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Woody Allen dans son film Annie Hall / Allociné

Le gène de Woody Allen

5 min
À retrouver dans l'émission

Un livre qui commence par « j’ai une fâcheuse tendance à flancher dans les moments cruciaux » ne pouvait manquer de m’intéresser.

Woody Allen dans son film Annie Hall / Allociné
Woody Allen dans son film Annie Hall / Allociné

Un livre qui commence par « j’ai une fâcheuse tendance à flancher dans les moments cruciaux » ne pouvait manquer de m’intéresser.

C’EST LA PSYCHANALYSTE OU LA PERSONNE ATTEINTE DE CE PROBLÈME QUI EST INTÉRESSÉE ?

J’ai envie de vous répondre les deux enfin pas tout à fait. Il est assez rare de ne pas connaître l’anxiété et je ne fais pas exception mais les maux dont souffre Scott Stossel, l’auteur de « Anxiété, les tribulations d’un angoissé chronique en quête de paix intérieure » aux éditions Belfond sont assez éloignés de mes petites phobies sur lesquelles je ne vais pas m’étendre !

Je ne sais pas si vous aviez lu le livre de Siri Hustvedt, La femme qui tremble, une histoire de mes nerfs (Actes Sud) paru en 2010. A l’occasion d’irrépressibles tremblements ressentis la première fois en prononçant un discours en l’honneur de son père décédé deux ans auparavant, elle s’était engagée dans une recherche sur les pathologies mentales en général et la sienne en particulier. Eh bien, c’est le point commun avec le livre de Scott Stossel, l’humour en plus. Rédacteur en chef de la revue américaine The Atlantic, il se définit comme « un mélange de pathologie juive et protestante, juif névrosé et histrionique, doublé d’un WASP névrosé et refoulé » (White Anglo Saxon Protestant). Tout un programme où l’on pressent que la génétique, l’histoire familiale, l’éducation et le milieu environnant ont eu une influence non négligeable sur le développement du petit Scott dont les angoisses ont débuté à l’âge de deux ans.

Non, ce n’est pas un cas isolé : l’anxiété et les troubles associés représentent la forme la plus commune de pathologie mentale, vraiment invalidante quand elle prend la forme d’attaques de panique, de phobie sociale, d’effondrement lors de compétition de haut niveau ou d’un banal examen ou qu’elle atteint les militaires.

JE VOIS QUE CE LIVRE FAIT PLUS DE 400 PAGES, IL Y A TANT À DIRE SUR L’ANXIÉTÉ ?

Oui, et il se lit comme un (bon !)roman car l’auteur a un réel talent de conteur alternant des épisodes de sa vie dignes d’un film de Woody Allen et une mise en perspective savante de l’énigme de l’anxiété à travers l’histoire, la philosophie, la psychanalyse, la pharmacologie, la génétique et les neurosciences. L’anxiété serait un trait distinctif de l’être humain et aucune discipline ne peut revendiquer le monopole de sa compréhension.

On apprend par exemple que les dissensions entre les théories cognitivo-comportementales et la psychopharmacologie sur la génèse de l’anxiété n’est que le dernier avatar d’un débat vieux de plusieurs millénaires…

COMMENT ÇA ?

Pour Spinoza au 17ème siècle, l’angoisse relevait d’une réflexion fautive préfigurant les arguments des TCC sur les cognitions erronnées. Idem pour Epictète, philosophe du 1er siècle pour qui les racines de l’angoisse seraient à rechercher dans la manière d’appréhender la réalité. Quant aux antécédents de la psychopharmacologie, Hippocrate au IVème siècle avant notre ère concluait que l’angoisse était un problème biologique lié à l’afflux de bile au cerveau.

ON A QUAND MÊME PROGRESSÉ DEPUIS…

On a énormément progressé dans toutes les disciplines que je vous ai citées et l’auteur raconte par le menu l’histoire de toutes ces découvertes. Le regard critique d’un non-professionnel sur les diverses théories qui s’affrontent parfois de façon très âpre notamment sur les solutions thérapeutiques qu’il a toutes essayées apporte une fraicheur absente des articles scientifiques. Il en conclut d’expérience que loin de s‘opposer, elles se complètent !

MAIS EST-CE QU’ON SAIT TRAITER L’ANXIÉTÉ ?

Je vais vous citer Scott Stossel : « voici les principales thérapies que j’ai essayé : psychothérapie individuelle, thérapie familiale, thérapie de groupe, TCC, thérapie rationnelle-émotive, thérapie d’acceptation et d’engagement, hypnose, méditation, jeu de rôles, thérapie d’exposition intéroceptive, thérapie d’expression et de soutien, EMDR, massages, prière, acupuncture, yoga. » En complément, il cite pas moins de 28 antidépresseurs et anxiolytiques sans compter six variétés d’alcools auto-prescrits. Pour conclure : « Voici ce qui a marché : rien, enfin ce n’est pas tout à fait exact : certaines molécules m’ont apporté un soulagement relatif pour des périodes limitées ».

C’est l‘occasion de prendre la mesure du contraste entre les argumentaires de l’industrie pharmaceutique et des thérapeutes et la perception des patients telle qu’on peut la trouver sur les forums de discussion. L’auteur tire de son expérience personnelle que les professionnels pas plus que les patients, pour des raisons opposées, ne sont entièrement fiables.

ALORS LA SITUATION EST DESESPÉRÉE ?

Pas vraiment ! Si vous prenez le cas de l’auteur, il a réussi sa vie aussi bien sur le plan professionnel que familial malgré le handicap de son anxiété. Sa dernière tentative de guérison est l’écriture de ce livre qui donne espoir à tous ceux qui se reconnaîtront.

Scott Stossel : Anxiété : les tribulations d’un angoissé chronique en quête de paix intérieure. Traduit par Daniel Roche. Belfond

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