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Les enfants peuvent-ils attendre ?

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À retrouver dans l'émission

C’EST AUJOURD’HUI QUE LA FRANCE EST AUDITIONNÉE À L’ONU ET VOUS ALLEZ NOUS DIRE À QUEL SUJET
En effet, la France est auditionnée depuis hier à Washington, comme tous les cinq ans, par le comité des droits de l’enfant des Nations Unies au sujet de l’application de la Convention Internationale des droits de l’enfant signée il y a 25 ans.

Lors de la précédente audition en 2009, le comité avait émis des réserves en pointant notamment l’absence de stratégie nationale ciblée sur l’enfance et l’adolescence. Force est de constater que la gauche a perdu la main quant à la possibilité de proposer des réformes de grande ampleur dès lors qu’il s’agit de l’enfance et de la famille. Quand sont concernés dix ministères, des centaines d’organismes et d’associations, de multiples approches allant de la psychologie à l’économie en passant par la prévention et la justice, on conçoit qu’un pilote soit bienvenu.

MAIS CONCRÈTEMENT, LE RESPECT DES DROITS DE L’ENFANT S’EST-IL AMÉLIORÉ EN FRANCE DEPUIS 5 ANS ?

Il est plus sûr pour un enfant de naître en France que dans bien d’autres pays. Sans préjuger des avancées objectives que défendra la secrétaire d’Etat chargée de la famille et de l’enfance Laurence Rossignol, l’appréciation la plus juste reste quand même « peut mieux faire». C’est ce qui ressort du rapport de l’Unicef au titre désenchanté « Les enfants peuvent bien attendre » publié aujourd’hui même. Il réunit les contributions des 4 Défenseurs des enfants qui se sont succédés depuis 2000 et de 25 experts d’horizons différents, le tout préfacé par Christiane Taubira.

DONNEZ-NOUS DES EXEMPLES…

Tout d’abord, Claire Brisset et Dominique Versini, les deux premières défenseures autonomes des enfants pointent sans concession l’ampleur du fossé entre les intentions, les sommes considérables investies et la réalité du respect des droits de l’enfant dans l’éducation, la protection de l’enfance et les situations de pauvreté. Dommage que Jacques Toubon, Défenseur des droits, ne se soit pas adjoint une forte personnalité pour leur succéder.

Quant aux experts, les uns rapportent ce qu’ils ont fait localement pour mieux respecter les droits de l’enfant. Les idées ne manquent pas, la coordination, si. Les autres décrivent, exemples à l’appui, les domaines où les droits de l’enfant ne sont pas assez ou pas du tout respectés. Et l’on voit l’ampleur de la tâche puisque sont traités les manquements et dysfonctionnements concernant la parole de l’enfant dans le maintien des liens, la question controversée des droits libertés contenus dans la Convention, les pratiques envers les enfants confiés à l’aide sociale à l’enfance, la protection imparfaite des mineurs isolés étrangers et des enfants roms, la lutte contre les mutilations sexuelles féminines encore autour de 50.000 en 2007, la prévention des situations de maltraitance, l’accès des jeunes sans emploi ni formation aux droits sociaux et j’en passe. Bref il y a du travail.

SI JE COMPREND BIEN, DANS TOUS CES DOMAINES, IL S’AGIRAIT DE RATTRAPER UN RETARD OU D’INCLURE DES GROUPES D’ENFANTS DONT LES DROITS NE SONT PAS RESPECTÉS DU FAIT DE LEUR ÉLOIGNEMENT DES INSTITUTIONS ?

Disons que c‘est une vision optimiste selon laquelle nous irions tout doucement vers plus de droits réels et effectifs. Mais l’un des experts, Laurent Ott a une analyse fort différente du fossé constaté par tous entre les droits théoriques et la réalité. Il met en évidence des forces actives et contraires aux droits de l’enfant à l’œuvre dans la société, y compris au sein des institutions censées les promouvoir. Il y a, selon lui, mille manières de bloquer l’accès de certains enfants à leurs droits et il en distingue quatre. Le premier est le déni d’existence avec cette image forte :« nous vivons dans une société écrit-il ou un éducateur peut être inquiété pour avoir ignoré une allergie alimentaire et est dégagé de toute responsabilité vis-à-vis d’autres enfants qui dorment dehors, subviennent seuls à leurs besoins, voire vivent au service d’autres personnes à leur charge. » Le déni d’existence consiste à ignorer les réalités qui n’entrent pas dans le cadre défini par les institutions.

Vient ensuite le déni d’habitation permettant aux collectivités de se décharger de leurs responsabilités en considérant par exemple que les enfants des bidonvilles et leurs parents ne sont pas des « habitants ». Troisième manière : le déni d’enfance . On oublie par exemple la présence d’enfants lors d’intervention concernant leurs parents : expulsion de logement ou du territoire. Laurent Ott ajoute ce qu’il appelle la fragmentation temporelle : il s’agit pour dénier les droits des enfants de prétendre les leur avoir accordés ! Les situations sont très diverses et ne se réduisent pas aux ratés administratifs. L’auteur y voit un procédé plus profond touchant des enfants pauvres et précaires.

Fénelon écrivait en 1687 dans Le traité de l’éducation des filles : « D’ordinaire, ceux qui gouvernent les enfants ne leur pardonnent rien et se pardonnent tout à eux-mêmes ». On aimerait que ce ne soit plus du tout d’actualité.

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