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Peut mieux faire

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Rentrée scolaire décalée au mardi 2 septembre, incertitudes sur la mise en place des nouveaux rythmes scolaires, changement abrupt de ministre de l’Education Nationale, cette rentrée scolaire se fait sous le signe de l’inquiétude. Et les dernières critiques parues sur notre enseignement ne sont pas rassurantes.

Dans le Monde du 30 août, Andreas Schleicher, directeur de l’éducation à l’OCDE (organisation de coopération et de développement économique) et grand patron de l’évaluation des élèves de 15 ans dans 65 pays qui a lieu tous les 3 ans, déplore que les résultats de la France soient au-dessous de ce qu’on pourrait attendre à la fois en terme de performance et d’égalité des chances. À qui la faute selon lui ? aux contenus de l’enseignement et à la manière d’enseigner. Comparant les enseignants à des exécutants dans la mesure où ils n’ont pas les moyens d’adapter leur pédagogie au niveau des élèves, il s’est bien entendu attiré les foudres des enseignants.

Il rejoint néanmoins les auteurs de « La fin de l’école »(PUF), François Durpaire spécialiste en sciences de l’éducation, et Béatrice Mabillon-Bonfils. Ils constatent aussi que l’école doit faire face à une double mutation portant sur les contenus et la manière d’enseigner. Et prévoient –si ce n’est déjà fait - que l’école deviendra un lieu parmi d’autres de transmission des connaissances elles-mêmes à redéfinir; la mission des enseignants, elle, serait à ré-inventer dans le sens de leur capacité à générer de l’échange et à partager du sens.

Je n’entrerai pas ici dans le débat impossible à trancher, qui consiste à savoir si l’enseignant doit transmettre des connaissances ou accompagner les enfants dans la construction de leur propre savoir du fait, entre autres, de la révolution numérique.

Quoi qu’il en soit, parents et enfants vont faire avec l’école comme elle est et non comme on voudrait qu’elle soit. Le premier symptôme de l’inquiétude parentale est la pression scolaire qu’ils exercent. Est-ce nouveau ? Pour la plupart d’entre nous, anciens bons ou mauvais élèves, il suffit de nous remémorer nos années de scolarité pour répondre par la négative. Il n’empêche que la pression scolaire a changé à peu près autant que le monde qui nous entoure: elle commence bien plus tôt, dès la maternelle, elle ne traduit pas seulement un accompagnement légitime de la scolarité mais plutôt une forte angoisse parentale dont les sources sont à la fois personnelles et sociales. Faut-il préciser qu’elle n’épargne aucun milieu et que les enseignants ne sont pas en reste avec leurs propres enfants? dès la rentrée, le parent devient parent d’élève et l’enfant, de 3 ans à l’adolescence, un élève. Qu’attend-t-on de lui ? des bonnes notes et si possible un comportement qui passe inaperçu. Entre l’exigence légitime et la pression excessive, le pas est souvent franchi. Au quotidien, la pression se traduit par une focalisation sur les notes auxquelles l’enfant est totalement assimilé : les bonnes notes ne sont jamais assez bonnes, ou suscitent une satisfaction tout à fait déplacée tandis que les mauvaises notes affectent anormalement les parents : leur colère ou leur tristesse prouvent à l’enfant que seules ses notes ont de l’intérêt. Elles lui donnent un pouvoir de plaire ou de déplaire dont il saura user pas forcément à son avantage. De plus, elles n’ont qu’un lointain rapport avec son appétence au savoir. L’autre forme de pression porte sur la quantité et la durée supposée de travail à fournir. Tous les moyens sont bons : intrusion, harcèlement direct ou à distance, menaces, chantage, punitions avec une priorité pour la privation de portable ou d’ordinateur, bêtes noires des parents.

Vous croyez que j’exagère ? En effet, ces comportements répressifs vont totalement à l’encontre des idéaux éducatifs d’aujourd’hui : épanouissement, autonomie, confiance dont les parents pensent à tort ou à raison –je dirai plutôt à tort – être seuls responsables. Mais quel parent accepte que son élève se confronte à l’enseignant parce qu’il arrive en retard ou pour une leçon non apprise ?

Mais, au moins, est-ce efficace ? Du côté des spécialistes comme des enseignants, l’avis est unanime : la pression excessive, angoissée et inquiète n’a jamais le moindre effet positif! Le fameux « déclic » ne peut pas venir du désir de satisfaire les parents ou alors il s’agit d’un désir perverti. De deux choses l’une : soit l’enfant marche bien et même s’il n’est pas en tête de classe, on peut s’intéresser à ce qu’il fait sans le harceler. Soit l’enfant a des difficultés et ce n’est pas la pression qui permettra de les analyser. Les causes peuvent être très diverses, l’enfant est le premier interlocuteur pour autant qu’on l’écoute. La solution n’est pas forcément de recommencer l’école à la maison. Savez-vous que les cours particuliers ont englouti l’année dernière plus de deux milliards d’euros ! Mettre en cause l’enseignant est une forme plus perverse de pression qui, sous couvert de protéger l’enfant, le surestime en occultant ses difficultés.

Les élèves sur qui les parents n’exercent aucune pression excessive sont-ils épargnés ?

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