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Le harcèlement à l'école

5 min
À retrouver dans l'émission

Najat Vallaud-Belkacem lance une campagne de lutte contre le harcèlement à l'école car il semble qu'en dépit des précedentes campagnes ce soit encore un problème...

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Harcèlement et violence scolaire Crédits : Jean-François FREY

En effet, le chemin est encore long puisque ce problème largement méconnu voire dénié pendant des décennies n’est pris en compte par l’Education nationale que depuis 2012. Mais les actions mises en place ne se sont pas encore généralisées et sur le terrain, on peut observer ça et là que les réponses apportées ne sont pas toujours à la hauteur de l’enjeu.

EST-CE QUE C’EST UN BILAN QUE VOUS ALLEZ NOUS PRÉSENTER ?

Pas du tout ! Pour éclairer un tant soit peu le présent, j’ai choisi de vous parler du passé à travers le dernier livre d’un auteur qui m’est cher, Georges-Arthur Goldschmidt. Il vient de publier à 87 ans Les Collines de Belleville aux éditions Jacqueline Chambon. Si je me permet de mentionner son âge, c’est pour dire à ceux qui en douteraient encore que le harcèlement scolaire laisse des traces indélébiles même si, dans le cas de cet auteur, « harcèlement » est un mot faible : on peut qualifier de torture ce qu’il a subi dans l’internat de Haute Savoie, en France, où il a été recueilli pendant la guerre tandis que ses parents étaient exterminés. Il le raconte dans La Ligne de fuite publiée en 1984 à 56 ans. Les collines de Belleville lui offre la distance qui permet d’élargir le champ sans atténuer la force des réminiscences.

L’AUTEUR EST BIEN LE GRAND TRADUCTEUR QUE L’ON CONNAÎT ?

Oui, Georges-Arthur Goldschmidt est le traducteur de Peter Handke, Kafka, Goethe ou Nietzsche et l’auteur d’essais sur la langue et la traduction mais aussi sur Molière, Rousseau et Freud.

Le récit en plusieurs livres de sa vie est une œuvre littéraire d’une grande profondeur écrite en français, langue d’expression de l’auteur, qui lui permet selon ses propres mots « de tout dire sans rien révéler ».

Bien que le récit soit autobiographique, Georges-Arthur Goldschmidt raconte ici l’histoire d’Arthur Kellerlicht. Ce patronyme allemand n’a sûrement pas été choisi au hasard : il accole deux mots, cave et lumière, deux mots qui pourraient s’opposer comme se compléter. Ils disent mais sans rien révéler l’incertitude identitaire qu’il lui a fallu assumer. Ce jeune français de 25 ans part en 1954 faire son service militaire à Karlsruhe. Cette Allemagne qui n’avait pas voulu de lui alors qu’il y était né, qui l’avait mis par sa naissance du côté des victimes ne le lâchait donc pas. Cette excursion ethnologique dans un passé qui n’était plus le sien, même si une partie de sa famille y vivait encore, lui fait rencontrer de braves gens dont évidemment il se demande ce qu’ils ont fait, ce qu’ils ont vu tandis qu’ils se lamentent sur « cette pauvre Allemagne à laquelle le Führer a fait tant de mal ». À moins qu’il n’ait eu qu’un seul tort, celui d’échouer… Il est remarquable qu’à soixante ans de distance, l’auteur restitue avec tant de précision l’Allemagne de l’après-guerre, les traces de son enfance dans son pays natal, et y intègre sans artifice ce qu’il a probablement appris depuis sur ce qu’il se passait dans ces paysages qui ont retrouvé leur innocence.

Et puisque j’ai parlé de harcèlement, il faut que je vous dise pourquoi : l’auteur raconte les décennies pendant lesquelles Arthur Kellerlicht n’a pu échapper à l’enfance, cette enfance faite de sensation d’illégitimité, de la culpabilité incompréhensible d’exister à laquelle il a donné corps en se rendant vraiment coupable à ses yeux pour donner un sens aux sévices et aux pertes qu’il a subis. Personne mieux que lui ne traduit la façon dont les traces d’une adolescence pervertie, profondément ancrées dans le psychisme et dans le corps, ressurgissent au point qu’un observateur extérieur pourrait les voir. Et c’est peut-être ce que pourraient dire tous les enfants harcelés même si leurs tourments sont sans commune mesure avec ce qu’a vécu l’auteur.

Mais je crois que Georges-Arthur Goldschmidt a écrit Les Collines de Belleville pour faire une déclaration d’amour à sa femme, rencontrée quand il commençait à enseigner l’allemand aux petits Français dont les parents sortaient tout juste de l’Occupation. Cette « compagne miraculeuse » comme il la nomme, il lui doit, pour le dire simplement, beaucoup. Et cela aussi doit résonner chez ceux qui ont trouvé de l’aide surtout quand elle prend la forme de l’amour partagé.

POUR LES JEUNES D’AUJOURD’HUI, QUE PEUT-ON TIRER DE LA LITTÉRATURE ?

On leur serine de parler de ce qui leur arrive. Parler des faits est une chose, exprimer ce qu’ils en ressentent en est une autre. Nombre de grands auteurs l’on fait. Je pense à Musil, à Gombrowicz, à Yann Quefellec et bien sûr à Goldschmidt. Ils y découvriront que d’autres ont vécu ce qu’ils vivent mais aussi l’ambiguïté que recèle toute relation à l’autre, fut-elle empreinte de sadisme. Plus troublant encore : une souffrance dénoncée ou intériorisée peut servir à en cacher une autre et c’est est celle-là qu’il est impossible d’avouer.

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