eux, ayant moins de tabou, ont étudié quelle est la meilleure position pour déféquer. Sachant que 1,2 milliard d’êtres humains qui s’accroupit ne souffrent que rarement d’hémorroïdes, je vous laisse deviner leur conclusion.

Je ne doute pas que vous ayez augmentés vos connaissances dans ce domaine, mais je suppose que ce n'est qu'un hors d'oeuvre...

Suit en effet une visite guidée du tube digestif vu du microscope. La fascination augmente au fur et à mesure qu’on grossit l’image promet l’auteur et la promesse est tenue.

Les découvertes les plus récentes, celles qui font périodiquement la une des hebdomadaires sont effectivement assez fascinantes. Quel que soit le talent de l’auteur, elles ne sont pas si faciles à comprendre et les applications pratiques sont encore limitées. L’invention géniale des chercheurs est d’avoir appelé le tube digestif « le cerveau d’en bas ». La recherche découvre peu à peu que les expressions comme « avoir les foies ou l’estomac noué » « se faire de la bile » « digérer un affront » « être pris aux tripes » peuvent être démontrées scientifiquement. Notre intestin dispose d’une diversité de nerfs comparable à celle du cerveau avec qui il communique et réciproquement ce qui ouvre le vaste champ des liens entre les pathologies intestinales et psychiatriques ou même les comportements.

L’autre domaine porteur de nombreux espoirs et de nouvelles connaissances est la découverte de la diversité inouïe de la flore intestinale appelée le microbiote. L’auteur nous entraîne dans les arcanes de notre système immunitaire localisé en majeure partie dans notre intestin, ce petit monde encore très mystérieux n’étant pas le même chez chacun d’entre nous. Sur ce plan, l’être humain est considéré comme adulte à 3 ans et un enfant né par césarienne qui n’a pas eu la chance d’être en contact avec la filière pelvienne de sa mère est plutôt défavorisé bien qu’il s’en remette. Nous sommes encore loin de connaître les interactions entre le microbiote et le cerveau mais le champ des possibles est immense allant de la régulation du poids à la détection sur l’intestin des maladies neurodégénératives.

On comprend qu’une jeune chercheuse se passionne pour ce domaine. Mettre ses talents de conteuse à notre service fait incontestablement parti de la vulgarisation des sciences à laquelle nombre de chercheurs s’appliquent. L’engouement du public est au rendez-vous bien que la recette pour faire un best-seller n’a pas encore été trouvée.

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