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Manifestation en 2002 à Boston contre les cas de pédophilie au sein de l'église

Pédophilie dans l'église catholique

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Spotlight, le film de Tom McCarthy sacré meilleur film aux Oscars 2016 est loin de clore le sujet de la pédophilie dans l’Eglise catholique qui reste un « sujet pointu » (un spotlight).

Manifestation en 2002 à Boston contre les cas de pédophilie au sein de l'église
Manifestation en 2002 à Boston contre les cas de pédophilie au sein de l'église Crédits : SEAN DOUGHERTY - Maxppp

Spotlight, le film de Tom McCarthy sacré meilleur film aux Oscars 2016 est loin de clore le sujet de la pédophilie dans l’Eglise catholique qui reste un « sujet pointu » (un spotlight). Pour ceux qui n’auraient pas vu le film, il retrace l’enquête des journalistes du Boston Globe menée en 2001 sur des prêtres pédophiles du diocèse de Boston longtemps protégés par leur puissante hiérarchie.

Encore aujourd’hui, d’autres personnes haut placées font l’objet de plaintes pour des faits relativement anciens. Par exemple, l’ancien archevêque de Melbourne et de Sydney, Georges Pell, actuel préfet du Secrétariat pour l’économie du Saint Siège, vient de témoigner en visioconférence auprès de la commission d’enquête australienne sur les crimes pédophiles commis dans son diocèse entre 1970 et 1990. La question est de savoir s’il était au courant, ce qui ne paraît pas douteux à la lecture de ses dépositions. En France, François Devaux président de l’association la Parole Libérée qui regroupe les victimes présumées du père Bernard Preynat mis en examen le 27 janvier, vient de déposer plainte contre le cardinal archevêque de Lyon, Philippe Barbarin et un responsable du Vatican, le cardinal Gerhard Muller pour non dénonciation de crimes sexuels. Là encore les faits que le prêtre a reconnu devant sa hiérarchie qui a traité l’affaire en interne ont eu lieu entre 1986 et 1991 mais il est resté en contact avec des enfants jusqu’en 2014 affirmant n’avoir commis aucun acte répréhensible depuis 1991.

Y-A-T-IL DÉJÀ EU DES CONDAMNATIONS POUR NON-DÉNONCATION DE CRIME ?

C‘est en 2001 et en France qu’une première mondiale pour l’Eglise catholique a eu lieu : la condamnation de l’évêque de Bayeux à 3 mois de prison avec sursis pour non dénonciation d’abus sexuels sur des mineurs. Le prêtre pédophile, lui, a été condamné à 18 ans de réclusion.

On n’en a donc manifestement pas fini avec les affaires de pédophilie du XXème siècle dans l’Eglise catholique dont l’ampleur est stupéfiante tant par le nombre de victimes que par celui des prêtres incriminés et la durée pendant laquelle ils ont sévi en toute impunité, ces affaires étant traitées en interne sans que la justice soit saisie. La journaliste Paulina Damayer fait cependant remarquer avec justesse sur causeur.fr que dans Spotlight, certes la hiérarchie catholique endosse une part majeure de la responsabilité mais sans exonérer les médias et la justice de la leur et j’ajoute même la société toute entière.

EST-CE QUE LES CHOSES ONT CHANGÉ AU XXIÈME SIÈCLE ?

C’est d’abord la perception de la pédophilie par les adultes qui a changé. Quand vous parlez avec des hommes d’une cinquantaine d’années et plus qui sont passés par des internats religieux ou chez les scouts, ils racontent tous des histoires d’attouchements dont ils ne se sont jamais plaints. On peut espérer que l’attitude très ferme de tolérance zéro du Vatican, la mise en place de procédures pour la protection des mineurs et surtout l’obligation, encore inégalement respectée de dénoncer les faits à la police va finir par porter ses fruits. Dans les pays où il y a eu les plus gros scandales comme les Etats-Unis ou l’Irlande, les mineurs sont certainement mieux protégés et surtout éduqués à se protéger eux-mêmes et pas seulement dans les écoles et paroisses catholiques. Mais il y a encore bien des pays où leur protection n’est pas une priorité et où l’Eglise catholique a encore la main mise sur l’éducation. J’observe, mais peut-être ne suis-je pas suffisamment informée, que l’aide aux anciennes victimes, qui passe par la reconnaissance de la véracité des faits, les excuses, la compassion, les réparations financières et si possible psychologiques occupent davantage de place que la prévention. Je ne vois d’ailleurs pas bien comment les victimes pourraient se faire soigner dans l’institution qui est la cause de leurs malheurs.

QUE FAUDRAIT-IL FAIRE ?

Chaque prêtre ne cache pas un pédophile, mais la répétition quasi institutionnelle de tels comportements pose la question de ses causes. On nous affirme qu’il n’y a pas de lien entre le célibat et la pédophilie au motif que les pédophiles non religieux vivent souvent en couple mais on peut aussi dire que les religions dont les ministres du culte peuvent se marier n’ont pas connu ces scandales. Ce sujet n’est pas d’actualité pour l’Eglise catholique qui préfère agir sur la formation des séminaristes. On ne naît pas pédophile mais on sait que les pédophiles ont souvent été eux-mêmes abusés dans leur enfance et sont attirés par les métiers les mettant en contact avec des enfants. Dans la Croix du 4 mars, Joël Pralong, supérieur du séminaire de Sion en Suisse forme et accompagne les jeunes pendant l’année dite de discernement, secondé par une psychologue. On peut espérer qu’ils recherchent et tiennent compte de ces facteurs de risque. On compte aussi sur les enfants pour dénoncer les abus qu’on n’aurait pas pu prévenir, ce qui leur confère la responsabilité de se protéger mais aussi un pouvoir dont on ne peut jamais exclure qu’ils en abusent.

A l’occasion du centenaire de la naissance de sa mère, Françoise Giroud, Caroline Eliacheff organise une table ronde sur l’avenir du journalisme, animée par la directrice de France Culture, Sandrine Treiner.

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