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Nourrir au sein ou au lait artificiel ?

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810.000 ENFANTS SONT NÉS OU VONT NAÎTRE CETTE ANNÉE EN FRANCE ET VOUS VOUS ÊTES INTERESSÉE À LA FAÇON DONT ILS SONT NOURRIS.

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Une petite fille tête le sein de sa maman Crédits : Vanessa Meyer Wirckel
La venue d’un enfant c’est l’aventure d’un couple dans une société. Et aucune société n’échappe à l’établissement de normes entre autres en ce qui concerne l’alimentation des tout-petits.

RAFRAICHISSEZ-MOI LA MÉMOIRE : QUELLES SONT LES NORMES AUJOURD’HUI ?

Pour le dire brièvement, l’OMS recommande l’allaitement maternel exclusif jusqu’à 6 mois. Et si je vous en parle aujourd’hui, c’est parce qu’une étude « Epifane » publiée dans le n° 27 du bulletin épidémiologique hebdomadaire montre que les Françaises n’ont pas grand chose à faire de ces recommandations: alors que 74% des nouveaux nés sont nourris au sein à la naissance, ils ne sont plus que 25% à six mois. C’est la décroissance la plus rapide et le taux le plus faible d’Europe. À titre de comparaison, en Norvège, 80% des enfants de six mois sont toujours nourris au sein.

EST-CE GRAVE DOCTEUR ?

Ce n’est pas à moi d’en juger. Mais pour comprendre l’évolution des normes et le choix des Françaises –car elles ont le choix -, un petit retour historique est utile. J’ai donc relu le livre du docteur Marie Thirion, L’allaitement, (Albin Michel) car j’apprécie à la fois son sérieux scientifique, sa culture et la générosité avec laquelle elle nous les fait partager. En 1900, les bébés qui ne sont pas allaités au sein par leur mère ou une nourrice meurent. La guerre de 14-18 envoie à l’usine un large contingent de femmes de milieu modeste qui fournissaient les nourrices. On se met à alimenter les bébés avec du lait de vache coupé d’eau et de sucre puis peu à peu adapté. Dans les années 50, arrivent les laits en poudre que les femmes et les médecins adoptent avec enthousiasme : c’est propre, c’est bon pour la santé et les femmes sont en principe dégagées de ce qui est considéré comme un asservissement. Ce qui est moderne, c’est de diversifier : jus d’orange, légumes en petits pots et farines dès trois mois. Les bébés sont nourris à heure fixe, à doses fixes, au besoin réveillés, pesés chaque jour. Sage femmes, personnel soignant, médecins, entourage désapprennent puis oublient l’allaitement.

ON NE S’EN EST QUAND MÊME PAS TROP MAL SORTI ?

Vous et moi, oui ! Outre les conséquences catastrophiques sur la mortalité infantile de l’introduction des laits artificiels dans les pays en voie de développement, l’évolution des connaissances sur le lait de la mère, l’équipement enzymatique du bébé, la physiologie et la psychologie du lien mère-enfant remettent tout en question : comme je l’ai dit, sur le plan nutritionnel, un enfant n’a besoin que de lait pendant les six premiers mois de sa vie. À volonté et quand il le souhaite. Rien ne vaut la qualité du lait maternel et je vous épargne la longue liste de ses inestimables qualités pour l’enfant mais aussi, ce qu’on savait moins, pour la mère Il n’empêche que les enfants nourris au biberon se portent aussi très bien et qu’il n’y a aucune, mais vraiment aucune raison, de vous sentir coupable si vous avez fait le choix de ne pas allaiter au sein.

Ce qui est impressionnant, c’est qu’il faille pas moins de 250 pages au docteur Marie Thirion pour que les femmes et les professionnels ré-apprennent l’allaitement, fasse un sort aux idées fausses, précise les conditions d’un allaitement réussi, informe sur les avancées scientifiques.

C’EST DONC SI COMPLIQUÉ QUE ÇA ?

Mais oui, parce que ça doit être un choix en connaissance de cause. Appui technique, appui psychologique, appui du conjoint sont indispensables au début sous réserve qu’ils ne se transforment pas en pression infantilisante.

Celles qui optent pour le biberon ont leurs raisons et elles sont bonnes parce que ce sont les leurs. Celles qui choisissent d’allaiter au sein abandonnent souvent parce qu’elles n’arrivent pas à surmonter la moindre difficulté. Cela révèle une inadéquation profonde entre les mères et les bébés d’un côté et les réponses qui leur sont apportées à la maternité, à la maison, puis quand elles reprennent leur travail. Si ces réponses étaient adéquates, il est plus que probable que les choses changeraient. Faut-il qu’elles changent ? non, si le couple ne le souhaite pas. Oui, si l’arrêt précoce de l’allaitement au sein est vécu comme un échec aggravé par la fatigue, la solitude et les mauvais conseils.

Aujourd’hui deux catégories de femmes allaitent très longtemps : les femmes du tiers monde qui n’ont pas le choix. Encore faudrait-il qu’elles ne souffrent pas elles-mêmes de dénutrition. A l’autre extrême, dans les pays nordiques, aux Etats-Unis et chez certains écologistes en Europe, on voit des enfants allaités au sein pendant des années. Je ne vois pas venir cette évolution en France. Mais cela montre qu’aucune société quelles que soient ses conditions économiques et culturelles n’échappe à la production de normes censées assurer la survie et la sécurité des tout-petits. Les normes changent mais pas les bébés !

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