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L'autre France

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Il n’y a pas plus révélateur que les études démographiques pour se rendre compte de l’adaptabilité de la société alors que nous avons souvent l’impression que ses valeurs sont plus ou moins figées. Surtout quand on écoute les débats parlementaires concernant par exemple la gratuité de l’IVG, la modulation des allocations familiales en fonction du revenu des familles ou le mariage pour les personnes de même sexe.

Lors du bilan démographique de 2013, certains se demandaient si les mesures de politique familiale prises en 2012 allaient mettre en péril le dynamisme démographique. Nous voilà rassurés : le bilan de 2014 publié par l’INSEE le 13 janvier dernier montre que l’indice de fécondité qui avait légèrement baissé est repassé tout aussi légèrement au-dessus de 2 enfants par femme : 820.000 bébés sont nés en 2014. Dans l’union européenne à 28, nous restons les seuls avec l’Irlande à maintenir ce taux entre 2008 et 2012. En Irlande, on pense que c’est parce que l’IVG y est interdite par la loi et l’Eglise mais il y a sûrement d’autres raisons car l’interdiction de l’IVG n’empêche pas les femmes d’avorter illégalement et en Pologne, pays tout aussi catholique, l’indice de fécondité est singulièrement bas à 1,25.

À l’autre extrême de la vie, il y a eu moins de décès en 2014 qu’en 2013 grâce à un hiver doux et une épidémie de grippe moins longue. Je savais que la grippe pouvait être mortelle notamment pour les personnes les plus fragiles mais je dois avouer que j’ignorais qu’en France au XXIème siècle on meurt de froid de façon statistiquement significative lorsque l’hiver est rude. A contrario, lorsque l’hiver est doux, l’espérance de vie à la naissance augmente : 85 ans pour les femmes et 79 ans pour les hommes, cette espérance de vie qui tend à converger depuis que les femmes se mettent à boire et à fumer…comme les hommes qui, de leur côté prennent davantage soin d’eux.

Mais revenons à la natalité. Comment expliquer notre particularité ? La France est le pays où la politique familiale est une des plus interventionnistes d’Europe notamment en assumant en partie la charge de l’éducation des enfants, en privilégiant la naissance du troisième enfant, en aidant toutes les familles quelle que soit leur composition, sans qu’il soit aisé de mesurer l’impact de ces mesures. Selon Magali Mazuy, chercheuse à l’INED deux facteurs entrent en jeu: le faible taux de personnes qui, par contrainte ou volontairement n’ont pas d’enfants et la permanence d’un nombre important de familles nombreuses. La France compte 1,7million de familles de 3 enfants voire plus. Ces familles sont des plus disparates regroupant les non-diplômés, les personnes vivant dans le Nord de la France, les immigrés de première génération alors que leurs descendants adoptent le même comportement que les non-immigrés, mais aussi ceux qui ont eu deux premiers enfants du même sexe, garçon ou fille, et qui tentent leur chance, les familles recomposées et enfin toutes choses égales par ailleurs, ceux qui sont eux-mêmes issus d’une famille nombreuse. Autre particularité française et non des moindres : le taux d’activité des femmes ayant trois enfants est encore de 78%. Mais le niveau de vie décroissant avec le nombre d’enfants, on est surpris que l’augmentation massive du chômage n’ait pas d’impact décelable sur la natalité, pas plus d’ailleurs que sur le nombre des IVG, stable depuis une dizaine d’années. Je ne sais pas s’il faut en conclure que nous sommes plus confiants dans l’avenir qu’on ne le dit.

La société est donc adaptable. Comment voit-on cela dans les études démographique ?

C’est la première fois qu’on a des chiffres détaillés sur le mariage des personnes de même sexe. Normal puisque la loi qui l’autorise a été promulguée en mai 2013 : 7500 unions entre juin et décembre 2013, 10.000 en 2014. Alors que les hétérosexuels se marient de moins en moins depuis 2000 et se pacsent de plus en plus, les personnes de même sexe se marient de plus en plus et se pacsent de moins en moins. Je ne sais pas pourquoi mais les couples d’hommes se marient davantage que les couples de femmes : en 2013, 62% des couples mariés de même sexe étaient des hommes. Peut-être se marient-ils plus rapidement que les femmes car en 2014, ils ne représentent plus que 54% des couples de même sexe. Et ce sont les couples les plus âgés qui se sont mariés les premiers. En 2013 la moyenne d’âge était de 43 ans pour les femmes et de 50 ans pour les hommes. Mais déjà en 2014 la moyenne d’âge passe à 41 ans pour les femmes et 46 ans pour les hommes. Ces mariages ont été célébrés dans toute la France puisque 6000 communes en ont célébré au moins un. Dans le 4ème arrondissement de Paris, ils représentent le chiffre record d’un peu plus de 32% des unions célébrées alors qu’ils ne représentent que 4% du total des mariages. En revanche, les statistiques ne disent pas si ces couples ont déjà des enfants, autrement dit si la possibilité d’adopter l’enfant du conjoint est leur principale motivation ou pas.

Quand je vous disais que la société bouge…

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