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Les enfants sont-ils moins bien élevés qu'avant ?

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Selon un sondage réalisé par BVA pour Doméo et la Presse régionale, trois quarts des Français estiment que les enfants sont moins bien élevés qu’à leur époque.
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Dîner en famille Crédits : Elijah Nouvelage

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"Nos jeunes aiment le luxe, ont de mauvaises manières, se moquent de l'autorité et n'ont aucun respect pour l'âge. A notre époque, les enfants sont des tyrans. "Ce pourrait être la synthèse du dernier sondage BVA-Doméo-Presse régionale sur l’éducation des enfants, publié le 28 février dernier. Sauf qu’il s’agit de Socrate qui a vécu 400 ans avant Jésus Christ ! Les sondés d’aujourd’hui ne disent pas autre chose : 74% d’entre eux jugent les enfants d’aujourd’hui moins bien élevés qu’à l’époque où ils étaient eux-mêmes enfants. Dommage que la notion de bonne éducation ne soit pas détaillée. Tous âges confondus, 85% des sondés estiment que les parents ne sont pas assez sévères. Ce pourcentage dépasse 90% en province, dans les zones rurales et chez les personnes qui se situent à droite. Et ils ne sont que 1% à estimer les parents trop sévères.

Peut-on y voir une constante de génération en génération ? Et est-ce que ça voudrait dire que la somme de connaissance acquise depuis un siècle sur les enfants et les adolescents n’a aucun impact sur la perception de la jeunesse ?

Il est vrai que de tous temps, les adultes ont comparé la jeunesse qu’ils avaient sous les yeux à leur propre jeunesse forcément plus respectueuse; nos ancêtres n’y allaient pas par quatre chemins. Benjamin Chaminade, expert international en ressources humaines, relève sur son blog l’inscription trouvée sur une poterie d’argile vieille de plus de 3000 ans trouvée dans les ruines de Babylone qui dit : « Cette jeunesse est pourrie depuis le fond du cœur. Les jeunes gens sont malfaisants et paresseux. Ils ne seront jamais comme la jeunesse d’autrefois. Ceux d’aujourd’hui seront incapables de maintenir notre culture »fdc Ou encore Hésiode en 720 av JC qui écrivait : « je n’ai plus aucun espoir pour l’avenir de notre pays si la jeunesse d’aujourd’hui prend le commandement demain parce que cette jeunesse est insupportable, sans retenue, simplement terrible ». Comme c’est le sort de la jeunesse d’une manière ou d’une autre de prendre le pouvoir, il faut croire soit qu’elle s’assagit soit que ses défauts sont précisément des qualités nécessaires. Plus subtilement, Chateaubriand dans les Mémoires d’outre-tombe s’interroge : « la vérité est qu’aucun système d’éducation n’est en soi préférable à un autre système : les enfants aiment-ils mieux leurs parents aujourd’hui qu’ils les tutoient et ne les craignent plus ? »

Mais quel est le ressort de cette constance à dénigrer la jeunesse ?

Peut-être vient-elle pour une part de l’impossibilité de critiquer ses propres parents forcément parfaits. Cette impossibilité qui confine à l’impensable est encore de mise aujourd’hui si l’on en juge par l’ampleur de la maltraitance intra-familiale, abus sexuels compris, non dénoncés notamment dans les classes sociales les moins pauvres révélée par la dernière enquête de l’association l’Enfant bleu et celle de l’association Mémoire traumatique et victimologie. Charger la jeunesse de tous les péchés, c’est d’abord éviter de se mettre en cause en tant que parent. C’est assez paradoxal car jusqu’à preuve du contraire ce sont bien les parents qui ont élevé cette jeunesse en aspirant à lui faire subir la sévérité qu’ils ont connue tout en déplorant de ne plus y arriver.

Il n’y a pas d’autres raisons ?

Dénigrer la jeunesse, c’est aussi l’envier. Oscar Wilde avait cette lucidité lorsqu’il écrivait : « la nouvelle génération est épouvantable. J’aimerais tellement en faire partie. » Aujourd’hui, rester jeune quand on ne l’est plus est non seulement un idéal aussi prégnant qu’inatteignable mais aussi un immense marché. Il est vrai qu’on concède aux jeunes de pouvoir critiquer leurs aînés surtout si ce ne sont pas leurs parents.

À cet égard, la dernière chanson des Enfoirés écrite par Jean-Jacques Goldman est très instructive par les réactions qu’elle a suscitée. Pour ceux qui n’auraient pas suivi, cette chanson est un échange entre des adolescents et la troupe des Enfoirés. Les jeunes reprochent aux adultes le monde qu’ils leur laissent : vous aviez tout : l’amour et la lumière, nous n’avons que nos dégoûts, nos colères nous, c’est chômage, violence et Sida etc. À quoi les vieux leur répondent : ce qu’on a, il a fallu le gagner, à vous de jouer mais faudrait vous bouger, vous avez toute la vie. Et de chanter en choeur : aujourd’hui j’envie tellement ta jeunesse, vole et vas-y !

Cette chanson, taxée d’anti-jeune a créé la polémique. Une trahison, un crime qu’on n’attendait pas venant des Enfoirés ! Mais n’est-elle pas la version moderne de ce que disaient sans ménagement les générations précédentes : les jeunes ne savent nous faire que des reproches, ils se plaignent de tout et ne font rien. Nous, nous ne nous remettons pas en question nous envions leur jeunesse et dans notre grande mansuétude, nous leur souhaitons de faire mieux! Dit plus trivialement par Maxime le Forestier : « dans cette chanson, les vieux sont aussi cons que les jeunes ».

Les jeunes de la génération Z se rebiffent sur les réseaux sociaux? Normal, ils vont prendre le pouvoir. Feront-ils mieux quand ce sera au tour de leurs enfants de les évincer? Il serait mesquin de ne pas le leur souhaiter.

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